Oui,
je sais ; le terme "
expérimenter " suscite
des frissons dès qu'il
s'agit d'utiliser l'homme
comme cobayes. C'est avec
raison que nous pouvons
trembler, si nous nous
référons
à un passé qui
n'est pas si
éloigné que
cela. Ai - je raison
d'employer un mot si
redouté ? Je l'ignore ;
mais, je ne vois pas quel
autre expression utiliser ; au
moins, le propos est clair, et
nul ne pourra prétendre
" qu'il ne savait pas
".
Que le problème de la faim dans le monde soit douloureux, nul ne peut le contester ; et qu'il soit en passe de devenir un défit, d'abord pour les responsables des Etats concernés, ensuite pour nous tous, est une réalité dont nous prenons peu à peu conscience. Trouver les causes ne doit pas être très difficile ; mais les traiter, ne peut - être simple ; cet aspect n'est pas l'objet de mon propos. Doit - on rechercher les responsabilités ? On le pourrait sans doute, ce n'est pas ça non plus que je veux traiter dans cette alerte. La solution qui vient d'être envisagée pour résoudre cette situation dramatique me paraît critiquable sur plusieurs points.
La première observation est que la production agricole actuelle dans beaucoup de pays permet d'apporter un début de réponse à partir des surplus pour lesquels on cherche des moyens de limitation. Pourquoi ne pas envisager cette voie, si la véritable préoccupation est de résoudre l'insuffisance nutritionnelle des enfants du Tiers - Monde ?
Les produits trans - géniques dont l'utilisation est envisagée ne rencontre pas une adhésion unanime ; la raison principale de cette méfiance est le manque de recul pour nous permettre de mesurer les effets sur notre santé ; les opposants demandent que soit respecter le principe de précaution ; peut - on dans ces conditions accepter que de telles substances soient utilisées sur des personnes qui ont déjà des déficiences ? Ma réponse est non. Voilà pour quoi, je me demande si l'objectif véritable n'est pas d'utiliser cette population nombreuse, fragile et sans défense, pour conduire à une très grande échelle, les expériences qui permettront de mesurer justement les effets d'une consommation intensive des produits trans - géniques ; en clair, ne s'agit - il pas d'EXPERIMENTER SUR DES ETRES VIVANTS ? Car pour moi, ce sont des êtres ; leurs misères, leurs souffrances ne peuvent, en aucun cas, les exclure de la communauté humaine. L'aide aux enfants mal nourris du Tiers - Mondes me semble un alibi pour justifier l'inqualifiable. Peut - on l'accepter ? Peut - on rester indifférent ? Peut - on rester silencieux ? A toutes ces questions je réponds non ; et vous ?
Les produits trans - géniques suscitent la méfiance, en Europe notamment, pour une seconde raison : leur culture. En effet, nous ignorons, là - aussi, l'influence qu'auront sur la flore et la faune environnantes, avec le temps, les modifications génétiques qui sont apportées à ces semences ; ceci explique que ces cultures sont conduites actuellement avec d'infinies précautions, parfois même avec discrétion. Je crains que sous le prétexte d'aider à résoudre les problèmes de mal nutrition dans les pays du Tiers - Monde, des pressions ne s'exercent, à des niveaux divers, pour expérimenter, là - aussi, ses cultures à grande échelle, sans redouter la réprobation des opinions publiques locales qui sont non informées, et dont les soucis immédiats sont d'un autre ordre. Je me demande alors qui sont les véritables bénéficiaires ? Je sais bien qu'il n'y a rien de tel que les pauvres pour nous enrichir.
Voilà ma réflexion ; voilà mon cri. Si les raisons que je viens d'évoquer font que vous aussi vous pensez que nous sommes en présence d'une tentative déguisée d'expérimenter sur des êtres humains, pourquoi ne pas joindre votre cri au mien ?