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LE DEPART ... Pascal James Dufrenoy
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Lombre bleutée de la montagne Ste Geneviève sallongeait sur les côteaux des vignes, cétait lheure incertaine qui prélude à la nuit
Le temps propice au sommeil ou à l’amour, enfin le moment paisible advenait où les corps allongés exprimaient leurs envies ou leurs désirs, le repos ou l’étreinte.
Dans le jardin mauve qui sentait le jasmin et la clématite, une très vieille dame reposait, étendue sur un transat d’un autre âge, le fauteuil immaculé que l’on aurait pu rencontrer sur le pont d’un paquebot au temps glorieux des compagnies transatlantiques.
Le jeune homme s’approcha sans bruit, timidement, dans la nature endormie régnait un silence d’église de campagne.
PREMIER ACTE
- « Fous l’camp, la mort » -
Délivrée des tourments
La dame en blanc
A uni son destin
A celui du printemps
Camarade, tu peux ranger ta faux.
Foutue mort range ton vieil outil
Il ne tranchera jamais
Le fil d’or et de feu
De ses jours de gloire
Admire son sourire
Admire son passé
Se lire sur son front
Regarde sale voleuse
Ses rêves la maintenir
Tu peux ronger ton frein
Tu peux grincer des os
Avec ta sale gueule
Fouiller les souvenirs
Fouiller, fouiller encore
Non, tu n’apprendras rien
Non, tu ne prendras rien
Il n’y a rien à déchirer
Tu te fais des films
Sur la tristesse des vieux.
ACTE II
- « Le temps de la soie et du satin » -
Elle virevolte et se caresse
Dans les parfums de la tendresse
Des draps, des fleurs, des vins précieux
Sans oripeaux, elle virevolte
Elle se faufile dans des bras fous
Abri précieux qui la rassure
Parfois elle crie et elle se perd
Dans la chaleur des souffles lourds
Elle connaît des langages rares
Qui fredonnent des chants miellés
Elle se love dans des regards
Elle est tellement avide d’amour
Insolemment, elle donne son corps
Elle ne veut pas le gaspiller
Elle ne se sert que d’une seule arme
Quelques baisers, sucrés salés
Eternellement dans son lit
Elle ravive toute sa flamme
Elle sait les désirs secrets
Entre l’ourlet de ses lèvres roses
Impudiquement elle se donne
Elle cherche quelque peau à aimer
Un corps chaud, des bouches tendres
Un amant pour se cacher
Elle s’insurge devant ces bigotes
Qui n’aiment que la charité
Elles, elles n’ont plus de corps
Elles n’ont qu’un cœur desséché
Elle se bat devant la morale
l’hypocrisie et la rancune
Et puis devant la misère
Devant d’autres culs mal assis
Elle désespère devant la jeunesse
Qui renie les sens de son âge
Elle se souvient de la tendresse
Et elle retourne à ses audaces
Elle se dit que tout est bon
Qu'elle s'est affranchie de la morale
Puis elle lisse du bout chaud de ses doigts
Une chaleur, un corps qui plie
ACTE III
- « Jamais, je ne ferai le bilan » -
Sur les routes fabuleuses de ma vie
J'ai aimé la peau des hommes
Des p'tits câlins au matin blême
Où je lançais mon premier cri
Avant de sentir le feu en moi
De l’autre côté du soleil
Sur les routes douces de ma vie
J'ai connu la nuit et le sommeil
Des lèvres qui m'ont dessiné je t'aime
Un soir où je ne pouvais dormir
Avant de sentir le chaud en moi
De l’autre côté du désir
Sur les routes humides de ma vie
J'ai léché des bouches impatientes
Mes mains pétrissaient douce argile
Je me suis rafraîchie sous des langues
Avant de chanter des chants de vie
Sur des musiques barbares
Sur les routes chaudes de ma vie
On m'a écouté et aimé
Un homme m’a confié son fardeau
En me chantant son destin
Et je lui dessinerai des étés
De l’autre côté du soleil
EPILOGUE
- Rien ne sera jamais terminé -
Habillé de nos incertitudes
On fait l’impasse de nos amours
On dit la vie, on dit le temps
Quand on aime qui est le plus fou
Et moi, je vis
Mais pourquoi t’écrire
Ce que tu sais déjà
Tous les mots de mon stylo
Ne suffiront pas
Croire en toi
Mais laisse-moi te murmurer
Etonnée par le jour qui tombe
De ton ombre, je porte la couleur
On donnait le temps, on donnait l’heure
Tu es dans le chant des oiseaux
Le vent sait cela…
Et moi je suis là
Mais pourquoi t’écrire
Noircir les pages de mon carnet
Jaimerais encore te donner lheure
Croire en toi
Laisse-moi te murmurer
Mais pourquoi t’écrire
Ce que tu sais déjà
J’aimerai garder encore le chant des oiseaux
Croire en toi
Mais laisse-moi te murmurer
En amour on n’a jamais fini
On sait tout
On sait rien…
Jamais, je ne ferai de bilan….
Rien ne sera jamais terminé…
La nuit était maintenant complètement tombée sur le jardin, la montagne sur l’horizon se devinait, mauve sur rouge, sur bleu, sur rose…
Merci monsieur Cézanne, merci…
La vieille dame respirait doucement, le jeune homme attendri la regardait sommeiller, il allait partir, il était temps, d’un revers de la main, il l’effleura comme l’on effleure une rose à jamais fleurie… Il savait, oui, il avait désormais la certitude qu’un tel bonheur ne pouvait pas disparaître, elle vivrait à jamais dans ce jardin provençal, dans l’odeur des olives et des romarins… Loin du bruit et de l’éclat des villes et des vacances programmées…
Il pouvait s’éloigner dans l’ombre de la montagne…
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Nicolas ROZIER
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