Je
voudrais commencer par prier
le lecteur de ne pas voir une
provocation dans le
développement qui va
suivre.
On
peut penser
légitimement qu'une
réaction de
satisfaction est celle de tous
ceux qui sont attachés
à une plus grande
générosité
dans les rapports entre les
peuples. Il doit en être
ainsi effectivement ;
pourtant, il me semble que ce
serait là, une
manifestation qui ne prendrait
en compte qu'un aspect
limité du
problème. Ces limites
portent, à mon avis,
sur la nature même de
l'opération mais aussi
sur ses
conséquences.
Je
suis convaincu qu'une
solidarité, un acte de
générosité
ne peut avoir de sens, et donc
être acceptable, que
s'il respecte la
dignité de l'individu,
aussi bien
matériellement que
psychologiquement. Il faudrait
que ce respect porte sur le
présent mais aussi sur
le future. En d'autres termes,
que la décision d'un
instant ne se transforme pas
avec le temps en un fardeau
moral pour les
générations
à venir. Il me semble
que c'est malheureusement la
voie sur laquelle
débouche l'offre
actuelle.
Examinons
la question de plus
près. En premier lieu,
considérons la dette,
sa nature, les conditions
d'acquisition des prêts,
les objectifs qui
étaient visés et
enfin le déroulement
des programmes de
remboursement ; il s'agit donc
de faire le point en prenant
tous ses
éléments en
compte.
Pour
l'essentiel, la dette des pays
en développement
résulte d'emprunts qui
étaient destinés
à la réalisation
de programmes
d'équipement, de
transfert de technologie ou de
compétence. Une bonne
partie devait servir
également à la
mise en place de programmes
éducatifs et d'actions
sanitaires. Ce sont
fondamentalement des relations
d'échange ; il en
résulte que chacune des
parties trouvait un avantage
à l'opération.
Ces
avantages sont évidents
pour le contractant ; ils le
sont moins pour l'autre partie
; et plus
généralement, on
n'insiste guère sur ce
point. Il ne me parait pas
équitable, pour ne pas
dire honnête, de ne pas
prendre cet aspect aussi en
considération dans
notre analyse.
Pouvons
- nous tenter de cerner le
contour des avantages du
prêteur ?
Indépendamment
de l'opération
commerciale que constitue un
prêt, pour laquelle les
intérêts
versés forment la
rémunération, il
y a l'activité
économique que cela
induit, mais cette fois, dans
l'aire du prêteur ;
c'est - à - dire, un
surcroît
d'activités
économiques avec ses
prolongements : au niveau du
monde du travail, y compris la
main d'uvre
expatriée pour
éventuellement les
besoins du programme ; au
niveau de la fiscalité
directe et indirecte ; car,
l'opération profite
également à
l'Etat du prêteur. Ces
facteurs deviennent importants
dans la mesure où,
généralement,
l'emprunteur n'a pas le choix
des origines des
opérateurs qui vont
mettre en uvre son
programme ; il n'a pas le
choix des fournisseurs non
plus, avant, pendant et bien
souvent, après la
réalisation pour tout
ce qui concerne la maintenance
et le fonctionnement.
Dans
ces conditions, nous sommes en
présence de situations
particulières. Il
convient de faire un bilan de
l'ensemble avant de donner un
sens à la notion
d'effacement.
Un
tel bilan peut se
résumer de la
manière
suivante:
|
EMPRUNTEUR
|
PRÊTEUR
|
|
Un
capital
investi
Des
réalisations
Formation
et acquisition de
compétences
Service
de la
dette.....
|
Revenus
provenant des
intérêts
Capital
récupéré
Créations
d'emploi ou
amplification
Enrichissement
national......
|
Ce
tableau n'est pas limitatif
bien entendu.
La
première
démarche doit
être de faire le point
sur l'état des
situations des deux
partenaires. Ceci doit
déboucher sur une
évaluation de la valeur
effective du capital restant
dû en prenant en compte
l'ensemble des
éléments
précités. S'il
peut y avoir quelque chose
à effacer ce ne peut -
être que cette nouvelle
valeur de la dette ( valeur
estimée, bien
sûr, qui à mon
sens, se situe en - dessous de
la valeur nominale du capital
restant dû. ) ; ceci
n'aurait rien d'une
opération d'assistance,
qui, qu'on le veuille ou non
entame la dignité de
l'homme, en l'occurrence dans
le cas présent, celle
des peuples.
Faut
- il effacer cette dette ainsi
réajustée
?
Mon
avis est qu'il ne le faut
pas ; car, il demeure une
question de parole
donnée. Une parole
donnée, qui pour moi
reste imprescriptible. Une
parole donnée qui
engage les
générations
présentes mais
également les
générations
à venir. Une parole
donnée dont le respect
seul sauvegarde la
dignité.
Mais
alors, la solidarité...
?
Mais
alors, la solidarité
entre les peuples me diriez -
vous ?
Oui,
la solidarité et
l'harmonie entre les peuples
peuvent avoir leurs places ;
ils peuvent intervenir sans
offenser ; mais pour cela, il
faudrait procéder d'une
autre manière.
Selon
moi, on pourrait simplement
envisager d'étaler le
remboursement du capital
restant, après son
ajustement, sur un nombre
d'années suffisamment
important pour que ce service
ne reste pas un frein pour le
développement. Une
période d'une
cinquantaine d'années
par exemple, pourrait convenir
; en particulier, si on
décide de soumettre ce
capital à un taux
d'intérêt
modique, voir nul , par
solidarité
précisément.
C'est,
à mon avis, la solution
qui permettrait d'honorer la
parole donnée et rester
digne tout en faisant jouer la
solidarité entre les
peuples.