Un roi juste et bon, sur le tard de son règne, s'inquiétait jadis de sa succession, n'ayant que des filles, malgré les sacrifices qu'il n'avait cessé d'offrir, les devins et les guérisseurs qu'il n'avait cessé de consulter.
il s'inquiétait d'autant plus qu'il pressentait les troubles qui surviendraient
à sa mort : l'explosion des rivalités, la lutte sanglante des factions et des ambitions.
Un jour qu'il s'endormit sur ces sombres pensées, il fit un rêve. L' ancêtre- qui-voit-ie-passé-et-l'avenir lui apparut et lui dit :
«Moi, maître du temps, pour la refonte de cette génération corrompue, j'ai permis qu'aucun mâle ne vienne de ta semence...
Voici mon dessein: tu feras proclamer que ton sceptre à tête de
femme surmontée d'un soleil, celui-là l'héritera, qui triomphera de l'épréuve que j'imposerai. Tu réuniras le peuple, tel jour que le soleil et la lune se conjoindront dans le ciel, et tout homme, sans exception ni exclusive, qui convoitera ton sceptre, pourra concourir. Celui dont le larynx sera tissé d'or, tu le proclameras l'héritier du royaume, avec ma bénédiction.
Si une voix, une seule, récuse mon signe, tu feras immédiatement mettre à mort l'insensé et ses partisans, ou un feu descendra du ciel parmi vous, et de cette génération corrompue, il ne restera que de la cendre brûlante ».
Ainsi fit le roi, et les dignitaires du royaume, les ambitieux les insensés, ignorant que gouverner des honunes est une tâche accablante et ingrate, de se disposer en file devant son trône.
« Celui qui prononcera le mot qui est posé sur le sceptre, je le proclamerai mon héritier », dit le roi.
Les dignitaires, les ambitieux et les insensés, tous échouèrent à prononcer le mot qui était posé sur le sceptre.
Un jeune berger, venu d'où?, on ne le sut jamais, se présenta. Les dignitaires, les ambitieux et les insensés s'opposèrent à ce qu'il concourût.
«Comment, disaient-ils, cet homme de rien, ce va-nu-pieds, qui sait à peine compter ses moutons prétend devenir roi, notre roi? Nous ne l'acceptons
pas ». '
-Tous les hommes, sans exception ni exclusive, trancha le roi.
Lejeune berger s'inclina face contre terre, puis il se releva.
« Quel est le mot qui est posé sur le sceptre? », lui demanda le roi.
-Si l'homme domine sur la femme, le soleil sur la lune, la main droite sur la main gauche, la stérilité s'empare du cœur ; si la femme domine sur l'homme, la lune sur le soleil, la main gauche sur la main droite, le désordre s'empare des mots. Voilà, Ô grand roi, le mot qui est écrit sur
ton sceptre. 1 p ~
Le roi se leva alors et dit, solennellement:
« J'ai vu le signe de l' Ancêtre- qui-voit-le-passé-et-l'avenir! Celui-ci a le larynx tissé d'or ! Je le déclare donc mon héritier, avec la bénédiction de l'Ancêtre, maître du temps»
Les dignitaires, les ambitieux, les insensés, mécontents de cette décision, se réunirent et délibérèrent sur les moyens d'empêcher son exécution. Ils sollicitèrent une audiance auprès du roi. Celui-ci les reçut.
« Ô grand roi, dirent-ils, avec votre respect, nous vous demandons, humblement, de retenir votre décision, car elle est contraire à l"ntérêt du royaume.. .
Le roi leur demanda :
« Qu'est-ce qui fait un grand roi?»
-La naissance, dit le premier.
-La fortune, dit le deuxième
-Les conquêtes militaires, dit le troisième.
-La crainte qu'il inspire, dit le quatrième.
-Son habileté à parler, dit le cinquième.
-Rien de tout cela !, reprit le roi. Un grand roi se reconnaît à ceci: qu'il pratique la justice. La justice: tel est le mot qui est posé sur mon sceptre. Je déclare donc de nouveau, de façon indubitable et incontestable que celui-ci qui a le larynx tissé d'or me succèdera. A ma mort, après quarante jours de deuil, on le revêtira de l'apparat dû à son rang et on lui remettra mes insignes.
Le roi mourut trois jours plus tard. Après quarante jours de deuil, le jeune berger qui avait le larynx tissé d'or lui succéda. On le revêtit de l'apparat dû à son rang et on lui transmit les insignes du défunt, avec la bénédiction de l' Ancêtre-qui-voit-ie-passé-et-l' avenir.
Il régna quatre fois vingt ans. Il pratiqua la justice. La justice maintint la paix. La paix assura le bonheur de tous.
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