Passé Alès, tu nages dans des hectolitres de vin, à peine prêts à mettre en vigne, mais les ceps ne trompent pas : le jus de raisin sera bon cette année. Ou comme si...
Tu nages dans cet océan vert sans voir la pointe d’un îlot , sans apercevoir ni bateau ni caveau ni tonneau ; jusqu’à ce point d’écume, cette mousse d’espoir, noix d'aride...
la mousse d'un calvaire !
Fait soif !
Ici le bouquet d’un mont, une vague tranquille, immuable, entre l’éternel hier et l’infini demain.
Là une vague lisse comme une falaise du Gard, une lame douce-rose au regard de la rivière qui longe ton chemin se jouant du décor
Une vague vaguelilant entre ciel et vent, herbes folles et fougères, feuilles d’acacias, chataignes naissantes
Une vague fossile, véritable feston de la main des dentelières du Puy-en-Velay...
Tu avances dans ce désert vert jusqu’au prochain oasis… Tu crois être encore loin d’un rendez-vous de déssoiffe quand, passé une virgule de bithume, le bout de ta langue se met à rire des copeaux de bois secs devant l’ancienne bergerie de la Farigoulette.
Ce sont les cigales qui te font la fête, les olives, les figues, le mimosas défait, le chêne vert du parvis du Gardon...
Un peu trop transparente cette mousse-là : Leffe ou Semeuse, blanche, blonde ou rousse, tu tires un trait en la buvant. Un trait bref, pointillés,
deux suffisent !
Tu nages dans le bleu du ciel et tu reprends la route.
Mêmes brassées de vignes, même soleil à baigner.
Le bithume s’écrit sous tes yeux comme ces mots balancés aux branches du vent tombent sous la plume du poète.
Tu nages jusqu’à ce soupçon de larme... Une plaie ouverte, sanguine de rocaille dans l’océan du beau.
Une plaie béante au cœur des Cévennes,
Un pontage, vague artifice de colline trop mal taillée,
Une vague nouvelle,
...faussement brodée main de l’homme,
......l’arme soupçonnée...
... autoroute...