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LES LIVRES ... Najman..1. 2 - Murphy...1 2 - Aclinou 1. 2 3 - Expédition : 3 à 6 jours ouvrables

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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview (Novembre 2007)

A FLEUR DE L'ÂME - I  Christian Guillain

A toutes les femmes,
à toi, surtout, Marie,
pardonne moi d'avoir tué ton fils
.

Ah ! ce Perpignan Paris, tous les sept dans un compartiment de train avec nos 300 k de bagages, quelle épopée ! Un repas chez Claire, qui s'est remariée, et oui, tous ensemble, et c'est parti.
A Orly, la police des frontières nous oblige à prendre sept billets de retour, une petite fortune, à une demie heure du départ, alors qu’il suffit d’un coup de fil à Papeete pour vérifier que nous retournons
CHEZ NOUS !
Elise est en larmes, mais on réussit à embarquer,
j’ai la rage !
Arrivés à Tahiti, en quelques jours, je déniche Najedou, un voilier abandonné qui devient notre toit sur le plus beau lagon de l’île . Reste à trouver du travail, je fouine dans les marinas et soudain, je suis foudroyé .
Oui, Anaconda, dès que je t’ai vu, je t’ai voulu, immédiatement, à n'importe quel prix, le rêve, l'accomplissement de toute une vie de marin, le dessin du plus grand, Philippe Briand. J'ai couru chercher Julien pour lui montrer ma "merveille" (il a du me prendre pour un illuminé), la pureté poussée à l'extrême, à l'intérieur : rien ! dehors : 25 mètres de mât hyper léger sur un flush deck couvert de winches et une immense barre à roue, tout à l'arrière; sous l'eau : un sabre de cinq tonnes (les deux tiers du poids total !) sur une "planche" de 15 mètres, la folie !
Je suis persuadé que Marc m'en fait cadeau, tant il n'a pas de prix pour moi, je mets mes dernières forces à obtenir ma licence de charter et l’installe au quai d’honneur, près de son panneau publicitaire. Le ciel nous donne un sixième enfant, Moana, bref, je suis heureux !
Pendant deux ans, j’ai transporté des jeunes appelés dans toutes les îles, gagnant notre pain quotidien, tant bien que mal ; comme d’habitude, nous étions sur une corde raide, éternels funambules, éternels saltimbanques, éternels aventuriers des mers et des êtres .
Je rentrais claqué, buriné par le sel et le vent, le soleil et l'effort, la bourse pleine, fier d'avoir accompli mon travail, heureux de voir qu’Elise s'en était bien sortie pendant mon absence, prêt à repartir à la chasse aux clients, le lendemain matin, car il ne suffisait pas d'attendre au garde à vous qu'ils arrivent au bateau, il fallait relancer les agences de voyages, les hôtels, les clubs de militaires, passer à la radio, à la télé, dans les journaux, et, bien sûr, réparer en permanence le bateau, gréement, moteur, voiles, coque, gouvernail, winches... dur métier qui a mis plus d'un homme à genoux, mais quel beau métier !
Parfois la chance me souriait :
Nous savions depuis longtemps que ce vieil occident est bien malade, mais, quand le patron des gardes mobiles (venus pour les émeutes), nous a réservé quatre week-ends, nous avons jubilé ! Enfin des gars capables d'apprécier notre style commando, Sparte, c'est pour eux ! Elise et moi avons sorti le grand jeu : Grand soleil, alizé puissant, Anaconda vole de crêtes en creux; au large, comme un jeune fauve, elle escalade nos 25 mètres de mât en quelques instants, avec une drisse de spi; je crie: elle est pour celui qui est capable de la rejoindre ! Personne ne bouge... Ils sont déjà dépassés par tout ce qui les entoure, la vitesse du bateau, la force du soleil, le mouvement perpétuel, ils trouvent déjà le temps long ! Nouvel essai : du balcon avant, je saute à l'eau. Au suicide ! A demain, les gars, je rentre à la nage (j'avais, bien sûr, discrètement installé une amarre à l'arrière, que j'attrape vite et au bout de laquelle je me mets à skier littéralement, tant le bateau va vite...) ! Allez, les gars, à vous ! Là, ils sont carrément vexés. Où va la France ?
A Tetiaroa, le petit atoll de Marlon Brando situé à 30 miles nautiques au nord de Papeete, je suis connu pour ma façon sportive de passer (et de faire passer à mes clients) la barrière de corail, à la nage ! cela suppose, bien sûr, que l'on se mette à l'eau, et que l'on suive mes conseils pour chevaucher une houle montante afin d'atterrir, dans un grand éclat de rire sur la mousse du platier. Non ! Mes gardes mobiles sont décidément fragiles. Idem pour la galopade pieds nus autour de l'île (4 km) "les petits coraux font mal aux pieds" ! On ne peut pas se passer de son appareil de photo, de son chapeau, de son tube d'écran solaire, "tu prends du deux ou du trois?" A table, bien sûr, on trouve le taro immangeable et on réclame son pain, son vin, son camembert... on n'aime pas le poisson, bref, la grande déception. Elise a été aux anges avec eux, nous n'avons vraiment pas fait les malins, ils se sont simplement rendu compte que c'était trop dur pour eux et ils ont annulé les trois week-ends suivants.
De rage, j'ai acheté un zodiac et un moteur neufs, à crédit ! J'ai organisé des week-ends gratuits (personne n'est venu !) C'est là qu' Elise a "craqué" :
Un jour, elle me dit : protège moi de Julien, (notre voisin de mouillage et ami ), il a beaucoup d’emprise sur moi, il vient me regarder me doucher, il me touche les seins . Je me souviens soudain d’une phrase de mon copain :
tu l’as bien en main ...
Bouleversé, je lui donne un avertissement, il devient blanc comme un linceul . Quelques temps plus tard, j’ai un charter d’un mois : Pendant quinze ans, j'ai protégé au maximum Elise de mon passé et je sais aujourd’hui que ce n’est pas au nombre de ses conquêtes que l’on juge la valeur d’un homme, mais comment oublier certaines ?
“ …toujours tristement prêt à m’émouvoir de la première femme venue ...”
C’est ce qui m’est arrivé pendant ce charter . Jamais mon vieux cœur n'a battu aussi fort . alors qu’autour de moi on disait :
ne t'inquiètes pas, elle reviendra, ton Elise. Je suis partagé entre l’émotion d’avoir perdu l’amour de ma vie et le trouble que me cause l’arrivée d’une passagère ravissante :
Mareva ...deux jeunes loups t’avaient invitée à passer les vacances "sur un beau voilier dans les îles"... avec l'espoir de te croquer !
Mareva, arrière petite fille du grand chef de la Papenoo, par sa mère, a reçu de son père, ingénieur au centre d'expérimentation atomique, le sang bleu de la plus grande noblesse française; elle fait sciences Po, elle est grande, fine, bref, craquante. Pour elle, j'ai sorti le "grand Christian", partis toutes ailes déployées, à huit heures du soir, par un Maraamu d'enfer, tous feux éteints pour mieux voir les étoiles et les crêtes blanches des vagues, je lui fait aimer la mer et la voile, je lui prépare ma meilleure cuisine.
L'alizé était si fort qu'aucun voilier n'osait sortir, même entre les îles sous le vent. Moi, survolté, je m'éclatais à 12 nœuds, grande à deux ris et foc n°2, poussant même la folie à entrer dans la minuscule marina de mon copain Henri Valin … sous voiles ! Le soir, mes gars "fumaient" beaucoup (Mareva avait une copine...). J'ai accepté une taffe, juste pour leur montrer comment leur capitaine danse Zouk Machine tout nu ! Oui, il y a eu beaucoup d’émotion dans ce petit carré, partagée, je vous l’assure ....
Vers minuit, pendant notre chevauchée fantastique de Papeete à Huahine, nous avons doublé, toujours tous feux éteints, en surfant sur une crête, un voilier américain, lui était un véritable "arbre de Noël", il voyageait aveugle ! Je l'ai volontairement rasé, par jeu, et, le lendemain, au mouillage, il est venu me dire : if it had been in the West Indies, I would have shot you down ! La peur des pirates...
Je réalise aujourd'hui que je ne suis jamais passé aussi près de la mort que ce soir-là. A mon retour, Elise me dit :
Mon cœur bat pour Julien, donne moi seulement une nuit avec lui et on part. Laisse moi vivre ce que j’ai à vivre …(Unser dasein …)
Oh ! non, je n’étais pas assez fort pour entendre ça … Las, je vais me réfugier sur le bateau d’un copain .
Vers deux heures du matin, j'appelle Julien, dis que je désire lui parler. Je l'emmène réveiller Elise et les conduis sur son bateau, j’annonce que je ne veux pas mourir idiot, qu'avant de m'en aller, je veux vivre ma sexualité d'une façon ou de l'autre, je déshabille ma belle et les oblige à se coucher !
Ils s'effleurent en tremblant,
Elle a le cœur affolé,
Et lui, un gong dans le ventre,
“ Puis, je ne sais plus comment,
Il est devenu son amant. ”
Tout comme deux astres,
Attraction vertigineuse, pénétration dans l’orbite, fusion ...
C'était un jour rouge ! un jour d’ovulation, quoi …
A l'aube, chacun rentre chez soi. Elise me dit : A charge de revanche ! Bon, il est vrai que, dans les premiers temps de notre union, j'ai joué avec le feu, comme tous les enfants, copains et copines venaient faire des strip Pokers à bord de Heiva, le perdant se retrouvait tout nu et obéissait au (à la ) gagnant(e). J'avais demandé à Martine de partager notre lit... J'étais trop sur de moi, un jour, Elise a fait son sac; dans son journal intime, j'ai écrit en très grosses lettres :
Ne partez pas, je vous aime !
Et n'avais-je pas demandé à Julien :
Quand je serai mort, je voudrais que tu t'occupes d’Elise et des enfants.
Pour la Saint-Valentin, j’ai ménagé l'effet de surprise :
si on allait dîner dans un petit restaurant....
A table, elle me dit : nous nous sommes sacrifiés pour lui..
Il avait besoin d’une bouffée d’oxygène .
Je pense : que ce sacrifice la rend belle !
Au dessert, je glisse dans son assiette une perle au bout d'une chaîne,
le sourire embrumé...
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons chez Françoise, un joint tourne, je tire fort ...
Dans un grand lit, nous nous sommes caressé pendant des heures, nous avons beaucoup ri, beaucoup pleuré aussi . Puis j'ai mis cinq minutes à atteindre les toilettes et un quart d’heure à pisser 20 gouttes ! J’avais tant fumé que chaque minute me paraissait durer une éternité .
Le 14 novembre, jour de son anniversaire, du sixième étage de l’immeuble Fourcade, Elise s’est jetée dans le vide . A l’instant de s’écraser au sol, un élastique l’a retenue par la cheville . La foule a été subjuguée par son saut ... symbole de son changement de vie ...
J'ai bu un bon coup de rhum, un grand café, et suis parti en haute mer avec Anaconda... pour nous séparer pour toujours. A quelques miles du port, j'ai ouvert toutes les vannes et coupé les tuyaux... Son agonie a été longue, je me suis glissé dans l'eau après avoir retiré mon T-shirt et mes sandales, et j'ai nagé, nagé, nagé, en pleurant, en regardant le sommet de Tahiti pour me guider vers la vie, vers les enfants, de 9 heures du matin jusqu'à 4 heures de l'après-midi ; Vers midi ou une heure, j'ai atteint le récif, fatigué, j'ai décidé de passer, mais j'ai vite compris que c'était suicidaire, les vagues ont failli deux fois me fracasser sur la barrière de corail, j'ai donc renoncé, et me suis remis à nager en longeant le récif, vers la passe de Taapuna, distante de 6 kilomètres environ; à mi chemin, j'ai décidé de faire une nouvelle tentative de passage et j'ai réussi, sans trop de casse; là, j'ai nagé encore longtemps pour atteindre Najedou, et, à peine sec, j'ai foncé sur Jean de la lune, le voilier de mon vieux copain Bernard Henri, et j'ai dit à sa fille, Marion, qui l'habite seule : veux tu épouser un homme vieux, ruiné et désespéré ?
Dans le journal, quelqu’un a écrit : Anaconda, suicide ou résurrection ? « Le navigateur Christian Guillain a coulé son bateau, une décision énorme qu'il explique comme une condition de survie. Christian est un personnage connu à Tahiti, soit que l'on en ait rêvé il y a vingt ans en lisant "le bonheur sur la mer", témoignage d'une aventure familiale extraordinaire, soit que l'on connaisse de vue sa mince silhouette de marin, allure de corsaire baroudeur, ou encore que l'on admire le propriétaire du magnifique Anaconda, prince des mers fin et racé. L'homme et son bateau se sont séparés dans la douleur, dimanche dernier, épilogue sans retour d'une histoire d'amour de trente ans.
Christian a coulé son bateau. La nouvelle ne s'est pas ébruitée, comme par pudeur. Elle paraît tellement énorme, même pour qui le foc n'évoquera jamais qu'un mammifère arctique, que l'on reste interloqué.. Un acte ultime, extrême. Extrême comme sa vie, ses engagements, et aujourd'hui cette voie dans laquelle il s'est glissé. Anaconda était, de l'avis de tous, le plus beau bateau de Tahiti. Une pureté des lignes unique, offrait à cet Admiraler, dessiné par le "maître" de la spécialité, Philippe Briand, le titre envié de Stradivarius des mers. Christian, qui a connu six bateaux et des aventures romanesques dans tous les coins du monde, en est tombé raide amoureux ! D'un amour ravageur. Avec lui, il a voyagé, gagné sa vie, faisant du charter dans les îles à la demande, il a nourri sa famille tout en restant en harmonie avec ses principes d'homme libre et ses conceptions de l'éducation. Il suffit d'ailleurs de rencontrer un de ses six enfants, magnifiques de vie et de beauté, pour se prendre à rêver de grands espaces et vouloir envoyer valdinguer son attaché case. Il parle de son bateau comme d'un être humain, comme d'une femme, d'une maîtresse exigeante qui vous dévorerait, pour enfin vous laisser là, à terre, vidé, cassé. Alors on comprend mieux pourquoi il l'a tué. Après réflexion, les raisons s'accumulent et s'enchevêtrent dans ses pensées. Des raisons financières, bien sûr, car la mer nourrit peu son homme (et encore moins huit personnes) . Déception pour les jaloux, Anaconda n'était pas assuré... La vérité va beaucoup plus loin, elle éclate et dérange, fouille jusqu'au plus profond de l'homme pour extirper des années de bonheur sans partage. "J'ai coulé mon bateau, spontanément, et tout à fait sain d'esprit. J'ai coulé ce que j'aimais plus que tout, mon outil de travail, le bateau de ma vie. C'était la seule solution, une exorcisation de trente ans de mer qui m'ont fait perdre une femme et presque une deuxième. ” Pourquoi une solution aussi radicale ? On s'en doute, la demie mesure n'est pas son style, et Christian ne voulait pas d'un bateau bradé à des vautours, bien que, parfois, l'idée d'un acte de lâcheté absolue ne vienne lui tarauder l'esprit... »
--- Brouillet, (l’empereur de la perle noire) : tu as tué ton cancer. Au petit matin, j’ai pris ma plume :
Ma chérie,
quel bonheur de pouvoir vivre auprès de toi,
même si ce n’est qu’une heure par jour . Je ne puis t’apporter ni argent ni rires, je n’ai pas su combler tes besoins sexuels et n’ai pas le courage de permettre à un autre de le faire ..
La mort d’Anaconda était bien un sacrifice humain, quand je nage, il me parle, toute la rigueur que je lui ai consacré, il me la retransmet et nous continuons de ne faire qu’un .
Je vais essayer de tenir ... Reiner m’y aide beaucoup, sans doute aussi quelque trésor secret que j’ai en moi et dont tu as peut être perçu l’existence .
J’aurais beaucoup de mal à m’éloigner de ce lagon, mais si tu veux un terrain, ce sera facile, j’ai quelques amis très riches qui m’en loueront bien une parcelle ... Je sais que ta merveilleuse patience ne sera pas inépuisable mais que tout n’est pas perdu, avec un peu de chance,
…comme toujours ..
Je crois bien que je t’aime .
Les mois ont passés ... Un beau jour, Elise me dit : J’ai cinq jours de retard ... (je me souviens d’une étreinte particulièrement passionnée), les dieux étaient avec nous, m'avait elle dit.
- Tu es donc enceinte... .
- Et si cet enfant était de Julien ....
- Vous vous êtes aimés le même jour ?
- Oui...
Ma belle attend un enfant de mon meilleur ami. Je nous vois déjà lui tenant chacun une main au moment de l'accouchement et allant ensemble à la mairie pour déclarer ce bébé. Quel homme n'a pas un jour secrètement fait ce rêve ? Ecoutez plutôt :
- Ouagadougou : Captain, je viens de recevoir une lettre de ma femme, elle m'annonce que je vais bientôt être papa !
- Mais, il y a deux ans que tu n'es pas rentré chez toi !
- C'est pas guav captain, c'est mon fuér qui fait les enfants pou moi
"L'amour ne possède pas et ne veut pas être possédé "
Il m'aura fallu du temps pour pouvoir écrire ces lignes, du temps, avant de rire de cette aventure, beaucoup de mots forts prononcés pendant ces mois :
J’en ai marre de ton incompétence !…… Nous sommes un mariage arrangé, ceux qui durent, les passions s'éteignent vite……J’ai porté le fardeau de ton divorce pendant quinze ans ….. Il faut savoir partager …. On ne porte que ce que l’on peut porter…. De quoi as tu peur ?…Maintenant, je sais ce que c’est qu’un amour tendre et sincère…Il a eu de la chance de tomber sur une femme épanouie…C’est T. qui m’a poussée dans ses bras …Laisse moi profiter de ma jeunesse …J’ai décidé de refaire ma vie avec lui…J’en ai marre de régler vos problèmes …Julien et moi avons beaucoup de choses à apprendre l’un de l’autre… Je me sens capable d’aimer la terre entière …ça passe ou ça casse …Ta seule ambition est d’être entretenu …Tu nous prends tous pour des demeurés…Tu verras si un jour tu rencontres quelqu’un avec qui tu prends ton pied …Tu ne me fais plus peur …Il est l’homme que mes parents auraient aimé que j’épouse …On ne peut que l’aimer …Je lui fais tourner la tête…Tu pourrais continuer de vivre avec nous et faire la cuisine …Je suis prête à m’occuper des enfants de ton premier mariage, tu peux bien accepter celui de mon amant et moi …
Bon, on arrête !
Mais aussi, quelques mois plus tard :
--- Oui, je reconnais que je t’ai trahi.
--- Il m'a eue avec son argent .
(par pitié ?)
Qu'ai-je fait ?
J'ai décidé de me purifier, de me reconstruire. Je me suis mis à nager tous les jours au moins six kilomètres, souvent dix, comme un automate, les yeux fermés, dans mon lagon, me mettant à l'eau le matin, parfois aussi vers 16 heures, jusqu'à la nuit. Un jour, une pirogue de course m'a percuté avec ses douze rameurs, j'ai failli perdre connaissance.
J'ai beaucoup galopé dans la montagne, cueillant des framboises sauvages tout le long du chemin, jusqu'en haut du mont Marau, et j'ai continué de faire mon marché quotidien, habitude que j'ai depuis 20 ans. Très vite, autour de moi, les réflexions ont fusé.
Elise : Mon homme poisson, tu es beau comme un dieu, ou : Tu n'as pas les yeux de monsieur tout le monde, tu n'as pas le destin de monsieur tout le monde...
Dans la rue, j’entendais :
- Hé ! Grand chef indien !
- High ! captain !
- Ola ! légionnaire !
- Salut, Bruce Lee !
- Bonjour, l'être supérieur !
- Les enfants :Papa, grand guerrier !
Bref, j'étais en train de me métamorphoser, je me disais : "Il n'y a pas de hasard". "A tout malheur, quelque chose est bon "; tout en pensant à cette phrase de Freud : "la fidélité conjugale est le plus court chemin vers l'impuissance" et aussi, "Celui qui n'a pas, un jour, décidé de tout perdre, n'a pas vraiment vécu.". ("Donne tout ce que tu as et suis moi") Combien de fois ai-je été à la veille de prendre l'avion pour le bout du monde, combien de fois ai-je dit : vis ce que tu as à vivre.
Bien sûr, notre alimentation, qui a toujours été très spartiate, est devenue encore plus sévère, un régime de Touareg !
Et je me suis mis à écrire. Parallèlement à tout cela, j'ai expérimenté diverses thérapies, en sortant de l'eau, je me savonnais avec une poignée d'argile et le jus d'un citron, les cheveux, le corps, et...la prostate, point faible des hommes de mon âge; j'avais tous les symptômes du terrible cancer qui venait d’emporter mon vieux copain Moitessier . Peu avant sa mort, il était venu me voir sur Anaconda et m'avait confié :
J'ai rencontré un grand spécialiste, il m'a dit que j'ai eu tort d'avoir eu recours à la médecine lourde . Evidemment, je me sentais humilié qu'on ai profané mon sanctuaire; un jour, j'ai envoyé nos alliances à la mer. Mais en même temps, je sentais que cette épreuve allait me permettre de grandir. Souvent, je rêvais de devenir ermite ou de partir en pèlerin à travers le monde vivant de cocos et de fruits sauvages.
Et je nageais, parfois sous une pluie battante; un jour, une méduse m'a piqué le ventre à hurler; d'autre fois, un vent violent levait une forte mer, mais je nageais, je nageais, çà m'anesthésiait et me permettait de parler avec les étoiles. Un autre jour, j'ai jeté mon carnet d'adresses, 35 ans d'adresses ! Ma clef de boîte postale... tous les Walkmans, moi aussi, je voulais refaire ma vie, couper avec le passé, et je me suis plongé dans les plantes médicinales polynésiennes, les essayant toutes les unes après les autres. Julien était un garçon intelligent, un de mes meilleurs élèves, à bord d’Anaconda, et très protecteur. Elise était belle, pure, innocente, naïve, candide, courageuse, entière. Et moi ? Un vieux prétentieux, bien sûr ! Provocateur, révolté, intéressé, orgueilleux, insolent, bref, odieux.
Oui je me suis astreint à une discipline de trappiste, et, petit à petit, j'ai pris conscience, à 50 ans, père de neuf enfants, que je ne savais rien de la sexualité; j'ai découvert que je n’avais jamais fait chanter le corps de ma compagne, j’ignorais complètement l’existence d’un organe essentiel au plaisir féminin : le clitoris !
Donc, Elise m'a donné six superbes enfants, nés dans mes mains, au hasard des escales, sur mon voilier, dans le monde entier, pendant ces quinze années d'exil, d'exode, de cavale, fuyant la justice française, une condamnation que je trouvais injuste.

J'hésite à vous parler brutalement du sujet principal de ce récit, vous moqueriez-vous d'un moine japonais qui passe huit heures par jour en position zazen ? A genoux, occiput en antenne cosmique et fesses enracinées dans le sol... Non ? alors vous serez peut être intéressés par l'extraordinaire voyage que j'ai fait pendant ces quinze derniers mois. Non je ne décris pas la posture zazen pendant 300 pages, enfin, bienvenue à bord!


Chapitre 2

Lyon, 1er Juin 1942, la guerre fait rage. Un homme vient de s’évader d’un camp de prisonniers, il compte bien achever ses études. Mais il a 24 ans, c’est l’été ... il descend le Rhône en kayak avec un copain, un torrent ! A Marseille, on danse, on rit, il rencontre et tombe fou amoureux d’une bouillante méridionale de 20 ans ; ils vont courir nus sur l’immense plage de Pampelonne, puis doivent se séparer ....
Quelque temps plus tard, dans le nord, il est en train de boire dans une taverne avec des copains lorsqu’il a la certitude foudroyante qu’elle est par là, au coin de la rue, à le chercher, alors qu’il n’y a aucune raison pour qu’elle soit dans cette ville en guerre, mais auprès de sa mère...Aspiré par la porte de sortie, il court quelques mètres et tombe dans ses bras !
C’est au chaud d’une mansarde du quai d’Anjou, dans l’île Saint Louis, que ma vie commence, nous sommes en hiver, mon père termine ses études. Ma mère est si belle, sous son abondante chevelure noire, son petit garçon au sein . Son parchemin obtenu, aux premiers beaux jours, ils partent s’installer à Evian. C’est là que naissent Edouard, puis Didier, je n’ai que deux ans et demi . Je ne garde aucun souvenir de ma période 3 à 5 ans, date à laquelle mes parents se sont installés au Maroc, mais là, je vois mon père donnant ses premières consultations sous une grande guitoune en coton blanc, près de sa caisse d’instruments, cette même guitoune qui nous a servi de villa pour nos premières vacances à la plage de moulay Bousselem, située à 100 km au nord du petit village où nous vivions .
Quelles sont passées vite, ces années d’enfance, dans la douceur du foyer familial, près de l’église, du cabinet médical, de l’école communale, du club de tennis, du poste de police où l’on torturait souvent un pauvre marocain pour lui faire avouer de menus larcins. Le dimanche, les riches colons s’affrontaient au champ de course, puis se retrouvaient autour de quelques tables de bridge ou de dîners dansants, chez l’un ou chez l’autre, dans de belles maisons qu’entouraient des hectares d’orangers ou de blés . Pour nous, les enfants, l’activité première était la chasse, au lance pierre, des tourterelles, perdrix, et parfois lièvres, dans les grosses mottes de terre récemment labourées, entre les rangées d’arbres fruitiers . D’Edouard, la grosse tête, on l'appelait d'ailleurs “ Bouboule ”, j'étais jaloux, car c'est lui que notre petite voisine, la fille du commissaire de police, choisissait pour jouer à "touche pipi" dans la cabane du jardin, nous avions six ans ! Pourtant, j’avais aussi un grand amour, Christiane, l’autre voisine, fille d’un ingénieur des pétroles, me faisait tourner la tête . A la récré, tous à genoux sur la terre battue de la cour, on jouait “ au mouchoir ” Quand il tombait sur moi, je faisais le tour du cercle d’enfants aux yeux fermés et, immanquablement, j’allais le poser devant elle, le cœur battant. On ouvrait les yeux et… il FALLAIT….. s’embrasser ! Elle rougissait…. bien sûr ...
Vers sept ans, c’est avec Catherine, que nous jouions au mariage, dans le noir de notre chambre, quelle était belle ! Ma sexualité de l’époque ? Aller dans ma cabane, perchée sur une haute branche de figuier, au fond du jardin, mettre du miel sur mon pénis, à un endroit bien précis, et attendre la venue des mouches... D'autres fois, je m'asseyais dans l'herbe, nu, et lançais mon canif en l'air, de façon à ce qu'il se plante le plus près possible de mon sexe, érigé, bien sûr ! j’alliais le risque à la jouissance . Pour les parents, c’était trop souvent, malheureusement pour nous, les longues nuits dans les deux boites du coin, le Ranch et le Paradis, ou les virées au casino de Rabat, à 100 km au sud, pendant qu’Hamed, le jardinier, qui deviendra le cuisinier, puis l’infirmier, nous gardait en nous racontant les trois petits cochons ... “ Alors, il fit touf et pouf, et la maison tombera ” Oui, ils sont passés trop vite, ces quelques Noëls et ces années d’école communale où de grands dadais choquaient les enfants délicats que nous étions ; à 7 ans, on m’a envoyé chez ma marraine, en Allemagne, puis à Paris, et je suis passé de pensionnat en pensionnat jusqu’à 18 ans . Heureusement, il y avait les vacances, et je rentrais parfois à la maison .

“ J'ai voulu ce matin te rapporter des roses
Mais j'en avais tant pris, dans mes ceintures closes,
que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir
A la mer elles s'en sont toutes allées,
L'eau en a paru rouge et comme enflammée,
Respires-en sur moi l'odorant souvenir... ”
(Wet dreams )

Un des derniers cadeaux que mon père m'ait fait, j'avais douze ans, est une anthologie de la poésie française, de Gide, dans la Pléiade, il y avait là quelques trésors et j'allais souvent y puiser. J'y avais rajouté de nombreux textes que j'aimais :

“Un homme a crié ton nom :
BARBARAAA !
Tu as couru vers lui,
Ravie, épanouie, ruisselante,
Et tu t’es jetée dans ses bras...”
ou :
When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire,
Take down this book and slowly read,
And dream of the soft look your eyes had once,
And of their shadow deep.
.......................................
But one man loved the pilgrim soul in you
and loved the sorrows of your changing face .
et :
"Wir müssen unser dasein, so weit es nur irgenwie geht, annehmen;
alles, auch das unerhörte, wird darin möglich sein .
Nous devons aller jusqu'au bout de nous-mêmes, (de nos fantasmes ?) aussi loin que cela puisse nous mener; tout, même le plus inouï, devient alors possible.
Louis Thyssen, qui avait glissé cette phrase dans mon cahier, lors d'un cours d'allemand qu'il nous donnait au collège de jésuites de Sarlat où j’étais en première, est sans doute l'homme que j'ai le plus admiré; géant de 60 ans, chevelure abondante en bataille, voûté et rasant les murs (souvenir des camps de concentration), il passait tous ses moments libres à l'orgue de la chapelle, un très bel instrument ancien. Là, il s'envolait, et me transportait avec lui. Il avait été premier pianiste de l'orchestre national de Leipzig , la ville même de Jean-Sébastien Bach……..
Quand j'allais lui rendre visite, le dimanche, sur mon vélo, dans son petit village voisin de 20 kilomètres, Saint Cybranet, d'où il venait chaque matin en mobylette, parfois par un froid glacial, il était à son piano, ses deux enfants blonds sur les genoux, et jouait, de mémoire, les variations de Goldberg, qui me bouleverseront toujours . Pourtant, il me semble (ce n'est pas lui qui me l'a dit) que la famille des barons von Thyssen était la plus puissante d'Europe, grands fabricants de canons... (au fait, le grand-père Florent Guillain possédait les aciéries du Creusot, ces deux-là ont bien du faire quelques mariages...) Me voici donc dans ce collège très prestigieux où je suis entré grâce à un homme qui s'est attaché à moi lors d'un séjour de cours de vacances que j'effectuais à Juilly, autre prestigieux pensionnat, et m’a obtenu ici, où il est professeur d'anglais, un statut spécial, j'ai ma chambre près de la sienne (au lieu du dortoir) en échange de quoi je dois faire quelques heures de surveillance d'étude. Dans certaines matières je marchais fort, mon bac blanc l’a confirmé, mais la musique m'avait pris, je pratiquais pendant de longues heures, jusqu'à ce que mes doigts saignent. Un beau jour, peu avant l'examen de fin d'année, j'ai fait mon sac et j'ai pris le train pour Paris; je voulais absolument devenir guitariste et la bonne école était là-haut.
J’ai gagné le premier argent de ma vie en vendant des cacahuètes pendant les nuits de liesse du 14 Juillet parisien, ce qui m'a permis de danser et de passer quelques heures délicieuses avec la plus belle fille du monde, ( et sans doutes l'une des plus riches), Trisha Rolls... Pendant ces trois jours, j'ai amassé une petite fortune, pour moi à l'époque, j’avais 18 ans …
Découragé par tout le monde de faire une carrière de guitariste, j'errais dans Paris, mais il fallait bien survivre... L'épisode des cacahuètes terminé, Manouche, ma marraine, me dit : Va donc voir Mathilde, elle a été un grand amour de ton père, elle te trouvera un job de figurant. Mathilde Casadessus n'était pas difficile à trouver, célèbre comédienne, elle était sur toutes les affiches de Paris. J'arrive à sa loge une heure avant la représentation, et, qui me reçoit (fort gentiment), une dame de 150 kilos à la voix de Castafiore... Sur ses conseils, j'ai couru les studios de télé, certains metteurs en scène (comme Reichenbach ), auraient bien croqué le beau garçon que j'étais alors, et j'ai figuré dans quelques films. C'est à cette époque que j'ai reçu (sans plus !) Jean-Claude Brillaulit, dans ma petite mansarde de l’Ile Saint Louis.
Tout ça aurait fort bien pu mal tourner si je n'avais rencontré, en flânant boulevard St Michel, un homme qui a joué un grand rôle dans ma vie : Jacques de Hautecloque. Cet authentique comte avait soixante ans, on distinguait ses origines aristocratiques (il est le cousin germain du Général Leclerc) malgré la déchéance de ses traits, malgré son manteau rapiécé, ses vieilles chaussures qui avaient été luxueuses. Grâce à son nom et à ses parents "haut placés", il avait un job de bibliothécaire à la Sorbonne. Dans l'obscurité et la poussière, il classait vaguement des vieux bouquins à longueur de jours. A 17 heures, il descendait à pied le Boulmich pour aller prendre son métro, mais s'arrêtait toujours au Sélect Latin pour boire une pression. Là, il regardait passer la foule et parvenait parfois à inviter un jeune garçon à qui il racontait sa "vie d'aventures passionnantes". Comme beaucoup de “fils de famille", on lui avait confié la gérance d’une propriété de la banque de France Outre mer, dont il a été renvoyé un jour pour de sombres histoires de femmes et de fonds détournés. D'une vieille sacoche en cuir, il sortait un exemplaire de "son livre" (publié à compte d'auteur) et si ce jeune et beau garçon avait faim et ne savait pas où dormir, il avait, bien sûr, de la place chez lui et serait tellement heureux de l'inviter à dîner... Quand Jacques a su que j'étais le filleul de sa "vieille amie Micou de Bonnechose", il s'est arrangé pour me recevoir dans son ex-immense appartement de la rue de Tocqueville (revenu à son fils après divorce) mais, plus tard, c'est dans une sordide chambre de bonne qu'il faisait cuire nos deux steak hachés...
J’entends encore sa voix rauque et essoufflée de vieux fumeur, parfois interrompue par un sonore éclat de rire qui lui rendait un visage d’adolescent, tandis qu’il gravissait péniblement les sept étages de l’escalier de service . Il approuvait le vœux de mon père : que je me débarrasse de mon service militaire et me fit une proposition qui fit pencher la balance : devance l'appel et je te fais envoyer à Tahiti (c'était mon rêve). J'ai accepté. Il a écrit à son "ami" le général Loriot, et c'est ainsi qu'a commencé ma vie de polynésien. Je m’attendais à être envoyé à Tahiti, c’est à Nouméa qu’on me débarque. Le choc est brutal, je suis foudroyé par ce premier contact avec les mers du sud . Parfums, chaleur, sensualité, tout m’enivre. Pourtant, mon capitaine recruteur, voyant que je suis pistonné, au lieu de me mettre dans la compagnie des métropolitains, me désigne comme chef de chambre dans une section de calédoniens, des têtes brûlées, petits fils de bagnards, des gars qui défoncent leurs armoires métalliques à coup de brodequins avant d’aller se battre dans les bouges, avec tout ce qui leur tombe sous la main, bien souvent des jeunes français qui se sont laissé aller à boire un peu trop avec les filles du pays . Après leur service, ils retourneront sur leurs terres, véritables gardians, à cheval derrière leurs troupeaux ou chassant le cerf dans la brousse . Les mélanésiens ne les aiment pas, et c’est réciproque, alors, ils sont armés en permanence, et ça finit souvent dans le sang ...
Mais ils me prennent en amitié et je ne m’en sors pas trop mal . Dans une soirée, je fais connaissance avec le fils de l’amiral qui commande la flotte du Pacifique, grâce à lui, je suis nommé secrétaire du colonel ; ouf ! ça fait du bien, à trois mois de la quille . Mes 18 mois réglementaires achevés, libéré sur place, je repars dans cette brousse que je viens de sillonner en uniforme, avec un ethnologue ; j’ai du boulot, et quel boulot ! Il fallait y aller à cheval et passer des rivières en radeau de bambou car il n'y avait ni routes ni ponts pour accéder à ces tribus . Après les échanges de cadeaux traditionnels, l'installation dans la case du voyageur, nos journées d'enquête sur "le niveau de vie en milieu rural", il y avait le dîner (igname, taro, etc..) puis de longues veillées de palabres autour d'un tronc rougeoyant, tout cela très nouveau pour le jeune parisien à peine démobilisé que j'étais. Un jour, une jeune fille m'a pris par la main, ou m'a fait signe de la suivre, et nous avons marché sur un sentier étroit, dans la végétation tropicale d'immenses arbres, pendant dix minutes. Nous sommes entrés dans une case, et, j’ai oublié comment, elle s'est offerte à moi. Puis, elle a couru se laver à la rivière proche et, à son retour, a saisi sur une étagère une herminette en jadéite absolument superbe, et me l'a offerte, timidement. Le conservateur du musée de Nouméa m’a dit : je n'en n’ai jamais vu d'aussi belle, elle n'a pas de prix, c’était LE cadeau traditionnel quand il y avait un mariage entre une tribu des îles loyautés et une tribu de la grande terre.
Mes premiers salaires financent une belle automobile décapotable rouge, à la ville, je ne passe pas inaperçu : Anne Yvonne, je ne sais plus comment nous nous sommes rencontrés, mais tes parents m’ont vite invité chez toi ...et nous nous sommes aimé comme deux adolescents que nous étions, dans la chambre voisine de la leur . Trente ans plus tard, nous nous sommes retrouvés et tu m’as dit : Après, ce n’est plus jamais pareil …
Pourtant, je n’oublie pas mon rêve, j’embarque ma voiture sur un cargo et m’envole à Tahiti. Je trouve du travail au journal local, et, le soir, sillonne bars et restaurants avec un appareil polaroïd pour arrondir mes fins de mois, j’ai besoin de beaucoup d’argent, et vite, car je viens de faire une découverte extraordinaire, il existe des gens qui vivent sur leur voilier et font le tour du monde . Voilà une vie ! !
Un soir, dans une boite de nuit, je suis en plein feu de mon travail, avec force, jeunesse, enthousiasme, volonté, persuasion, j’aborde d’un regard rieur les couples qui dansent et leur propose un cliché, quand je vois une fille dont mon regard ne peut se détourner, elle est assise et discute passionnément avec un garçon de son âge. C’est plus fort que moi, je vais lui parler, l’invite à danser, (ce que je ne fais jamais). Une passion vient de naître, elle me fascine, par son verbe, sa culture, elle me met littéralement à nu . Plus tard, elle me dira : tu m’as prise par les yeux et non par le ventre . Pourtant, notre premier slow ne manque pas de sensualité, à travers sa robe de soie blanche, ma main perçoit avec délices les frissons de sa peau . Claire et moi ne nous quittons plus . Lune de miel chez son ami Marcel Millaud, à Papara, François, son copain, est dans notre grand lit, immobile et silencieux... J’avais décrété que je serais l’initiateur qui, en étant le premier, délierait le blocage qui les empêchait de quitter le stade platonique . De quel droit pénétrais-je dans la vie de ce couple ? Quel coquin étais-je ! Le lendemain, je dois aller en ville; à mon retour, je les trouve en train de s’étreindre ...
J’ai un sérieux pincement au cœur ...
Nous n’avons pas laissé vivre l’enfant de ces amours ...

Quelque temps plus tard, un skipper américain rencontré sur le quai m’offre un embarquement, la participation aux frais est raisonnable . Mais nous sommes en pleine fêtes de juillet. Ah ! ce juillet des années 60 ! trente jours et trente nuits de danse dans les rues de la ville, parfois avec la (ravissante) femme du gouverneur, qui s’encanaille, cinq minutes après, avec sa bonne, tout ça entre deux photos, car je travaille ! Carmellia, le voilier où j’ai trouvé un embarquement, se dessèche à quai, son capitaine initie quelques belles au cannabis et distribue les toutes premières graines sur le territoire... Le notaire du coin devient milliardaire en abusant de la candeur des tahitiens, l’évêque s’approprie des vallées entières contre des absolutions, indulgences et autres passeports pour le paradis, le gouverneur en fait autant contre des tonneaux de vin et quelques fusils qui serviront à des combats fratricides... mon propre oncle, André Houk, a le monopole de la bière, un autre, Pep Jourdain, orchestre le pillage de Makatea, l’île aux phosphates, et n’ai je pas lu, dans un guide : les trois fléaux de ce pays sont les moustiques, les rats et les chinois ! Vint l’heure du grand départ ! Je n’oublierai jamais notre première traversée, la toute première de ma vie, 120 miles, de Tahiti à Raîatéa, elle a bien failli être la dernière, ce vieux bateau en bois, peint en noir, venait de passer six mois à quai, les bordés avaient rétréci sous le feu du soleil tropical ... Vers minuit, à mi chemin, l’eau nous arrivait aux cuisses, dans le carré privé de lumière, et nous étions tous malades comme des bêtes, toutes les pompes étaient bouchées, l’horreur totale ! A six heures du matin, quand nous sommes entré dans le port, nous coulions ...
J’ai appris les bases de mon métier de marin sur ce bateau, suffisamment pour pouvoir demander un embarquement, plus sérieux, cette fois, et j’ai pu faire une fabuleuse traversée :
Papeete/Auckland sur le Walborg, baltic schooner âgé de cent ans, voile carrée, capes de moutons, gréement sisal (relâcher s'il a plu, aller dans la mâture remettre des bouts d'étoffe aux points de raguage), il faut tenir à deux l'énorme barre à roue dans le gros temps. Une queue de cyclone nous a surpris en pleine nuit, nous n’étions que cinq sur ce bateau de 30 mètres, rentrer l'immense voile carrée en coton sous une pluie battante, dans un vent violent, à minuit, à 20 mètres de hauteur, a été physique pour le novice que j'étais. Le pont fuit, ma couchette de poste avant est trempée, je dors donc en ciré, de toute façon, je m'écroule, épuisé (le quart suivant est dans quatre heures), alors les milliers d'énormes cafards qui peuplent le bateau s'en donnent à cœur joie, ils me bouffent la corne des doigts de pieds ... pendant que mon unique vêtement de ville s'use dans le placard, à force de frotter aux cloisons, à cause du mouvement incessant. Bose, le skipper, un suédois de 28 ans, a rendu la vie à ce voilier d'un autre âge, il a confectionné lui-même, à la main, toutes les voiles . Je l'ai vu gratter son grand mât, seul, en deux jours, assis sur sa chaise de calfat, du petit matin au soir couchant. Il était mince et pas bien grand, on disait de lui : "He is a great sulfur beleiver", il croyait dans les vertus curatives du souffre, à midi, ce "grand diététicien" ( c'est l'idée que nous avions de lui à l'époque), nous passait une boîte de corned beef que nous mêlions à la marmite géante de haricots rouges quotidienne. Nous étions "de cuisine" à tour de rôle, quand mon tour venait, je variais en faisant du riz et du poisson, pêché à la traîne ou au fusil, quand nous étions à terre, pour la plus grande joie de tous. J'aimerais parler du Walborg pendant des heures, enfin... deux choses encore, en Jamaïque, Bose rencontre ET EMBARQUE… ! la ravissante épouse du célèbre milliardaire Mitchell (les moulinets); je revois encore son petit pot de chambre personnel (elle ne voulait pas utiliser les toilettes de l'équipage, situées près du carré), comme la cabine du skipper et de Billie (c'était son nom) était tout à l'arrière, près du barreur, nous ne pouvions éviter d'assister à des pipis pittoresques, surtout quand ça roulait. J'avais largement assez de forces et de ténacité en réserve, pourtant, pour harceler Bose chaque jour au moment où il faisait le point, afin qu'il me livre tous ses secrets. Quelque part, je savais déjà que ma vie serait sur la mer. Le plus extraordinaire est que ce bateau n'avait pas de moteur, ou du moins, jamais quand on en avait besoin, car il fallait longuement chauffer la tête de cylindre au chalumeau et s'assurer que les bouteilles d'air comprimé du démarreur (antique!), étaient pleines, pour avoir la chance d'entendre son boum boum caverneux. Nous étions donc cinq à bord, et deux par quart ; quatre heures “ on ”, quatre heures “ off ”, celui des deux qui n'était pas à la barre avait mille choses à faire, par exemple, assécher les cales, les vieux bateaux en bois font tous de l'eau, la pompe était sur le pont, à bâbord, un bras de levier en acier de deux mètres de haut articulait une membrane de toile (qu'il fallait changer de temps en temps) de 50 cm de diamètre, c'est dire que chaque jet d'eau expulsé des cales pesait dix litres ! Tout çà pendant 20 minutes... Mais ce n'était rien à côté de la remontée de l'ancre au guideau (manuel, bien sûr) : face à face, l'un de nous se suspendait à un bras de levier de deux mètres cinquante qui entraînait une roue à dents, et, quand il arrivait au sol, il avait fait venir quatre maillons de notre énorme et interminable chaîne; à celui qui était en face de lui de se suspendre à son bras de levier pour faire venir quatre nouveau chaînons; Au secours !
Pendant ce temps, toutes voiles hissées, Bose cogitait sa manœuvre de départ, et, l'ancre dérapée, barrait son navire hors du mouillage comme s'il s'était agi d'un simple dériveur, à la seule différence que, s'il fallait, pour une raison ou pour une autre, venir bout au vent, border les cents mètres d'écoute de grand voile prenait 4 longues, interminables minutes d'un effort frénétique. J'ai vu ça quand on est arrivé, au petit matin, après une nuit de mer, dans le cul de sac du port de Raiatea, tout dessus, par force 6 (un alizé frais) .
De retour à Tahiti, je me remets aux photos avec toute mon énergie, j’ai hâte d’avoir mon bateau . Claire me donne un sérieux coup de main . Ça a tellement bien marché que je suis parti en Hollande acheter “Alpha ”, un sloop neuf de 10 mètres, au bout de six mois de travail . De Tahiti, elle m’écrit qu’elle est enceinte .Bien sur, je suis bouleversé. Elle me rejoint, met au monde notre petite Laurence dans un triste hôpital, dans des souffrances atroces, et nous voilà partis sur les océans, sur notre minuscule voilier, si jeunes, si désargentés, mais tellement motivés. Nous mettons un an tout juste pour atteindre les Marquises . Heureusement qu’il a fait beau, car nous n’avions qu’une grand voile et un foc de série, c’est à dire dans un tissu bien léger, qui était un incroyable patch work à l’arrivée à Papeete, tant nous les avions rapiécés . Ce voyage, sans le moindre émetteur pour communiquer avec la terre, sans canot de survie, sans annexe même, était un peu fou, avec un bébé de trois semaines ...c’était beaucoup demander à une femme, Claire est arrivée dans un état d’épuisement extrême .
A l’île coco, perdue au milieu du Pacifique, j’ai bien failli mourir : harnaché comme un G.I du Vietnam, fusil de guerre Mauser à la main, je progresse dans la brousse lorsque je me retrouve nez à nez avec un énorme sanglier; je n’ai pas le temps d’épauler, il charge ! Mon tir à la hanche l’arrête net dans sa course . Sur les 3000 cartouches que j’avais, une sur deux ne partait pas, elles avaient du être mouillées pendant la guerre, celle la a fonctionné ! Quelques jours plus tard, je chasse notre repas dans le lagon très poissonneux, lorsqu’un requin plus agressif que les autres saisit ma prise; je la récupère, et, un peu trop sur de moi, lui décroche ma flèche sur le crâne, elle ricoche, c’est ce que je voulais, mais monsieur est vexé, il charge à une vitesse fulgurante; mon fusil tendu devant moi, je suis dans un tourbillon d’écume, terrorisé; il a sauté hors de l’eau et s’est enfui . Quant à moi, je regagne le bateau à reculons, observant attentivement le comportement de ses copains, attirés par le manège . Qu’aurions nous fait si j’avais été blessé, sur cette île totalement déserte, à plusieurs jours de mer de la terre ?
Un an après notre arrivée à Tahiti, je vends Alpha, très mal, et rentre en Europe où je fais l'acquisition d'une coque de 12 m en acier, nue, non pontée. Claire passe à Paris un brevet d'esthéticienne…elle veut reprendre son autonomie, car notre union bat de l’aile... Pour pouvoir financer la construction, je joue un superbe coup de poker, je fait paraître des annonces dans toutes les revues nautiques en offrant des croisières en Méditerranée pour l'été . 50 % d'avances affluent et je peux achever à temps ! Pygmalion est né . Mais je réalise que je suis un mauvais bricoleur, ou est-ce parce que je l'ai construit seul, avec un budget ridicule, dans un hiver particulièrement glacial ? Il est absolument invendable. Les dealers, toujours à la recherche d'un pigeon pour passer le haschich, s'en rendent bien compte, et m'offrent de me l'acheter pour une coquette somme, à condition que...
…et j’accepte.
Je ne suis pas sûr d'en être sorti "fresh like a rose", ce genre d'émotions sonne et donne beaucoup de cheveux blancs. C’est à cette époque que naît notre seconde fille, Mareva .
Robert Laffont nous alloue une belle avance pour nous permettre de rédiger le récit de notre voyage tranquillement . Claire en écrit la plus grande partie . Parallèlement, je construis, dans des conditions plus humaines, un superbe voilier, Le Tonnant, qui naît en même temps qu’Aïmata ... Puis notre livre sort et obtient un succès auquel nous ne nous attendons pas du tout. Vous pensez ! Un premier juillet ! Avec un pareil titre, (imposé) :
"Le bonheur sur la mer"
alors que nous avions choisi : “ Soleils salés ”…
Philippe Bouvard, José Arthur, Jacques Chancel, toute la presse nous cajole . Grisés, nous faisons les fou fous : A Espalmador, petit îlot désert et paradisiaque des Baléares, j'arrivais sous voiles à bord de mon Tonnant, de façon spectaculaire et acrobatique, longs cheveux brûlés par le soleil, volant au vent . Au mouillage, des jeunes filles nues évoluaient sur nos voiliers dans un nuage hallucinogène, au son de musiques psychédéliques, il n'y avait ni jour ni nuit, Éros et Bacchus étaient rois . De temps en temps, il fallait remplir les caisses, alors vers septembre octobre, nombreux étaient ceux qui allaient à Kétama, dans le Rif marocain, chercher quelques kilos de kif ou de haschisch qu’ils venaient vendre en hiver dans des fincas luxueusement restaurées d'Ibiza, tout en s'adonnant à des rites orientaux sur fond d'écologie soixante-huitarde. Plus tard, ces petits trafics grossirent, et ils devaient aller jusqu'à Miami, pour trouver des acheteurs, car leurs bateaux étaient très chargés...
Pour ma part, je l’ai dit, j’ai accepté de faire un voyage, mais, le jour du départ, le patron s'est fait prendre à l'aéroport avec une valise pleine de dollars, il a bien clamé que c'était pour acheter une villa à Rabat, mais ils ne l'ont pas cru ! Alors, il m’a autorisé à rompre le contrat qui nous liait, (if you think it's too hot...), ce que j'ai fait. Mais j'avais travaillé dur pendant des mois sur ce coup, travaux sur le bateau, reconnaissance des lieux (une plage du Maroc atlantique très dangereuse, entre nous)… J'ai gardé les avances, soit le prix de mon bateau, car pour moi, depuis le premier jour, le but final était de me débarrasser de ce voilier invendable parce que je l'avais très mal construit . On m'a envoyé un tueur, boxeur professionnel, pour me les faire rendre, mais je n'ai pas cédé, je n'avais vraiment pas froid aux yeux ! Quand je revois ces géants du trafic, que j'ai vu fondre en larmes comme des enfants quand ça n'allait pas, ils me disent : "Hey man, you gambled with your life at least two times !" En effet, d'autres se sont fait descendre pour beaucoup moins que ça, d’ailleurs, dans leurs conversations, il était souvent question de “ cement shoes.. ”. Cependant, je leur propose de convoyer Pygmalion aux Antilles gratuitement . Mémorable traversée de l'Atlantique en solitaire que je vous raconterai tout à l'heure . Dans cette affaire, Claire a payé un prix élevé : dix heures du soir, dans un parking de Dinner Key, un quartier “ cool ” de Miami, elle est en train de téléphoner à un ami lorsqu’un individu lui appuie le canon d’un 7.65 sur le ventre en disant :
don’t screem or I shoot you !
Elle a hurlé !
Il s’est enfui ! La police a dit : madame, nous trouvons chaque soir une fille morte dans les caniveaux de la ville . Deux jours plus tôt, ils étaient venus me rendre visite à bord, mais avaient bien senti ma force, mon assurance, ma sérénité ...(mon inconscience ?)
A Ibiza et Espalmador, nous étions entourés de gens hauts en couleur ...
Jim était un géant anglais de 31 ans, déjà milliardaire, fils d'un gros colon des Antilles, un peu métis, il contrôlait des casinos en Iran et sans doute d'autres commerces plus troubles. Un de ses gardes du corps, mon cher Sergio, ancien légionnaire, s'était fait prendre à Barcelone avec 1 kilo de cocaïne et moisissait en prison, Jim l'en a sorti en deux temps trois mouvements, pour qu'il puisse revenir profiter de l'été avec nous à Ibiza . Jim avait une cour, et tous les soirs, table ouverte dans les grands restaurants de la ville, pour tous ces gens, beaux, riches, célèbres ou terrifiants (il y avait souvent des membres de la maffia Sicilienne). Jim nous admirait pour notre beauté, nos enfants, notre nudité, mon bateau ; il écoutait mes conseils et je pouvais lui demander n'importe quoi. Un jour, il me dit, en plein été : demain je te présente Ursula Sandress . Le lendemain elle était effectivement sur mon Tonnant, avec Sergio, bien sûr, nue, comme nous tous, et je l'ai longuement massée avec du monoï avant de l’emmener galoper sur la plage . Quand Jim ouvrait son immense main très creuse, c'était comme pour dire: par ici les milliards ! Un jour, alors que je faisais construire "Heiva" en Chine, j'ai eu besoin de 20 000 $ , Il m'a tout de suite donné cette somme, sans reçu ! Deux ans après, Heiva construit et ramené en Europe, je l'appelle à Londres :
- Salut, Christian, comment vas tu ?
- Bien, Jim, il paraît que tu cherches un skipper pour convoyer ton voilier aux Antilles, voilà une occasion de te rembourser ma dette.
- Ok, mon vieux, passe me voir pour discuter de tout ça.
Je saute dans l'avion Ibiza Londres, et me voilà dans sa Rolls pleine de téléphones... Dans son pavillon, j'ai découvert un autre Jim, celui qui émerge, défait, le matin, et qui, dès que ses pilules commencent à agir, règle ses problèmes quotidiens par téléphone et devient terrifiant comme un tremblement de terre (il a réussi à impressionner mon parrain, grand banquier de la City, qui l'a aperçu quelques instants). C'est pendant ce séjour qu'il m'a dit : Sergio vient de tuer un homme dans une boîte de nuit New-Yorkaise, ce coup-ci, je ne puis rien pour lui . Il ne venait à Ibiza qu'en été, il faisait chaque jour la navette entre le ravissant petit port, ceint de murailles épaisses car les pirates maures l'attaquaient fréquemment en d'autres temps, et l'îlot d'Espalmador, petit paradis oublié en pleine Méditerranée, avec ses 4 kilomètres de plage blanche, son mouillage très sûr, sa lagune où nous allions prendre des bains d'argile avant de sécher au soleil brûlant dans notre chape blanche qui nous faisait ressembler à des martiens, ses figuiers qui donnaient pendant six mois, les uns après les autres, ses dalles pleines de sars, dans six mètres d'eau, ses restes immergés de navires romains, clous en cuivre et amphores, sa tour génoise intacte, ses lapins sauvages qui galopaient au milieu du romarin, et pas un képi pour nous empêcher de vivre nus partout, aussi longtemps que le climat le permettait, c'est-à-dire de début mai à fin octobre. Cette île était magique, surtout les soirs où nous chantions autour d'un feu où grillaient nos poissons. Il arrivait vers dix heures, sur son superbe voilier, un 12 mètres JI des années folles, restauré, 30 mètres hors tout, un seul mât gigantesque... Son marin, un beau gars un peu efféminé, s'occupait de tout et nous servait d'immenses salades composées. J’abordais à la nage, grimpais, ruisselant ; il me tendait une serviette, avec laquelle je m'essuyais et sur laquelle je m'allongeais. J'ai compris longtemps plus tard qu'il me l'avait donnée pour cacher ma nudité, car ses amis étaient des lords anglais et de jeunes duchesses peu habituées à avoir un Apollon nu sous les yeux (en présence de leurs maris). Il paraît que cette histoire faisait le tour des salons londoniens, entre deux chasses au renard. Mais voilà, j'étais le "Prince d'Espalmador" .
Non, nous n’étions pas des modèles de fidélité . Avec Kim, j'ai nagé longtemps, couru sur la plage et nous nous sommes aimés dans le sable chaud, sous le soleil d'août. This would have made such a beautiful baby, m’a t elle dit ...
FIN DU CHAPITRE II ... à suivre ! !
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Christian Guillain, Papeete ( Tahiti ) Contact : christian.guillain