Viens là, tout au creux de mon bras, petit
Et écoute ton grand-père, à l'hiver de sa vie.
Toi, mon enfant, tu entames à peine
Le printemps de la tienne.
J'ai tant de choses à te dire, ce soir
Tant à t'apprendre à l'aube de mon histoire.
Ton aurore, émouvante, est si pure :
Un aigle majestueux fendant d'un trait l'azur.
Moi, le vieil homme, le sage,
J'ai grandi à travers les âges.
J'ai connu tant d'hommes, de femmes, de visages.
J'ai éprouvé espoirs, amours, haines, et rages.
Mes yeux ont vu les océans et tant de paysages.
J'ai traversé mille d'épreuves, et vécu cent naufrages.
J'ai souvent cherché pour trouver les passages.
Mes combats, j'en ai gagnés, parfois, puis tourné la page...
Mes erreurs, mes failles, mes forces et mes victoires,
Je te les laisse : en héritage; ce sera ton trésor.
Face à ta jeunesse, ton innocence, je suis partagé :
Je voudrais t'éviter toute souffrance, tout mal, te protéger.
Mais je sais aussi que tu ne pourras grandir et devenir un homme,
Que si l'on te laisse éprouver la vie, vivre libre, en somme.
Ton printemps abrite déjà le germe de ton été,
Et quand il fleurira, mon hiver aura déjà cessé.
Je ne serai plus là, alors, pour guider tes pas,
Qu'à travers le souvenir que tu garderas de moi.
Et si, quelquefois, dans tes moment noirs ou gris, tu as de la peine
Je souhaite alors que tu te rappelles ceci :
Vis ta vie pour toi, par toi, à l'infini !
Car ainsi, tu donneras pleinement un sens à la défunte mienne.