Protéger
son uvre est l'un des
actes d'un l'individu ou d'un
groupe d'individus que nous
considérons comme
allant de soi. C'est une
démarche qui
relève autant du souci
légitime d'obtenir un
profit de son travail que
celui, plus contestable
d'exclure l'autre d'un domaine
que l'on voudrait se
réserver. On comprend
dès lors que
l'organisation des
sociétés
humaines tente d'exclure du
champ d'application de l'objet
brevetable tout ce qui
apparaît comme
étant indispensable,
comme minimum vital, au plus
grand nombre. Cette
démarche légale
ne remet pas en cause
fondamentalement la
nécessité de
protéger le fruit des
efforts de celui qui les a
consentis.
Regardons
la chose de plus près ;
nous pouvons dire que l'objet
du brevet est le
résultat d'une
idée qui devient
réalité
grâce à l'esprit
et aux efforts de l'auteur.
C'est - à - dire de son
intelligence. Ce qui revient
à considérer le
brevet comme une prime qui est
donnée à
l'intelligence, dont le savoir
- faire n'en est qu'un aspect.
C'est au niveau de cette
intelligence que je propose de
faire porter l'attention pour
fonder la réflexion
à laquelle je convie.
En effet, l'intelligence d'une
personne n'est pas, selon moi,
une caractéristique
absolument individuelle, bien
que cela semble aller de soi.
Pour préciser ma
pensée, je vous invite
à considérer
deux cas, celui de deux
génies ; d'une part, le
cas de Einstein et d'autre
part celui de Aristote. Ce
sont là deux
génies que plus de deux
mille ans séparent.
J'aurais pu vous inviter
à considérer
bien d'autres monstres
sacrés des mêmes
époques ou d'autres
périodes suffisamment
distantes l'une de l'autre.
Nous sommes d'accord, je
pense, pour dire que ce sont
là, deux esprits de
très haut niveau
d'intelligence. Alors,
voilà, retournons le
sablier de deux
millénaires et
demandons - nous ce qu'aurait
pu faire Einstein s'il avait
vécu au siècle
d'Aristote ; et à
l'inverse, demandons - nous ce
que n'aurait, sans doute, pas
fait Aristote s'il avait
vécu au
vingtième
siècle. Je veux dire
par- là que ces
très brillantes
intelligences sont autant une
caractéristique
individuelle de chacun de ces
hommes, qu'une
possibilité de
l'époque.
Toute intelligence comporte en
effet, une part de
collectif ; toute
intelligence individuelle est
fonction, dans son expression,
du niveau d'intelligence de la
société et de
celui de l'époque.
Aristote, comme Einstein ont
produit les résultats
qui sont fonctions de leur
esprit propre, mais
également de
l'intelligence de leur
temps.
Ainsi,
les réalisations d'un
individu doivent à son
intelligence propre, mais
également, et surtout,
à celle de son temps,
à celle de la
société. Je
considère dans ces
conditions, que le
bénéfice
doit - être
partagé entre
l'inventeur et la
société.
Le bénéfice doit
revenir largement à la
société ; plus
largement qu'il ne l'est
actuellement ; voilà
pourquoi une réflexion
doit être menée
pour réviser le concept
de brevet dans son objet.
Certes,
la pratique actuelle fixe une
limite dans la durée
à la protection qui est
accordée au
bénéficiaire ;
mais, cela ne suffit plus.
Cela ne suffit plus en raison
du niveau d'exigence des
sociétés
actuelles, mais aussi et
surtout, de la profondeur des
connaissances de cette
époque -
ci.
Cette
insuffisance est la raison de
cette alerte. Il me semble
indispensable d'envisager une
nouvelle approche ; celle - ci
doit porter sur les
découvertes qui
touchent aux fondements du
vivant.
Ces
découvertes devenants
de plus en plus importantes
pour le devenir de
l'espèce, il me
paraît souhaitable de
les exclure jusqu'à un
certain point du champ
d'application de l'objet
brevetable.
Il pourrait en être
ainsi, par exemple
:
Tout
ce qui touche aux gènes
et à la
génétique ; que
ce soit au sein du monde
animal ou bien que ce soit au
sein du monde
végétal. Il ne
s'agit pas de
réglementer ou
d'établir des gardes -
fous à l'étude
ou à
l'expérimentation
osée ; car c'est
là, un autre
débat ; mais, d'exclure
effectivement tout ce secteur
du savoir du domaine du
brevetable ; comme les nombres
le sont par
exemple.
Tout
ce qui porte sur la structure
de la matière. Par
exemple, toutes structures
chimiques, dès lors
qu'elle est isolée
à partir d'une source
naturelle, plantes ou
animaux.
Par
contre, dans ce domaine de la
structure de la
matière, les
méthodes de
synthèses de ces
molécules
élaborées par
l'effort de recherche doivent
continuer à
bénéficier de la
protection
actuelle.
Par
ces deux exemples, j'ai voulu
préciser la
portée de la
réflexion que je
suggère.
P.
G. Aclinou
Reims,
23 juillet 1999