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LES LIVRES ... Najman..1. 2 - Murphy...1 2 - Aclinou 1. 2 3 - Expédition : 3 à 6 jours ouvrables

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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview (Novembre 2007)
 

François Paul G. Aclinou

- Moi, je m'occupe de la bibliothèque ; c'est au deuxième étage. Vous pouvez monter quand vous voulez ; on vous l'a dit, je pense. Vous resterez longtemps ?

- Huit jours, je crois ; mais, cela dépendra des examens qu'on me fait subir.

C'était François qui m'avait abordé ainsi. Je ne l'avais pas remarqué parmi le petit peuple qui fourmillait dans le château. C'est ainsi que j'avais baptisé le centre de soins. Il n'en avait pas l'aspect. Il était situé en pleine nature au milieu d'un grand parc. Quelques canards, à moins que ce ne furent des cygnes - je ne me rappelle plus - batifolaient sur un plan d'eau qui se trouvait non loin du bâtiment principal. Tout autour, des bancs accueillaient ceux qui voulaient s'offrir un peu d'air frais ou simplement regarder derrière eux et faire le décompte des jours qui se sont enfuis. D'autres marchaient, et marchaient encore ; j'étais de ceux - là ; mais, je ne faisais que passer. Mes pas devaient être plus assurés que ceux du voisinage ; était - ce cela qui avait retenu l'attention de François ? ; Je ne pus le savoir. Il m'avait abordé ; j'en fus surpris, non pas parce qu'il l'avait fait, mais par la manière : " Moi, je m'occupe ..." au lieu du traditionnel " bonjour " avec ou sans " monsieur. " J'avais tourné la tête pour le regarder. Il ne souriait pas ; il n'était pas agressif ; il n'était pas triste ; il n'était pas jovial non plus ; rien ; seulement calme ; il m'avait paru d'une certitude absolue. Après que j'eus répondu à sa question, nous fîmes en silence quelques pas ensemble autour du plan d'eau sous la conduite des cygnes ou des canards, je ne sais plus. Au bout d'un moment, il ébaucha enfin un sourire, mais, c'était fait comme s'il voulait seulement me le montrer, son sourire ; le montrer, pas me l'offrir. Cela me plut ; je m'étais dit : " voilà une personne qui ne s'abrite pas derrière l'hypocrisie d'un sourire quel que soit ce qu'il avait à dire ". Nous fîmes quelques pas encore ; il me posa une autre question ; une de celles qui revenaient souvent dans mes rencontres. Il me demanda :

- Il y a longtemps que vous êtes là ? Je veux dire, chez nous.

J'avais répondu :

- J'y suis depuis toujours, je crois.

- Pardon ? Dit - il.

- Oui ; à ma naissance, "chez vous " allait jusque " chez moi " ; alors, vous voyez !

Mon propos le fit rire franchement ; moi aussi j'avais ri. Il me dit :

- Moi, on m'appelle François.

Je lui dis mon nom. Notre promenade se poursuivait. Sa fonction de bibliothécaire le mettait en relation avec la plupart des pensionnaires du centre ; cela se traduisait par de fréquentes interruptions de nos propos au cours de la balade en circuit fermé. Au bout d'un moment, je lui demandai :

- C'est grave ?

- Oh ! Vous savez ... Mais, pourquoi cette question ?

- Vous êtes bibliothécaire ici, n'est - ce - pas ?

- Je vois ; oui, je resterai longtemps ici ; mais bon ! Et vous ?

- C'est un bilan que je fais faire après un terrible petit accident.

Il rit, et nous en sommes restés là. Je lui rendis visite le lendemain ; c'était dans la bibliothèque ; il tenait un Kafka dans la main ; il en lisait quelques lignes à mon arrivée. Devant mon intérêt pour l'ouvrage, il me le proposa en prêt ; je refusai ; je lui dis :

- J'ai déjà lu " La Métamorphose " ; j'étais adolescent à l'époque ; je n'oublierai jamais la peur que cette lecture avait suscitée en moi ! J'avais peur de me retrouver transformé en cafard en me réveillant le lendemain. J'avais mal dormi pendant la première nuit qui suivit cette lecture. Je me revois encore descendant délicatement de mon lit en tâtant mes bras et mes jambes pour m'assurer que tout était en ordre ; Quel livre !

- Et quel auteur ! ajouta - t - il.

- Oui, en effet ; dis - je. Il me fascinait, et il me fascine encore. Le peu que j'ai lu de lui me fait penser à un Être dont le haut et le bas, l'intérieur et l'extérieur sont tellement imbriqués que lui seul me semblait en mesure de retrouver la place de chaque chose ; un homme qui était au - delà de l'être, en cela que j'avais le sentiment qu'il avait instinctivement synthétisé ce que chacun de nous pouvait garder au tréfonds de soi. Vous avez lu Cioran ? lui demandai - je avant de continuer sur ma lancée à faire resurgir ce pan de réflexions passées, mais jamais très éloigné du présent. Il dit simplement " Oui ". J'avais le sentiment que sa réponse était brève pour ne pas interrompre l'ouverture que je lui proposais. J'étais dans le sujet ; je lui dis le lien que je faisais entre ces deux esprits, après qu'il m'eut assuré de sa connaissance,.

- Eh bien, pour moi, Kafka, c'est l'intérieur, et Cioran, l'extérieur. Kafka scrute l'intérieur en y enfouissant la tête sans lever le regard vers qui que ce soit et sans se soucier qu'on le suive ou non, étant certain que chacun devrait y trouver son compte ; tandis que Cioran décape l'extérieur, tout en jetant un coup d'œil permanent autour de lui.

Je m'aperçus brusquement que je livrais à haute voix des réflexions vieilles de quelques décennies qui ne correspondaient peut - être pas aux préoccupations du moment de mon hôte. Je dis pour m'excuser :

- Pardon ; j'étais encore parti ...

- Non, non ; pas du tout ; au contraire, le rapprochement que vous ...

- Non ; laissons cela ; je vous assure. lui dis- je avant de me taire.

Plus tard, dans l'après - midi, nous avions fait le tour du plan d'eau ; les canards étaient à leurs jeux et les bancs accueillaient ceux qui le souhaitaient. François me saisit brusquement par l'épaule et il me dit :

- Hier, vous vouliez savoir si je suis ici pour longtemps ; je crains que oui ; jusqu'à la fin sans doute ; J'ai le cancer.

J'étais décomposé ; il avait dû s'en rendre compte, car, il ajouta aussitôt :

- C'est moi qui le dis. Les médecins pensent que je vais m'en sortir.

- Ils sont mieux placés que nous pour le savoir ...

- Oui, mais, je sens bien que c'est ma dernière route, mon dernier voyage...

- Vous ne pouvez pas ...

- Vous savez ; ce n'est pas ça qui me préoccupe.

Il avait parlé sans mélancolie ; aucune angoisse ne perlait chez lui ; il était maître de sa conscience et avançait à pas assurés vers ce qu'il considérait comme inéluctable ; restait un doute ; sur quoi ? Je lui demandai pour le savoir :

- De la famille ?

- Oui ; une fille ; elle est mariée et bien installée. Elle n'est pas au courant, ma femme non plus d'ailleurs. Je veux dire : de la nature exacte ...

- Et vous redoutez le moment de le leur dire ? A mon avis, les médecins étant optimistes avec raison certainement, il conviendrait peut - être de ...

- Non, non ; ce n'est pas ça.

- Alors ?

- Ma fille est médecin, son mari aussi, dit - il ; il se tut ; j'étais resté silencieux également. Je ne voyais pas où se situait son problème. Malgré la conscience aiguë qu'il semblait avoir de sa fin prochaine, je ne le trouvais pas préoccupé par cela ; tout au plus avais - je décelé un peu de résignation en lui ; et ce n'était pas une résignation qui serait consécutive à un sentiment d'impuissance ; non, la sienne me semblait fonder sa grande quiétude. Voilà que malgré les apparences, l'homme livrait un combat qui ne devait rien à sa maladie ; un combat sur lequel je n'avais aucune idée ; j'étais intrigué. Nous marchions lentement, calmement comme de vieux amis qui entrecoupaient leurs silences par les histoires des jours ; celles que l'on dit sans y penser vraiment. C'était au sortir de l'un de ces silences qu'il me dit, après avoir lancé au loin un morceau d'écorce qu'il avait ramassé quelques instants plus tôt :

- Mon gendre est un Noir.

Nous nous étions arrêtés. Nous nous regardions ; dans ses yeux, il y avait comme une immense interrogation ; cela faisait peine à voir, car il ne cherchait la réponse qu'en lui - même sans savoir par quelle porte passer pour y arriver. Sur le plan d'eau, un canard tentait de prendre son envol sans y parvenir ; François et moi avions souri devant la tentative infructueuse du volatil ; connaît - il ses limites ? Je commençai lentement par dire :

- Le problème...

Il m'interrompit aussitôt ; j'acquis ainsi la certitude que ce n'était pas un appel qu'il m'adressait ; ce n'était pas un problème qu'il me soumettait. Le questionnement ne concernait que lui ; je compris qu'il ne m'avait pas attendu pour se lancer dans la recherche d'une réponse qui le laisserait en paix avec lui - même. Il dit :

- Je ne comprends pas ; je ne comprends pourquoi je ne parviens pas à l'aimer. Ma fille voulait qu'il soit accueilli ; je l'ai à peine reçu. Pourtant, je ne suis pas raciste, je vous assure...

- Je vous crois sans peine ; lui dis - je ; et j'étais sincère.

Comptable de son métier, il avait fait ses comptes et trouvait chaque chose à sa place, hormis ce nœud qui se lovait au fond de son âme et qui faisait que la sérénité avant le départ ne pouvait être pleine. Il lui fallait comprendre pour se rassurer ; il lui fallait entendre pour se comprendre. Quand le verbe, le geste et le silence ne sont pas en symbiose, il y a défaut d'harmonie ; et, exigeant pour lui - même, il ne pouvait le tolérer. Il ne pouvait partir sans dénouer ce nœud pour lui - même. Ce n'était pas Gordium, le seul empire en jeux était sa conscience ; elle était tendue vers les siens ; mais, il se refusait l'usage de l'épée d'Alexandre. Brave et solitaire, il cherchait dans les notes du moineau celles qui lui permettraient d'entonner son chant de cygne ; pour lui seul. Je le regardais ; jamais, je ne m'étais senti aussi proche de quelqu'un ; si proche que les mots n'avaient d'autre fonction que celle d'éclairer les pointes de l'émotivité ; le reste allant par des chemins inusités, parce que inconnus. J'ai admiré cet homme, banal entre tous ; insignifiant peut - être. Je trouvais en lui l'essence du permanent qui est questionnement avant tout. Il dit, tout doucement, et très lentement " je ne comprends pas " ; c'était comme s'il commençait à écarter délicatement le silence que nous observions depuis un moment ; lentement il fit faire surface à la réflexion en disant :

- Mais alors, pourquoi, si je ne suis pas raciste ? Pourquoi lui ? Ils ont des amis dont beaucoup sont Noirs et qui venaient à la maison ; il y en avait un en particulier qui était charmant, intelligent et extraordinairement attachant ; alors que mon gendre n'est qu'un orgueilleux, un prétentieux qui n'arrête pas de ramener l'univers à lui.

- Et vous pensez que si c'était l'autre, le charmant, qui était devenu votre gendre, il n'y aurait eu aucun problème...

- Je le pense, oui. Non ?

- Etes - vous certain qu'il n'aurait pas été trop près, lui - aussi ?

- Trop près ? Trop près de ... Bon sang ! Vous croyez que...?

C'était François ; l'homme qui aimait les hommes qui n'étaient pas trop près ; comme chacun de nous.

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S. FLIX

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