De saisons, tu n'en as connues qu'une.
Tu n'étais encore qu'un tendre et délicat bourgeon
Quand le froid s'abattit sur ta jeune floraison.
Ce soir, là, au détour d'un virage; sous la lune.
C'était un dix-neuf. Le jour reste gravé.
Le mois, l'année; je ne sais.
Car pour moi, en un instant, en un éclair,
Tout se figea, se glaça : ce fut l'hiver.
En naissant, tu avais fait de ma vie
Un éternel et merveilleux été.
Eclatante lumière, sur tout et tous, tu brillais.
Ma belle âme, mon amour; mon fils chéri.
En une seconde, ce jour maudit, tout basculait.
Une seconde qui deviendrait, pour moi, une éternité.
J'allais la visiter et revisiter, cent fois, mille fois, dans ma tête.
Elle y laisserait un paysage : "désolation après la tempête".
Quel pire cataclisme, quelle pire épreuve pour une mère,
Que celle de voir l'enfant qu'elle a chéri,
Porté au creux de son ventre, puis sur son coeur sincère,
La quitter, non pour une autre, mais pour finir sa vie.
Cela était absurde, n'avait aucun sens :
Que pouvais-je faire d'autre
Que tomber dans la démence,
Dans la mort être ton apôtre ?
Longtemps, je errai, ombre fantomatique,
A la frontière incertaine, énigmatique,
Entre la vie et l'au-delà :
Je ne pouvais faire un choix.
Et puis, je réalisai que,
Si je n'étais plus là, parmi eux,
Personne ne pourrait témoigner
De la merveilleuse personne que tu avais été.
Alors, je me suis battue, contre vents et marées.
Jour après jour, j'ai lutté,
Contre ma peine, mon chagrin;
Je te le devais bien.
Contre mes attentes, j'ai pansé mes blessures.
Ma chair meurtrie a guéri,
Sous les cicatrices qui s'y sont imprimées.
Regarde : je suis plus forte, plus sure.
Car je sais que si, maintenant,
Je suis là pour les aider,
C'est qu'à chaque instant,
Tu restes là, à mes côtés.