Tu n'aurais jamais dû, hardi navigateur ,
Aborder en mon île à la trop verte crique ;
D'avoir vaincu l'effet de mon philtre magique,
Tu m'as conquise toute, et grande est ma stupeur .
Que sont-ils devenus, mes dons d'enchanteresse ?
Je ne suis désormais que femme devant toi.
Renonce à ton départ: ton lit est sous mon toit,
Je ne suis pas encor lasse de ma faiblesse.
Viens, je t'enseignerai la chanson du désir
Et l'indicible écho des vagues de l'extase ;
Toi, gonflé d'un élan qui m'abreuve et m'embrase,
Tu me feras ployer et me tordre et gémir.
Viens, nous nous saoûlerons de capiteux arômes
Et je composerai les plats les plus exquis.
Ô mon homme adoré, toi mon unique acquis,
Il te faut oublier l'Ithaque et ses fantômes.
Ici, tout t'appartient, tout se rythme à ton pas ;
Notre flamme est vivante: elle est ta rédemptrice !
Tu dois rester encor et boire à mon calice
Car l'amour de Circé ne se refuse pas.