C'était un mardi ; matin ensoleillé.
Solennellement, le défilé s'est engagé
Sur la grande avenue aux drapeaux déployés.
Tout le long du chemin balisé
Par des chrysanthèmes aux tons variés,
Lentement, le cortège s'est égrainé.
Ce jour là, on se souvenait
Que quatre-vingt cinq ans avant, avait fini
De l'histoire, une des plus terribles boucherie.
Durant quatre longues années d'horreur,
Des millions d'âmes et de cœurs
Etaient tombés au champ d'honneur.
Ils étaient de tous âges et de tous horizons.
Ils étaient de toutes races et de toutes confessions.
Pères, fils, époux. Tous sacrifiés comme des moutons.
Qu'est-ce qui avait pu justifier
Ce massacre, toute cette chaire mutilée ?
Décédés, morts vivants, gueules cassées...
Pour qui, pour quoi ? L'amour de leur pays ?
Pour nous, leurs descendants, pour l'avenir auquel ils croyaient,
Ils ont donné leurs membres, leur raison, leur vie.
Les poilus ne sont plus aujourd'hui
Qu'en nombre très réduit.
Ils ont tous la centaine bien sonnée.
Avec la guerre, ils ont réalisé
Combien la vie était sacrée.
Que la guerre est une absurdité.
Voilà pourquoi, ils ont vécu si longuement,
Afin que nous nous souvenions encore longtemps
Que la der des ders ne l'est resté que vingt ans...