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J'AI LU ... AIMER
ENCORE de Sophie de Vilmorin
" Je n'écris
pas pour dire que j'ai aimé André Malraux, mais
pour dire que je l'aime encore
" Sophie de Vilmorin
fut, de 1970 à 1976, la compagne discrète d'André
Malraux.
De trente ans plus jeune que lui, c'est d'abord par ses qualités
de secrétaire efficace qu'elle se fera apprécier
par cet homme, hors du commun, qui la fascinera. Et puis, leur
intimité grandira, sans être jamais totale, car si
Malraux partage volontiers son savoir et ses idées, ses
sentiments, qui l'intéressent peu, restent impénétrables.
Quelle surprise, le jour où il demandera à Sophie
de l'accompagner pour une première croisière au
Spitzberg ! Il y en aura d'autres, autour de la Méditerranée
: Corfou, Malte, Rabat, Lisbonne, Syracuse. André, qui
sait tout, parle de tout, simplement mais d'une façon inspirée,
cherchant toujours le sens humain de la création artistique,
au Parthénon, comme à Epidaure ou à la Fondation
Maeght. Dans sa quête métaphysique pourtant, il se
veut seul et on ne peut le suivre sur ces hauteurs
Et puis,
il y aura les voyages lointains : au Bengladesh, au Népal,
en Inde ( Prix Nehru en 1974), au Japon, en Haïti enfin.
Pour Sophie, un souvenir l'emporte sur tous les autres, sur le
lac Kaptaï, près de Dacca : " Doucement, longuement,
nous avons fondu l'un dans l'autre dans une intimité absolue,
dans la sérénité ineffable de ce crépuscule
du bout du monde
"
Ce compagnonnage n'est pas toujours facile, avec beaucoup de silences
et de malentendus car André est excessif et secret : pour
le comprendre, il fallait " deviner ses états intérieurs
et s'y adapter ". Lui, qui n'aime pas l'argent, sait qu'il
lui en faut beaucoup, pour acheter des uvres d'art, offrir
à Sophie ses premiers tailleurs Chanel, et l'inviter à
des déjeuners raffinés, à la Tour d'Argent
ou chez Lasserre, toujours à la même table
Sophie sera là pour rasséréner cet homme
tourmenté et l'entourer de ses soins quand il sera hospitalisé
une première fois, en 1972, à la Salpêtrière
-A lui qui aurait aimé être une intelligence pure,
désincarné, puis à partir du printemps 1976,
alors qu'il poursuit opiniâtrement " L'homme précaire
", traqué par la maladie, contre laquelle il se battra
jusqu'au 23 novembre.
Vingt ans plus tard, il entrera au Panthéon.
· 1ère édition : Gallimard (1999)
· Folio 3466 ( déc. 2000)
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