Mortels, regardez-moi : voyez-vous la lueur
Qui flotte vaporeuse au-dessus de ma tête,
Ce brouillard irriguant toute ma silhouette,
Ces sinueux rayons d'indicible couleur ?
Distinguez-vous aussi l'incandescente trace
Que laissent sur le sol mes pas les plus menus ?
Remarquez-vous parfois, au bout de mes doigts nus,
Comme de froids tisons, stigmates de ma race ?
Non, vous ne semblez pas comprendre ni savoir,
Et vous rirez de moi si par malheur j'insiste.
Vous êtes bien trop loin pour trouver notre piste,
Vos yeux sont trop étroits pour bien nous percevoir.
Ce sillage invisible aux limites mouvantes,
C’est la marque de ceux qui n’ont pas de saison,
Pas d'âge ni de lieu, de loi ni de raison,
Et dont les âmes sont d'éternelles migrantes