Parle-moi, douce amie,
Modeste et digne soeur.
il n'est point d'infamie,
il n'est point d'impudeur
A me montrer ta peine.
Je la connais si bien,
La triste cantilène
Qui se nourrit de rien
Et se poursuit quand même !
Ce chemin pauvre et plat
Comme un trop long Carême,
Ce ciel ni haut ni bas
Sans espoir d'hirondelle,
Et ce manteau de plomb
Quand tu penses dentelle,
Dans ton morne donjon
Où ne vient de la fête
Qu'un refrain assourdi :
Oui, ce temps de disette
Où le corps engourdi
Apprend le poids du vide,
J'en sais le clair-obscur
Et la poigne perfide...
Toi qui cherches l'azur
En passant sous silence
Ton sacrifice vain,
Ouvre ton coeur intense :
Tu n'es plus seule enfin.