Je ne suis pas une parfaite ménagère,
Je sais, ça te désespère,
Je ne suis pas un fin cordon bleu,
Ca ne répond pas à tes vœux.
Je ne suis pas une bombe sexuelle,
Pas celle des magazines spécialisés,
Je ne suis qu’une épouse banale,
Celle d’un quadra bedonnant, déplumé.
Mais aujourd’hui, c’est ton anniversaire,
J’ai décidé de faire un effort,
Mais aujourd’hui, c’est ton anniversaire,
Tu vas voir, j’ai fait très fort…
J’ai enfilé une guêpière noire,
Et des bas en résille pailletés,
Ceux sur lesquels, tous les soirs,
Dans la vitrine, tu louchais,
En fantasmant comme un têtard,
Tu crois qu’j’tavais pas repéré.
J’ai agrémenté le tout
D’un tablier croisé dans le dos :
Aujourd’hui je me mets aux fourneaux,
Je te prépare un plat de chez nous.
Un plat suave et très épicé,
Tu vas voir, je me suis régalée.
J’ai commencé par les œufs,
Que j’ai cassés un à un sur le lino.
Puis du beurre bien crémeux,
Du chocolat fondu, bien chaud.
J’ai étendu la pâte lisse sur les carreaux,
Je crois que ça va être fameux !
Rassure-toi, je n’ai pas oublié la farine,
Que j’ai lancée par poignées, en pluie fine.
Tout comme le sucre glace,
Dont une fine pellicule
Recouvre à présent tous les meubles :
C’est joli, on dirait de la neige.
Une fois ton gâteau fini,
Je me suis attaquée au repassage.
Depuis le temps que tu me dis
Que je ne mets pas de cœur à l’ouvrage.
Là, je l’ai fait avec ardeur,
En y mettant tout mon cœur.
J’ai pris toutes tes belles chemises,
Que j’ai étalées sur le sol.
Plus d’amidon dans la remise ;
Qu’importe, j’ai pris un autre aérosol,
C’était de l’huile, pour les gonds :
J’suis sortie des miens, pour de bon…
Sur le tissu fort lubrifié,
Le fer a vraiment bien glissé.
Tu verras, ça n’a pas fait un pli :
Elles ont de nouveaux coloris.
Ah, je ne t’avais pas parlé,
De la confiture de prunes sur le parquet…
Mais la fête n’aurait pas été totale,
Sans quelques paquets cadeaux.
Je t’en ai fait un tas bien gros,
Sagement rangés devant le portail.
C’est le reste de tes tenues de macho,
Que j’ai sculptées à la cisaille !
C’était un peu long à faire :
T’en avais deux armoires pleines.
Je voulais soigner mon affaire,
Mais sur les semelles des mocassins beiges,
Ma main a malheureusement glissé :
Zut : ongle cassé et un bas filé…
Tu vois, cette année, je n’ai pas hésité,
A me mettre en quatre pour toi.
Après les reproches que tu m’as faits,
Je voulais que tu sois fier de moi.
Et pour finir, je te dis :
« Joyeux anniversaire, mon chéri ! »