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LA
CHASSE AU LION
Jean
- Marie
Tourette
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Voilà déjà 6 jours que nous recherchons un lion dans cette magnifique zone de chasse amodiée par Gilles Dancy. Ce territoire est situé au nord-ouest de la République Centrafricaine dans un angle formé par la Réserve Présidentielle à l'est et le Parc National du Bamingui-Bangoran au sud. Arrivés à Bangui, nous avions pris le petit avion pour Ndélé, puis, après 6 heures de piste, étions arrivés au campement magnifiquement situé au bord de la rivière Bangoran, affluent du Chari. Gilles fait chasser le lion à l'appel. Cette chasse, extrêmement plaisante et sportive consiste à imiter le rugissement du lion le matin de très bonne heure, lorsqu'on a vérifié la présence d'un mâle dans le secteur. C'est Alexis, le second pisteur, qui est chargé de l'appel effectué à l'aide d'un tube en acier de lm de long et 4 cm de diamètre environ. En principe, si le lion est présent, il répond en rugissant et vient lentement et prudemment au contact pour chasser l'intrus qui empiète sur son territoire. L'équipe de chasse avance également vers le lion et appelle encore une ou deux fois pour situer la position du fauve. Lorsque le lion est proche, l'équipe se fige cachée derrière un abri et attend que l'animal soit visible et à bonne portée pour pouvoir le tirer. Souvent, le lion évente ou voiê le chasseur et fuit. La chasse continue en pistant l'animal pour l'approcher à bonne distance et le tirer.
Le premier jour de chasse avait bien commencé. Nous sommes arrivés le matin près de la Bangoran non loin du campement. Alexis avait appelé le lion qui avait répondu par un terrible rugissement., très près, presque immédiatement. Ce premier contact avec un fauve avait eu pour effet de me glacer les os. J'avais l'impression que mes cheveux s'étaient dressés sur ma tête et mon excitation était au paroxysme du soutenable. D'après Issene, le premier pisteur, l'animal était situé de l'autre côté de la rivière, dans le parc national. Le lion est venu vers nous en marchant sur la piste et en grognant. Gilles et les pisteurs l'ont vu. Je me suis légèrement décalé d'un tronc qui m'empêchait de le voir. A ce moment là, il a bondi sur le côté et a disparu dans la brousse. M'a-t-il vu bouger, nous a-t-il sentis? Je ne sais. Gilles, sympathique et pour me consoler m'a dit que, de toutes façons, vu mon état d'excitation, il ne m'aurait pas laissé tirer.
Le lendemain et le surlendemain nous avons rappelé ce lion qui a répondu mais, méfiant, au lieu de venir vers nous, est reparti dans la réserve.
Le quatrième jour, en allant explorer une zone située plus vers l'est, nous avons trouvé des empreintes fraîches d'un troupeau de buffles que nous avons essayé de remonter. Sans résultat ". le troupeau a traversé la rivière pour rentrer dans la réserve. Cependant, à l'endroit même où les buffles ont traversé la Bangoran nous avons eu la chance de trouver des traces d'une famille de lions qui y a passé la nuit. Il y a sûrement plusieurs mâles, femelles et lionceaux, les traces de pattes et laissées l'attestent. Après avoir essayé de trouver ces animaux sans résultat, Gilles décide de rentrer au campement et de revenir le lendemain pour essayer l'appel.
Le cinquième jour, nous sommes à pied d'oeuvre de bonne heure. Alexis appelle sans résultat. Nous retrouvons des traces fraîches d'un couple. Pourquoi le mâle n'a-t-il pas répondu à notre appel ? Mystère, peut-être la présence de la femelle ... D'après les pisteurs, les fauves ne sont plus très loin. Les traces arrivent près de la Bangoran puis plus rien ! Après inspection de la rive, Issene trouve l'endroit où les deux lions ont sauté de l'autre côté' de la rive. Un bond de 6 mètres environ ! Nous traversons la rivière, Gilles et les pisteurs pieds nus, moi sur le dos de Issene ! Les lions ont suivi la rive opposée et ont sauté à nouveau la rivière un peu plus bas et s'enfoncent dans les pailles. Nous les chercherons prudemment toute la matinée en sachant qu'ils sont très près, sans résultat ; ils doivent être dans la réserve toute proche. L'après midi, nous allons plus à l'est près des mares de Kakala pour essayer de trouver des traces de buffles. En pistant un solitaire accompagné de son page, nous tombons par hasard sur des empreintes énormes et récentes d'un lion. Il est tard, Gilles décide de rentrer au campement ; nous reviendrons le lendemain appeler ce lion.
Le 4x4 avale la piste à vive allure vers la limite de la zone, près de la Réserve présidentielle et les mares Kakala. Nous sommes partis de très bonne heure ce matin-là pour pouvoir être en place au lever du jour. Deux grands kobas coupent la piste devant nous en revenant de boire. En arrivant près de la mare, une famille de cynocéphales traverse prestement la piste, effrayés par le véhicule. Nous roulons encore un kilomètre et rangeons notre 4x4 sous un arbre énorme. A deux reprises, Alexis refait le grognement du lion. Nous attendons en vain la réponse du gros mâle. Nous sommes tous les quatre là, tendus. Soudain, Issene lève le doigt dans la direction de la Réserve présidentielle et nous regarde en disant " lion ". En redoublant d'attention effectivement, un rugissement très faible, certainement très lointain, parvient jusqu'à nous. Les pisteurs nous indiquent la direction à prendre et nous nous dirigeons, à grandes enjambées, dans la direction du fauve. Au bout d'un quart d'heure de marche, nous nous arrêtons à nouveau et Alexis tente un appel. Le lion répond, il est beaucoup plus près. Nous approchons encore rapidement et nous nous arrêtons à nouveau pour écouter le fauve qui rugit maintenant.) furieusement et presque sans arrêt en s'approchant de nous. Gilles repère à proximité un groupe d'arbres où nous pourrons nous cacher. Nous sommes tous les quatre groupés, tous nos sens en éveil. Je suis beaucoup plus calme maintenant, avec l'habitude des contacts journaliers avec les félins. A la demande de Gilles, Alexis appelle doucement . Un énorme rugissement nous répond. Je retire la sécurité de la carabine et attend le moment propice, prêt à tirer. L'animal tournera autour de nous sans que je puisse le voir pour pouvoir l'ajuster. Nous le verrons, furtivement, à moins de cent mètres, mais malin, le lion reste dans les buissons. Nous essayons de nous déplacer, mais il a dû nous voir et s'enfuit. Nous le suivrons toute la matinée. Il tournera en rond : nous retrouverons ses traces sur les nôtres !!! Puis il partira vers la Réserve présidentielle. Il rentre dans une zone où il y a beaucoup de pailles : Issene qui ne peut voir les traces, nous en fait sortir, va très au delà, et recoupe à la sortie des pailles pour retrouver les traces. Nous marchons en file indienne. Alexis qui ferme la marche nous appelle : Il a vu le lion qui, couché sous un arbre situé à la sortie des pailles, est reparti en sens inverse de notre progression dans la brousse. Nous avons beaucoup de chance d'avoir retrouvé les traces de ce lion et le pistage recommence. Cela fait cinq heures que nous suivons ce félin. Depuis un moment les pisteurs nous font remarquer que l'animal se couche puis repart. Il est 1lh45, Issene nous montre l'endroit où le lion était couché. Gilles me dit qu'il a très peu d'avance et que nous avons de grandes chances de pouvoir le rattraper dans peu de temps. Tout à coup, Issene quitte la file indienne et montre du doigt droit devant lui : " lion , lion... ". Effectivement, j'aperçois le lion à 100 mètres de nous. Il trottine dans la brousse. Je n'ai pas le choix, vise et tire. Touché, il saute et roule sur lui-même. Gilles me dit en criant " double, double... " Ce que je fais. Nous courons tous les deux vers le fauve : il est là sous un arbuste à 50 mètres de nous, mal en point mais rugit encore . Nous tirons tous les deux rapidement, l'animal s'écroule, la chasse est finie, il est 12hl5. C'est un très gros lion avec une petite crinière. Je suis fou de joie : mon premier fauve ! Séance de photos, congratulations. Les deux pisteurs repartent poq a rramener le 4x4, ils seront l' 3 heures ions vraiment tr~'s loin ! Nous chargeons l'animal et après, nous et e rentrons au campement. Les Africains chantent dans le 4x4 pour fêter la chasse. Le personnel du campement averti par ces chants se joint à nous. C'est la fête : les tam-tams battront tard dans la nuit pour célébrer la mort du lion. Ce lion doit accuser un poids respectable: " C'est un gros pépère " dit Gilles. La longueur totale de l'animal est de 2 mètres 96.
Merci Gilles, Issene, Alexis qui m'avez fait vivre cette belle journée!
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