J'ai transmué l'amour de notre simple enfance
Au creuset ignoré d'un orgueil monstrueux ;
J'ai, d'une goutte d'eau, tiré la mer immense,
Et j'aime cette-mer aux flots vertigineux.
Loin de vous, maintenant, j'aime un autre visage
Céleste est sa beauté, divine est sa blancheur ;
L'or des cheveux frémit au flanc de longs nuages
Les yeux, pleins de fierté, ont d'infinies douceurs.
Je ne veux plus de vous ; et je vais à la mort,
Rendu sourd aux appels de ce qui me retient
Attiré, fasciné, séduit par cette aurore
Qui jette en moi des joies que jamais je n'obtins.
Des joies ! Et les éclats qui voilent ma paupière
Me projettent si fort au sein de l'irréel,
Que, brùlant sous mon char les steppes de lumière,
Je suis le conquérant d'un monde immatériel.