Sans le vouloir, parfois, je me laisse entraîner
Par des parfums d'antan serrés dans ma mémoire
Qui s'échappent en vrac ainsi que d'une armoire
Les senteurs de lavande: ô fleurs à butiner !
Gerbes de souvenirs que rien ne peut faner
Mûrissent sous mes pas... Doux signet de grimoire,
La rue où je suis née est un ruban de moire
Et j'y marche, légère, attentive à glaner.
Les vieux amis sont là, du troëne au platane,
Toujours verts, incongrus comme prêtre en soutane,
Mais riches de tendresse et de tout un passé.
Frémissent cependant nos communes racines
Chaque fois que je viens longer ce mur blessé
Où l'on a tué net le bel arbre aux glycines.