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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview

REA MED - JEUDI  Paul G. Aclinou

J'avais eu le sentiment en me réveillant le jeudi matin de n'avoir pas cessé de geindre toute la nuit. La veille, celui qui me semblait faire office de médecin principal s'était retiré après m'avoir installé dans la chambre. Il était tout aussi excité qu'au moment de son retour à l'hôpital.

En partant, il laissait le soin au barbu de prendre le relais à mon chevet. Ce fut donc ce dernier qui tourna autour de ma personne le reste de la nuit. Je n'avais pas eu besoin de l'appeler ; il passait régulièrement dans la chambre. Il avait dû me faire deux ou trois piqûres. Il vérifiait le pouls. Je trouvais chaque fois la valeur trop élevée et je ne manquais pas de le lui signaler avec insistance ; mais il demeurait impassible ; c'était sa nature d'être au delà de toutes émotivités. Il prenait ma tension ; et comme je me plaignais de toujours mal respirer, il m'administrait une bouffée de ventoline avant de s'en aller. Un instant plus tard il revenait ; et nous recommencions. Ce manège dura une partie de la nuit. Puis, soit qu'il eut assez de supporter mes lamentations, soit qu'il avait décidé qu'il suffisait d'attendre, soit encore qu'il avait atteint les limites de sa persévérance, il me laissa le tube de ventoline ; il me prescrit d'en prendre si j'en éprouvais le besoin. Je ne le reverrai plus jusqu'au lendemain.

Le médecin russe qui m'avait traité la veille à mon arrivée à l'hôpital fut la première personne à me rendre visite le jeudi matin. Mon humeur n'était pas plus agréable qu'au moment où je pénétrais dans le service. Je n'avais pas encore accepté l'idée de mon hospitalisation. Il feint de ne pas s'en apercevoir ; il me salua ; le ton était amical. Il dit dans un français hésitant soutenu par un léger sourire :

 " - ça va mieux ce matin? "

 Ma réponse se voulait désagréable. L'expression devait signifier la rage. C'était une bouderie, comme ferait un enfant gâté qui se sentait contrarié dans ses caprices, et tenait à le faire savoir. Je dis en maugréant :

 " - Non. "

 Puis après un silence, j'ajoutais ce qui devait être un reproche :

 " - Je respire toujours aussi mal. Et puis, je n'ai pas dormi de toute la nuit. "

 J'étais persuadé en effet, de n'avoir pas fermé l'oeil jusqu'au matin. Il m'apprenait alors qu'il était venu à plusieurs reprises dans la chambre et qu'il m'avait trouvé endormi à chacun de ses passages. J'étais déçu. Je venais de perdre une raison honnête d'en vouloir à l'équipe soignante. J'étais ravi cependant, d'apprendre que le russe avait tenu à s'assurer qu'on prenait soin de moi. J'appréciai sa conscience professionnelle et son dévouement. Je me doutais que Rachel était pour quelque chose dans cette attention. Sacrée Rachel ! tendre et déterminée.

Ce n'était qu'après cette première visite que je pris tout à fait conscience de l'endroit où je me trouvais. J'avais la sensation d'émerger enfin des brumes qui m'encombraient l'esprit les jours précédents. J'eus envie d'aller aux toilettes au bout d'un moment. J'avais décroché de mon nez en conséquence, le conduit par lequel je recevais l'oxygène ; puis je fis venir une infirmière pour retirer provisoirement la perfusion de mon bras. Je me rendis ensuite dans l'espace adéquat. Il était aménagé dans la chambre à quelques pas de la porte d'entrée. Là, je m'aperçus avec stupéfaction que sans oxygène, je manquais d'air. Je suffoquais au bout de quelques minutes. Je compris à partir de ce moment - là, que j'étais plus atteint par le mal que je ne pensais. Je m'imaginais alors ce qu'aurait été ma nuit si on m'avait écouté ; si on m'avait laissé rentrer chez moi la veille comme je l'exigeais. Je me radoucis humblement aussitôt pour attendre avec patience le retour des médecins du service.

 Aucun membre du corps médical ne m'avait rendu visite jusqu'au milieu de la journée. Je mettais à profit ces heures d'attente pour découvrir le cadre dans lequel je me trouvais. Je l'avais à peine entrevu la nuit précédente trop préoccupé que j'étais, par ma rage et ma bouderie. Ce matin - là, je pouvais l'examiner avec sérénité en attendant les praticiens.

 En face de la pièce dans laquelle je me trouvais, de l'autre côté d'un très large couloir, il y avait un local, une autre chambre de malades. Elle était vitrée à partir de la mis - hauteur sur trois de ses côtés. Elle me faisait penser à un bureau d'information désuète d'une obscure administration. Sa superficie était plus importante que celle de ma chambre. Plusieurs lits bien alignés dont la hauteur me paraissait anormalement élevée y étaient disposés. Des nouveaux - nés occupaient trois de ces couches. Il me suffisait de me redresser un peu de ma place pour les apercevoir. Les enfants n'étaient reliés à aucun dispositif d'assistance. Je pensais alors que leur état ne devait pas être très grave ; sans doute un simple suivi médical après une naissance délicate. Les bébés s'agitaient fréquemment ; mais il y avait peu de pleurs dans le local ; cela m'avait rassuré. Cependant, je me demandais quels pouvaient être les maux qui les avaient conduits dans ce service, et dans cette pièce à l'écart de leurs mères. Tout au long de la matinée les infirmières se rendaient régulièrement auprès d'eux. Ce va - et - vient incessant m'inquiétait un peu. J'avais noté également la présence d'une jeune femme sur les lieux. Elle arpentait le couloir. Sa tenue et son attitude indiquaient clairement qu'elle ne faisait pas partie du personnel de l'établissement. Quand je la vis passer la première fois, je croyais qu'elle était la mère de l'un des nourrissons de la pièce d'en face. Je changeais d'avis par la suite en constatant que leur présence lui était indifférente. Elle allait et venait en silence. Elle gardait en permanence les bras croisés sur la poitrine. Elle ne semblait s'intéresser à rien de ce qui l'entourait. Sa tristesse était frappante ; sa beauté également. Celle - ci était rehaussée par la mélancolie qui se dégageait du regard fixé en permanence devant elle. La jeune femme semblait ne vivre que dans le lointain, ailleurs. On devinait par moments la souffrance qui alimentait cette tristesse ; mais rien ne la trahissait ni dans les gestes ni dans l'expression de la physionomie. La belle créature passait et repassait ; silencieuse et triste ; triste et belle. J'avais l'impression par moments que la souffrance prenait l'air.

Rachel arriva au milieu de la matinée. Je me demandais comment avait - elle procédé pour avoir accès au service qui en principe, était interdit aux visiteurs. Mais, je n'étais pas étonné qu'elle y ait réussi. C'était sa nature, être par le défi et prouver par le succès. Je répondis sans enthousiasme apparent aux questions rituelles ; il faut bien bouder un peu ; c'est parfois si agréable. Elle s'attendait sans doute à ce que je me plaigne de mon hospitalisation ; je n'en fis rien. Après tout, ce n'était pas son problème ; et puis j'avais eu le temps de me convaincre du bien fondé de la décision. Rachel m'agaçait par son inclination à être à vos côtés moralement ; et dans le même temps, elle pouvait se situer hors de tout, à l'écart de tous ; au point que ses actes prenaient le sens d'une seconde couche sur sa personnalité et sur ses sentiments véritables. Elle semblait se murer en permanence dans un corset de principes dont l'application était quasi impossible au regard de ses propres désirs ; et sans doute aussi de ses souhaits. Les contours du cadre ainsi délimité paraissaient imprécis ; suffisamment pourrait - on croire, pour en rendre les variations plus aisées. Cependant, une observation attentive révélait qu'elle savait très bien s'échapper. On pourrait penser alors qu'elle s'adaptait à la situation pour peu que son interlocuteur devenait trop intransigeant. En fait, il n'en était rien. Plus fidèle que jamais à ses convictions, elle savait s'enfoncer au plus profond d'elle - même pour surseoir. Elle laissait alors à son interlocuteur une enveloppe vide et trompeuse ; à la façon d'un lézard qui abandonnerait sa peau au prédateur en s'en échappant prestement sans attirer l'attention. On rencontre rarement un être pour qui l'essentiel est si secret qu'on se demande comment fait - il, pour que son existence ne soit pas un enfer de solitude et de tristesse insondable. Peut - on demeurer indéfiniment à la lisière de ses effervescences émotionnelles ? Ne faut - il pas s'y fondre parfois en fermant les yeux ; s'y absorber afin d'en éprouver les béatitudes ?. Il faut je crois s'en délecter par moments, pour en ressortir dégoulinant de douceur et de tendresse. On se sent alors envahi par une chaleur intérieure qui vous brûle et vous laisse la paix.

 Rachel me rendit compte des missions dont je l'avais chargées la veille. Elle n'avait pas pu informer ceux de ma communauté ; car, presque tous étaient absents de la ville pendant les deux jours de repos de fin de semaine. Les coopérants français organisaient un rallye pour la durée du week - end. Elle accepta, de retour en ville après m'avoir quitté, de prier Florentin un autre ami, de passer me voir. Sur le plan professionnel, Rachel avait signalé mon indisponibilité à nos collègues algériens et à mes supérieurs. Je la sentais inquiète sans que je puisse en déterminer la raison. Ce ne devait pas être mon état de santé ; elle me savait hors de danger à l'hôpital ; et cela ne tenait pas à la confiance que nous faisions au système de santé local ; mais pour la vigilance discrète qu'elle avait priée à ses " frères " russes, d'exercer auprès de moi ; de cela, j'en étais certain. Et puis, je paraissais avoir retrouvé mes moyens. Craignait - elle ma mauvaise humeur ? Cela m'aurait étonné ; il n'y avait aucune raison en effet, pour justifier une telle crainte. Elle savait que mes pensées n'étaient pas dirigées contre elle. Restaient les réactions éventuelles de sa communauté. Je choisis de ne pas poser la question. Je ne pus m'empêcher toutefois de dire le sentiment d'abandon que j'avais éprouvé la veille en entrant dans le service. Elle se retira à la mi - journée avec son mari, qui nous avait rejoints entre temps. Rachel promit de revenir vers la fin l'après - midi.

Je devais la voir ainsi à l'hôpital matin et soir jusqu'à ma sortie. J'ai su dix ans plus tard que bien souvent, ces déplacements se faisaient à pied ; c'est - à - dire, une bonne heure de marche dans une chaleur étouffante. Rachel, c'était une main ouverte qui passait ; mais c'était aussi un coeur si difficile à appréhender.

 Le reste de la matinée s'écoula dans l'attente de la visite des médecins. Mais aucun d'entre - eux ne s'était montré. Midi était passé ; on ne me proposait rien pour le repas. Du reste, je n'avais pas faim ; la perfusion me suffisait, semble - t - il. Pendant les heures les plus chaudes de la journée le couloir était peu fréquenté, hormis par la femme solitaire. Elle ne s'occupait que de sa promenade ; et rien ne semblait pouvoir l'en détourner. Le service donnait une impression d'abandon ; c'était sinistre. On aurait dit les ruines d'une ancienne cité trop tôt désertée, et dans lesquelles quelques rats s'acharnaient à y perpétuer la vie ; j'étais l'un de ces rats.

Je n'avais pas faim ce jour - là. J'attendais patiemment l'arrivée des médecins et l'évolution des choses ; mais, avais - je le choix ? Mon désire était de m'en aller dès lors que je me sentais en voie de rémission. J'avais dû somnoler par intervalles en début d'après midi ; il faisait trop chaud pour dormir vraiment ; mais c'était suffisant pour me calmer. Je fus complètement réveillé par l'arrivée de Florentin. La fin de l'année approchait et l'université tournait au ralenti. Le carême aidant, les locaux de la faculté se vidaient alors dès le milieu de l'après - midi. Florentin ne s'était pas inscrit pour participer au rallye ; il pouvait ainsi me rendre visite dès que je le fis appeler. Il se signala par un vigoureux " Il parait que tu veux nous quitter, " en pénétrant dans la chambre ; je lui répondis par un sourire. Après les cérémonies d'usage, je l'avais chargé de quelques messages à l'attention de ma famille. Il s'agissait de demander à mon épouse de contacter American Express ; Rachel n'avait pas pu le faire la veille. Je l'avais prié également de prendre contact avec mon médecin traitant en ville pour l'informer. L'organisme d'assistance aurait eu besoin du concours de médecins sur place pour évaluer la situation et pour décider des mesures éventuelles qu'il aurait fallu prendre. Les praticiens qui me traitaient à l'hôpital donneraient leur point de vue bien entendu ; mais je souhaitais qu'il y ait aussi un avis extérieur. La visite de mon collègue dura le temps qu'il faut ; juste assez pour la bienséance ; pas trop pour ne pas aboutir à l'agacement. Je l'apprécie Florentin ; bien que je trouvais sa vision de l'existence assez éloignée de la mienne. Pour mon ami, vivre s'articulait autour de deux ou trois nécessités : une canne à pêche, un panier de provisions et quelques sourires distribués consciencieusement à la ronde et avec générosité. En d'autre terme exister. Alors que vivre à mon sens, ne se conçoit que si l'être ancre le présent au passé ; il faut se souvenir tout en dirigeant résolument sa pensée vers l'avenir. Vivre c'est projeter sa conscience vers le groupe et vers le futur en définissant les étapes aussi précisément que possible. L'individu est ainsi en route pour devenir l'Etre. Etre heureux prend alors un autre sens et une autre dimension. Ce parcours n'est ni aisé ni a priori toujours mobilisateur ; mais c'est le seul qui vaille. C'est là, mon avis ; Mais, je peux me tromper. Florentin comme beaucoup d'autres, avait peut - être raison. Manger, boire et se distraire... N'est - ce pas là le conseil de l'Ecclésiaste ? Il s'en était allé. Je lui fis un sourire. Celui qu'il m'adressa en retour fut plus large, et plus généreux aussi. Toute sa physionomie y participa ; un grognement de contentement l'avait accompagné, comme pour en souligner l'ingénuité. De retour en ville, il fit ce que je lui demandais ; le résultat ne s'était pas fait attendre.

 Une infirmière venait me dire, une heure ou deux après le départ de mon ami, qu'un médecin demandait à me parler au téléphone. Je compris qu'il s'agissait de celui qui me suivait d'ordinaire. Ma chambre n'étant pas équipée, j'avais dû me déplacer. Le temps pour moi de parvenir au combiné, la communication était interrompue. Il n'y avait pas eu d'autres tentatives ; ou bien alors, elles ne furent pas portées à ma connaissance. A ma sortie de l'hôpital quelques jours plus tard, je rendis visite à mon médecin par courtoisie. Il m'avait reçu, en s'excusant de n'avoir rien pu faire pendant mon séjour en réanimation. Il saisit l'occasion de ma visite pour extérioriser toute la rancoeur qu'il portait à la structure hospitalière locale et plus particulièrement à sa direction. " - Vous comprenez, " me dit - il, " celui qui dirige cet hôpital n'a même pas le certificat d'étude primaire. Moi docteur, je ne peux pas entrer comme je veux là - bas ; il me faut son autorisation ; vous vous rendez compte ! " Je l'écoutais en silence, poursuivre sa diatribe, avec toute la hargne dont il était capable. Je me rendais compte surtout qu'il libérait à ce moment - là, une charge de haine contenue depuis trop longtemps ; l'occasion devait être trop belle pour se relaxer.

 "...Vous comprenez, sous prétexte qu'il est ancien combattant on l'a mis à cette place sans notre avis ; sans nous consulter, nous les spécialistes. Nous sommes considérés comme des intrus. On nous regarde comme des ennemis du système. On nous prend pour des parias, à surveiller et à humilier. En tout cas, c'est un vaut - rien..."

Je découvrais ainsi l'intensité de la tension qui existait entre les dirigeants des structures hospitalières et les médecins en ville. Les premiers étaient considérés comme des usurpateurs par les seconds. Ces derniers auraient souhaité détenir un droit de regard sur le fonctionnement des hôpitaux. Cependant je ne fus surpris qu'à moitié. Il semblait en effet qu'un problème " anciens combattants " plus général existait à certains niveaux de la vie du pays. Quelques années au paravent, nous avions eu à l'université un cas de ce genre. Un de ces héros s'était présenté auprès du recteur de l'université en se recommandant du ministre de l'enseignement. Il désirait s'inscrire dans l'établissement pour accéder à une formation supérieure. Il était apparu très vite que son but était d'avoir un titre universitaire sans suivre la formation correspondante ni subir les examens qui la sanctionnaient. Monsieur Mafouz donna à cette occasion la mesure de sa personnalité dans le bref dialogue qui s'était instauré alors. Le visiteur, orgueilleux et sûr de son droit, énonça ses prétentions ; il déclara :

 " - Je veux m'inscrire en droit ou bien en lettre en langue nationale ; c'est ce que j'ai dit au ministre. "

La réponse de Monsieur Mafouz fut sereine et courtoise ; mais on sentait le recteur prêt à lancer une pique. Il savait se faire mordant ; il savait manier l'ironie. Il dit calmement à son interlocuteur :

 " - Vous savez que notre pays vous accorde le droit en tant qu'ancien combattant, de vous inscrire à l'université sans avoir obtenu le bac. Cependant il faut subir un examen spécial au préalable. Le ministre vous a expliqué tout ça..."

 Le recteur Mafouz n'eut pas le temps d'aller au terme de son développement. Lui coupant la parole, son visiteur abattit ce qu'il croyait être sa carte maîtresse. En effet, il s'était exclamé avec insolence ; il dit :

 " - Oui, oui, je sais ! Nous sommes du même village le ministre et moi. Il m'a dit de venir vous voir. Si vous voulez je peux lui demander une lettre pour vous. "

Libéré des contraintes protocolaires par ces propos, Mafouz asséna avec férocité, mais non sans humour, le coup de grâce qui devait clore l'entretien. Il avait répondu :

 " - Oh non! Ce ne sera pas nécessaire." Dit - il d'abord ; puis, il conseilla :

" - Dans ce cas, vous allez retourner voir le ministre ; il vous signera votre diplôme tout de suite. C'est la licence que vous voulez je crois ou bien c'est le doctorat ? "

 L'affaire tourna court. Mais le système finit par avoir raison du professeur Mafouz. La dépression dont il souffrit par la suite et son suicide quelques années plus tard, résultaient en partie semblait - il, d'une mise à l'écart par l'établishment. Mafouz s'en réclamait ; mais il en contestait les règles et les méthodes. Le personnage ne manquait pas d'ambiguïté certes ; mais il était évident qu'il possédait une vision précise des tares des structures et celles des hommes qui les faisaient fonctionner. Il reconnaissait et en était fier à juste titre, les efforts des dirigeants pour faire progresser le pays. Aux mêmes titres que ses compatriotes, il désirait ardemment que son pays franchisse l'étape difficile dans laquelle il était engagé. Mafouz était prêt à s'y consacrer lui aussi ; mais à un niveau qu'il aurait déterminé lui, et lui seul. Comme beaucoup de personnes sur place, il ne concevait son rôle qu'en fonction de sa vanité. Il oubliait que sa clairvoyance et ses efforts étaient voués à l'échec dès l'instant où il refusait de n'être qu'un élément parmi tant d'autres. Il lui était difficile d'accepter d'être un ouvrier attelé à la même tâche pour laquelle la fonction de l'un valait celle de l'autre. Il fallait accepter d'être un compagnon parmi les compagnons. L'indispensable hiérarchie ne devrait pas être primordiale pour parvenir au but. Or, l'échelonnement des individus constituait le moteur de l'action. Les ambitions personnelles et la recherche du paraître faisaient office de dévouement au point que l'objectif initial se trouvait réduit à une fonction d'alibi. Tout zèle devenait hypocrisie. Il n'est pas aisé d'être guide au sein d'un peuple dont chaque membre est convaincu qu'il est né guide. Revenons à l'Ecclésiaste, Vanitas vanitatum...

On se rendait rapidement compte qu'il existait plusieurs niveaux dans les structures dirigeantes du pays. Cela est normal ; et c'est le cas dans la plupart des Etats. Localement cependant, la spécificité tenait au fait que la même personne, le même responsable pouvait intervenir dans plusieurs sphères d'influence à la fois ; et il le faisait sans se soucier de cohérence dans ses faits et gestes en direction de ses subordonnés. On s'apercevait alors qu'une ambiguïté s'installait. Un double langage s'instaurait. Il brouillait le message qui était destiné aux exécutants. Il était probable que le ministre ait effectivement dirigé son ami encombrant sur le responsable de l'université tout en sachant par ailleurs, que celui - ci appliquerait ou non la réglementation en vigueur, uniquement selon son tempérament. Le ministre n'ignorait pas que la décision de monsieur Mafouz n'entraînerait aucune conséquence pour ce dernier. Quelle que fut la réponse du recteur, l'autorité politique avait résolu son problème ; celui de se débarrasser du quémandeur ; la suite ne l'intéressait plus. Mais le politique oubliait que les conséquences de son acte allaient se retrouver au niveau des exécutants ; et que peu à peu, ceux - ci allaient prendre l'habitude de dénier toute crédibilité aux directives des supérieurs ; les ordres et les consignes devenaient alors contestables. C'était effectivement le cas chaque fois que les conclusions d'une décision ne plaisait pas ; ou bien quand ses conséquences n'allaient pas dans un sens favorable aux intérêts particuliers de la sphère d'exécution ; que celle - ci fut un individu ou bien un groupe d'individus.

J'avais vécu en une occasion les deux aspects de ce problème. J'avais dû me rendre en effet au ministère de l'enseignement supérieur au début de mon séjour ; ce fut à la demande de mes supérieurs. Je devais participer à une réunion pour défendre le programme d'un enseignement de troisième cycle que nous souhaitions mettre en route. Plusieurs universités se trouvaient dans le même cas et étaient représentées à cette assemblée. A l'issue de la réunion, le haut fonctionnaire qui la présidait nous apprenait qu'il venait de recevoir une délégation d'étudiants avant nous. Ceux - ci venaient de tout le pays. Ses membres étaient censés représenter les jeunes gens qui avaient suivi leur cursus universitaire en langue nationale jusqu'à la maîtrise. Leurs représentants demandaient que soit crée un enseignement de troisième cycle dans la même langue à leur intention. Notre hôte nous expliqua que pour des raisons politiques l'autorité de tutelle avait été contrainte d'ouvrir ces filières en langue arable jusqu'à la maîtrise. Les bacheliers de cette section pouvaient ainsi poursuivre des études supérieures. Mais, les enseignants doivent tout faire pour les dissuader de s'engager dans cette voie. En effet, les débouchés étaient pratiquement inexistants pour ceux qui étaient formés par cette filière. En somme, les responsables politiques nationaux connaissaient parfaitement le problème ; mais ils refusaient de l'aborder au grand jour pour y trouver une solution de fond. Le pouvoir laissait à chaque université le soin de le régler sans lui donner de directives ni les moyens appropriés. Une fuite en avant qui laissait le temps à la situation de s'aggraver. Les premières victimes étaient cette partie de la jeunesse ; elle se trouvait exclue de la vie de la nation. Elle voyait son avenir compromis parce qu'on n'avait pas eu l'honnêteté de lui proposer des choix clairs et courageux. Ensuite, les structures de l'Etat risquaient d'être atteintes à leur tour à partir du moment où ces problèmes et quelques autres pouvaient servir d'argumentaires et d'alibis pour contester le régime en place. Au niveau local l'exécutif exploitait ce double langage trouvant là, matière à une rébellion qui ne disait pas son nom. Au cours de cette même réunion notre hôte me reprochait d'avoir établi le programme de notre projet d'enseignement sur papier libre. J'aurais dû en effet utiliser les formulaires que le ministère avait fait parvenir à notre administration. Je fis part de mon étonnement ; car, aucun formulaire ne m'avait été remis par mes supérieurs algériens quand ils me chargèrent de coordonner l'élaboration du projet. De retour sur mon lieu de travail, je fis état de ce reproche à mon directeur d'institut. Il me faisait savoir alors qu'il avait bien reçu les documents ; mais qu'il trouvait ces formulaires mal faits. Il n'avait pas jugé nécessaire en conséquence, que nous les utilisions.

C'est comme ça ; encore un peu, et chaque citoyen rédigera sa version de la constitution !

 De telles situations étaient fréquentes ; mais elles étaient loin d'annihiler totalement les efforts que consentait le pouvoir depuis de nombreuses années pour le développement du pays et pour l'éducation de la jeunesse en particulier. Trois ou quatre décennies ne suffisent pas pour effacer des siècles d'habitude de vie qui était basée sur la tribu. Celle - ci étant réduite le plus souvent à la famille, au mieux, au village, et dont les membres se comportaient en assiégés. Le handicap à remonter était lourd. L'effort qui était accompli devrait être apprécié en prenant conscience de la difficulté. Il ne doit, en aucun cas, être mis en parallèle avec les ambitions tapageuses, fussent - elles proclamées au nom de la communauté par ses plus hauts aréopages.

Après le coup de fil manqué je reçu la visite de Rachel ; celle du soir. C'était avec plaisir que je la voyais chaque fois pénétrer dans la chambre. Comme toujours, elle arborait une sérénité apparente. Mais, je la savais tourmentée par nature. En général, rien n'apparaissait au premier regard ; ni tant que la confiance ne s'était pas installée ; mais cela pouvait venir rapidement. Elle était restée ; nous avions bavardé. Je lui fis part de la visite de Florentin, et je l'ai remercié de sa diligence. Elle me raconta son passage à l'université et me dit le désert qui y régnait. Rachel recevait des amis cette fin de semaine - là ; le soir et de nouveau le lendemain ; mais elle pensait trouver un moment pour venir à l'hôpital ; je n'en avais jamais douté. Il y avait huit ou neuf mois la situation était inversée ; c'est moi qui venais, alors qu'elle gardait le lit dans le service de chirurgie. Je crois qu'elle avait apprécié. Son conjoint occupé par son travail et par les soins à prodiguer aux deux enfants pouvait difficilement passer de longues heures à ses côtés.

 Rachel était encore avec moi quand enfin, je vis arriver le premier médecin de la journée en dehors du russe. Ce fut le jovial. Il s'informa de mon état. Rachel prit congé ; son mari venait la chercher comme convenu. Le médecin algérien s'était assis sur le bord du lit à coté de moi. Nous avions parlé de ma santé. Je lui faisait un rapide historique de mes problèmes respiratoires ; cela l'ennuya. Il me demanda brusquement :

" - Vous n'avez besoin de rien ? "

Je faillis éclater de rire en l'écoutant ; mais, je m'étais retenu. Je me bornais, mi - sérieux, mi - ironique, à faire une suggestion ; je lui dis :

 " - Si vous pouviez me faire apporter un peu de café, ça me conviendrait ; je n'ai rien mangé depuis hier soir. "

 Je le crus perplexe en m'écoutant. Il retrouva très vite son air détendu après un instant de silence. Il me donna aussitôt la raison de cet état de chose sans manifester le moindre embarras ; il m'expliqua sereinement ma situation ; il dit :

 " - Comme nous sommes en carême, très peu de personnes mangent dans la journée ; c'est pour cela qu'on vous a oublié. "

 Merci pour l'oubli, avais - je pensé. Il se leva et il sortit de la pièce. De mon lit, je l'entendais donner des ordres en arabe. Il revint ensuite reprendre sa place à coté de moi. Un moment plus tard, une infirmière souriante entrait dans la chambre. Elle portait un plateau en inox sur lequel étaient posés deux tasses, un gobelet de sucre en poudre de couleur indéterminée et un broc de café. Mon visiteur me versa le café et se servit. Le breuvage était excellent ; mais je ne lui en fis pas de compliments. Notre discussion ne s'était pas arrêtée pendant la pause - café. Après quelques échanges insignifiants, il abordait ce que je crus être l'objet principal de sa visite ; il me dit sur un ton soucieux :

" - Votre ambassade a téléphoné d'Alger..."

 Je lui avais coupé la parole pour indiquer mon ignorance. Je dis :

 " - Ah ! Je n'étais pas au courant ; ça doit être le consulat..."

 Ce fut à son tour de m'interrompre pour suivre sa pensée ; le dialogue continuait ainsi.

 " - J'ai pensé que vous les avez contactés..."

 " - Non, non ! Je n'y ai pas songé ; et puis je n'aurais pas eu le temps..."

 " - Ils voulaient savoir s'il faut vous rapatrier. " A - t - il précisé, l'air pensif avant d'ajouter sur un ton qui m'avait semblé manquer d'assurance.

"...Nous leur avons décrit votre état de santé actuel. Un transfert ne parait pas nécessaire. Mon point de vue est que vous êtes hors de danger à présent et qu'un retour en France ne s'imposait plus. Nous pouvons très bien vous soigner ici. Vous n'êtes pas bien chez nous? "

 Jusqu'à l'interrogation finale j'avais l'impression qu'il était ailleurs. Il paraissait absorbé dans des pensées sur lesquelles je n'avais pas la moindre idée. J'étais perplexe quand il se tut. Puis je souris, davantage à moi - même qu'à mon interlocuteur. J'appréciais qu'il ait précisé " Mon point de vue..." La question par laquelle il termina ses propos précédents m'étonna à peine ; je me gardai d'y répondre. Il avait poursuivi sans attendre ma réaction, comprenant sans doute, que je ne partageais pas sa vision de la situation quant à me sentir en sécurité dans cet hôpital, et dans ce service. Le problème n'était pas celui du traitement qu'on m'appliquait ; il était je crois, bien adapté ; il semblait efficace. Mon interlocuteur oubliait que c'est un ensemble qui devait être apprécié depuis l'accueil jusqu'au traitement. J'étais persuadé qu'il ne l'ignorait pas. J'avais eu le temps depuis mon arrivée, de me rendre compte que la plupart de ceux qui avaient reçu une certaine formation possédaient une vision précise des mentalités. Mon médecin connaissait son monde. Mais, accoutumé à un fatalisme généralisé, il devait considérer mon appréciation de la situation comme un détail insignifiant. Il avait encore d'autres précisions à me demander ce soir - là. Il dit, et le ton était encore incertain :

 " - Il y a aussi deux personnes d'Europe Assistance et de la MGEN qui ont appelé pour les mêmes raisons. Un médecin, le docteur ... ah ! J'ai oublié son nom, a appelé également. C'est quoi la MGEN? "

Je compris à cette dernière question qu'il ne se sentait pas à l'aise. Trop de regards étrangers se portaient sur son domaine, où, il en était conscient, presque rien n'était conforme à l'image que tous sur place voudraient en donner. Je choisis de le rassurer ; c'était aussi la réalité, et j'étais sincère.

 " - C'est la sécurité sociale. Mais, je ne l'ai pas contactée non plus. "

 Il hésitait. Puis, il finit par admettre ma bonne foi.

 Je commençais à comprendre. Ma famille restée en France avait dû donner des coups de téléphone un peu partout. Les miens faisaient monter la pression en vue de mon retour ; d'autant qu'ils n'avaient aucune information précise sur l'évolution de mon état. Je ne voyais pas très bien par contre, pourquoi " Europe Assistance " et l'organisme de sécurité sociale étaient intervenus. Je n'avais souscrit aucun contrat chez le premier ; quant au second organisme, je n'y avais adressé aucune demande. Je remis à plus tard, le soin d'éclaircir ces points. Le résultat immédiat de ces appels fut que le personnel commençait à se demander qui j'étais en réalité. Je croyais percevoir en effet, une attention accrue à mon endroit. J'en fus chagriné ; car, que faisait - on, me demandais - je, de celui qui n'a personne pour s'intéresser à son sort ?

Ce regain d'intérêt ne me rassurait pas pour autant ; le sentiment d'insécurité qui m'habitait depuis mon entrée dans l'établissement ne me quittait pas. J'étais aux aguets. Je prenais soin de suivre attentivement mais discrètement, tout ce qu'on me proposait. C'était encore insuffisant pour me tranquilliser. Persuadé de m'avoir convaincu de la qualité des soins et de la bonne volonté de mes hôtes, mon visiteur changea de sujet pour revenir sur les raisons de ma présence dans l'établissement. Il m'expliqua le traitement qu'il me prescrivait à partir de ce moment - là. Je devais rester quelques jours encore sous oxygène. La perfusion serait retirée probablement le jour suivant. J'aurais une piqûre journalière à compter du lendemain également. Je commençais aussi un traitement complémentaire aux corticostéroïdes sous forme de comprimés le soir même. Et puis sans que je m'y attende, il changea de sujet une fois encore ; il me demanda :

 " - Quel est le médecin russe qui vous a reçu hier soir à votre arrivée? "

 J'étais surpris. Je ne voyais pas les raisons qui motivaient sa question. Je répondis que je ne le connaissais pas. Il persista en disant :

 " - Vous ne connaissez pas son nom? "

 J'avais l'impression qu'il mettait en doute mon assertion ; je lui redis mon ignorance. Il finit par ne pas insister, satisfait ou bien remettant à plus tard les investigations sur ce point ; je n'avais pas su le dire. Il resta quelques minutes encore puis il prit congé. Il me dit avant de quitter la chambre :

 " - Bon ; on va vous apporter vos comprimés. Pour les piqûres, ce sera à partir de demain ; tous les matins jusqu'à votre sortie. Je demanderai également qu'on n'oublie plus de vous nourrir ! "

Un sourire accompagnait cette déclaration. Je me fis complice de sa bonne humeur ; je lui souris à mon tour ; le personnage me plaisait. Apercevant le tube de ventoline qui était posé sur la table de chevet, il me dit avant de sortir que je pouvais en prendre si j'en éprouvais le besoin. L'entretien était terminé ; la visite prenait fin. Je compris que le reste ne dépendait plus que de moi. Il s'en alla. J'avais regretté son départ ; car, il me tenait compagnie. Plusieurs années plus tard, je devais apprendre qu'il était persuadé que je le prenais pour un méchant homme ; il avait tort ; je le trouvais très sympathique au contraire. Par ailleurs, je connaissais suffisamment les moeurs locales pour n'en vouloir à personne. J'étais plutôt navré de tant de gâchis ; mais, ce n'était pas seulement là. Quant à lui, il menait son existence comme il avait appris à le faire, en mettant un pied devant l'autre le plus souvent sans savoir pourquoi ; jusqu'au jour où, et les pieds et le reste refuseront de suivre. En attendant, il s'efforçait de se persuader comme chacun de nous qu'il avait un rôle à jouer, une place à tenir dans ce monde. Comme beaucoup d'entre nous, il était persuadé que ce rôle et cette place étaient primordiales. Alors que probablement, "...tout n'est que vanité et poursuite du vent."

 Au bout d'un moment, je m'aperçus qu'il y avait davantage d'animation dans le couloir. Je percevais plus de gaieté et de vivacité chez chacune des personnes qui allaient et venaient dans les couloirs. La vie reprenait avec enthousiasme dans le service après la rupture du jeûne. Ce regain d'activité et de bonne humeur allait durer jusque tard dans la nuit sans qu'on assistât pas cependant au vacarme qui suivait chaque soir, l'interruption nocturne du jeûne en ville. Je vis arriver tour à tour mes deux infirmières de la veille ; elles me saluèrent avec vivacité. Elles paraissaient heureuses d'être là.

 " - Alors monsieur, ça va ? " Me lança la première depuis la porte sans pénétrer dans la chambre. Je fis " oui " de la tête en la gratifiant d'un sourire. La seconde varia son expression ; mais ce fut dit avec la même jovialité :

 " - Monsieur, ça va mieux aujourd'hui. Vous êtes réveillé ; c'est bien ! "

 Je lui souris également. Mon problème hier, n'était pas le sommeil ; j'aurais cru qu'elle l'avait compris. Elles allèrent leur chemin, alertes et disponibles. Dans la chambre d'en face les petits êtres s'agitaient par moments. Autour d'eux, les allées - et - venues du personnel soignant étaient devenues plus fréquentes ; les nourrissons semblaient apprécier ces visites comme je pouvais en juger par les soubresauts qui les animaient.

Puis vint l'homme à la robe, le barbu. Il me salua ; sans chaleur. Il me laissa le sentiment d'être ennuyé d'avoir à le faire. Je lui avais répondu avec une neutralité certaine dans la voix. Il parcourut du regard la feuille de soins en silence. Je l'observais et je m'interrogeais ; mon précédent visiteur y avait consigné le traitement qu'il m'avait prescrit. J'eus le sentiment que cette lecture avait plus d'importance à ses yeux que le malade. L'impression qu'il n'était là que pour sa mission ne me quittait pas. Je songeais en le voyant faire à une sorte de sacerdoce dans lequel seul le Dieu importait ; sa création ne devant son existence qu'à un accident. Je me demandais si celui que j'avais en face de moi ne regrettait pas cet accident. Pourtant, ce fut parmi tous les médecins que j'avais côtoyés durant mon séjour, celui qui me semblait officier avec le plus de soin et d'application. Il était le plus précis aussi. Ces gestes traduisaient une maîtrise parfaite de son art. De toute évidence, il éprouvait du plaisir à l'exercer ; mais avec quel détachement ! C'était une satisfaction qu'on sentait toute tournée vers l'intérieur du personnage. Ses actes ne pouvaient concerner le malade. Il soignait un corps. Il se sentait bien tout seul. Il n'avait besoin de personne pour être heureux. Je me surpris à douter qu'il ait même besoin de son Dieu. Je l'imaginais sans haine et sans cupidité ; mais probablement sans compassion et sans amour non plus pour qui que ce soit ; en somme, c'était pour moi une âme sans résonance !

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J. FREITAS - CRUZ

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