|

|
LA
CHASSE AU LEOPARD
Jean
- Marie Tourette
|
Huit jours déjà que nous sommes à la recherche d'un léopard dans le Matabeleland, au nord-ouest de Bulawayo près du village de Nyamandlovu ! Jérôme Siffredi a fait chasser deux magnifiques mâles il y a deux mois, sur ce territoire, pour les besoins d'un film réalisé par Season. Seules trois femelles viennent régulièrement manger les appâts que nous disposons près de la rivière Gwai et de ses affluents asséchés, lieu de passage habituel des léopards.
C'est l'hiver au Zimbabwe et il fait très froid ce matin-là. La veille, nous avons appris qu'un veau est mort à la ferme ; cette fois non sous la dent du léopard mais de mort naturelle. Jérôme a récupéré l'animal et l'a déposé dans le lit de la rivière Mandala, actuellement asséchée, où nous avions vu les traces récentes d'un beau mâle. Nous venons de visiter tous nos appats ; aucun n'a été touché mais une agréable surprise nous attend : le veau n'est plus à l'emplacement où nous l'avons déposé la veille Khulumani, notre pisteur, le retrouve à une centaine de mètres le léopard a dévoré une cuisse. Nous construisons alors un affût et le soir même nous attendons notre léopard, Jérôme et moi, parfaitement immobiles. Le léopard viendra, nous l'entendrons mais ne pourrons jamais le voir. Nous a-t-il sentis, vus ? Nous n'en savons rien et repartons vers le campement dépités par notre manque de réussite.
Le lendemain, la panthère n'est pas revenu manger les restes du veau. Nous décidons de déposer un impala dans le lit de la Mandawo. Sans résultat, le fauve n'est toujours pas venu le surlendemain. Le jour suivant, Jérôme et moi décidons d'aller à la recherche d'un klipspringer pendant que Khulumani et Lucas le chauffeur iront visiter les appâts. A midi, nous rentrons au campement et retrouvons notre pisteur très excité : une femelle est venue manger un impala disposé dans la rivière Gwai et, pour éviter que les chacals ne le dérobent - ils sont nombreux à cet endroit- elle a tiré la dépouille dans un arbre. Et ce n'est pas tout : notre mâle de la rivière Mandawo a fait honneur à l'impala et a dévoré un cuisseau après avoir trainé la bête dans le bush épais. Jérôme décide alors de ne pas faire l'affût le soir-même et d'attendre que le léopard s'habitue au secteur. Cependant, nous attachons l'appât à un arbre pour éviter que la panthère ne l'emporte au loin. Le lendemain, le fauve est revenu manger le deuxième cuisseau. Nous construisons un affût dans un arbre à cinq mètres de haut et à cinquante mètres de l'appât, sans faire de bruit. Nous dégageons le bush, sommairement pour pouvoir tirer dans de bonnes conditions puis nous nous éclipsons discrètement. Vers 17 heures, nous revenons Jérôme et moi, nous installer dans l'affût et gardons un silence absolu. Le soleil décline vers l'ouest puis disparaît. Une femelle phacochère et ses deux petits passent sous notre arbre et s'enfoncent dans le bush. Les tourterelles roucoulent près des points d'eau. Petit à petit la nuit et, avec elle, le silence, s'installent dans la brousse. Un petit calao retardataire se pose avec fracas sur notre arbre et nous fait sursauter, puis s'envole pour rejoindre son dortoir. Soudain, un bruissement à peine perceptible puis, des piétinements réguliers, ponctués de moments de silence se font entendre dans le bush, près de nous. Sans nul doute, le léopard approche avec précaution, inquiet. On l'entendra tourner sans le voir pendant de longues minutes interminables autour de son repas qu'il a laissé la veille. Il vérifie certainement qu'aucun intrus n'est venu prendre part au festin. Mon attention est à son comble et je suis obligé de respirer profondément et lentement pour évacuer le stress intense qui s'empare de moi. Je fixe avec attention l'appât, maintenant à peine visible, à travers la lunette de la carabine. Soudain une masse claire, tachetée, s'installe derrière l'impala. Je déplace légèrement l'optique de l'arme : il est là mon léopard, magnifiquement couché, en train de manger ! Je vise rapidement le haut de la patte et appuie sur la détente. La panthère n'a pas bougé mais un rayon de lune me permet d'apercevoir son oeil qui est devenu vitreux. Tout est fini maintenant et je me dresse dans l'affût pour hurler ma joie et me libérer de toute la tension restée en moi. Nous descendons fébrilement de notre perchoir et venons admirer le spectacle de la panthère couchée avec, encore, les dents plantées dans l'arrière-train de l'impala. Les deux pisteurs et le chauffeur, qui étaient en retrait avec le 4x4, viennent nous rejoindre. Puis ce seront les félicitations mutuelles et les séances de photos traditionnelles. Il fait nuit maintenant, nous rejoignons le véhicule. C'est Jafta, le deuxième pisteur, un colosse, qui se charge de porter le léopard sur son dos. Nous roulons maintenant sur la piste. Les Africains chantent leur joie au son du tam-tam en l'honneur du " ngwe " (nom du léopard en Ndebele), du guide et du chasseur.. Nous arrivons à la ferme pour confier la dépouille de la panthère au skidêr et prendre les mensurations du trophée
-Poids : 70 k - Longueur: 2m24
- Largeur du crane (mesuré par la suite) : 16 "1/4 Nous rentrons ensuite au campement fatigués mais le coeur rempli de joie. Merci Jérôme Siffredi mon guide
RETOUR A LA SELECTION
|
|
PAGE DE VOTE WEBORAMA - ACLINOUWEBPAGE
|