Imagine, entre ciel et terre, un long ruban de route abandonné au désert. La poussière pénètre comme un venin dans nos pores tandis que le sable crisse sous les pneus surchauffés. Le paysage vibre de lumière et de soif…
Nous sommes en Inde, au Rajasthan, dans la bouche béante de l’enfer qu’on nomme « désert du Thar ».
Quelques paons apeurés s’éloignent dans les sables. Des gazelles, comme un mirage, tremblent sur l’horizon. Le soleil torture la terre. J’ai en moi des idées pleines de cauchemars.
Mais soudain, j’aperçois Jaïsalmer, comme une dentelle fauve ciselée sur la colline : Jaïsalmer au bout du monde, cité fantôme qui garde le désert à deux pas du dernier camp d’Alexandre le Grand. L’angoisse devient rêve et vertige…
Le temps remonte son cours.
N’entends-tu pas le vent là haut dans les «havelis » ? La douce brise vient apaiser nos corps. Les rues étroites emprisonnent l’ombre des balcons arachnéens. Des hommes fiers et silencieux caressent leur barbe ébouriffée. Des femmes enveloppées de grands saris colorés nous offrent leur dialecte rieur. Les bazars animés regorgent d’encens, d’épices, de miroirs ciselés et de tapis de soie.
La nuit cependant gagne cette perle des sables. Les chameaux rentrent dans la forteresse, le silence revient.
Nous logeons dans le palais du Maharaja. La chambre est couleur d’ambre, sobre, vide. Son balcon ouvragé surplombe le désert. Là, nous nous accoudons…
L’Orient entre en nous, l’Eternité est à nos pieds.