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LES LIVRES ... Najman..1. 2 - Murphy...1 2 - Aclinou 1. 2 3 - Expédition : 3 à 6 jours ouvrables

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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview (Novembre 2007)

PAVILGA ... Florence Murphy ...........


A Patricia...

Lecteur, approche…. Plus près… Encore plus près.
Approche et fais silence. Chut… Voilà, c'est cela.
A présent, installe-toi confortablement, et tends l'oreille. Ecoute attentivement et fais le vide dans ton esprit. Prends ton temps, je t'attends.
Ca y est, tu es prêt ? Bien. Es-tu sür que tu as fait le plus de place possible dans ta tête, pour y laisser entrer la merveilleuse histoire que je vais te conter ? Car vois-tu, c'est une histoire pleines d'aventures et d'émotions. Pleine de rires et de larmes.
Cette histoire est l'histoire de Pavilga. Suis-moi, je commence…

Pavilga était née par une nuit fraîche de printemps, dans une plaine lointaine de Sibérie. Son père, Haïku, était un loup, appartenant à une fière meute des steppes et sa mère, Doutchka, une chienne Husky qui s'était échappée de l'attelage d'un Esquimau, pour fuir ses mauvais traitements . Elle avait rencontré Haïku au cours de sa fugue, au détour d'un bois.
Doutchka était très affaiblie; et affamée aussi : elle errait depuis quatre jours et n'avait rongé que quelques os, reste du repas d'un ours ou d'un autre prédateur. On était au mois de novembre, et le climat, très rude dans cette partie du monde, à cette période de l'année, avait mis à mal son organisme pourtant solide. De par son jeune âge et son manque d'expérience, Doutchka, n'avait que peu de chances de survie dans ce milieu sauvage et hostile.
Quand la meute d'Haïku l'aperçut, tous se préparèrent instinctivement à l'attaquer : elle n'était ni plus, ni moins qu'une proie comme les autres. Même si par certains aspects, elle leur ressemblait beaucoup, elle n'en restait pas moins une chienne : un animal qui s'était laissé domestiquer et compromettre par l'homme , qui se soumettait en échange d'avantages contestables... Haïku, de prime abord eut le même réflexe que les siens. Cependant, en se rapprochant de Doutchka, alors que la meute fondait sur elle, quelque chose attira son attention. Tout autre animal que Doutchka aurait cherché à s'enfuir ou serait resté pétrifié d'effroi. Doutchka, elle, ne bougea pas d'un poil; mais pas sous l'effet de la panique. Non : elle fit front. Malgré sa peur, malgré sa fatigue, malgré le nombre élevé de ses assaillants, elle se prépara à combattre. Elle allait se défendre jusqu'à sa dernière force, jusqu'à son dernier souffle. Haïku fut très impressionné. D'apprivoisée, Doutchka n'en avait que le nom. Elle était encore plus rebelle et plus sauvage que le plus rebelle et le plus sauvage de sa meute. C'est à dire que lui-même. Et il comprit, dans l'éclair qui traversa son esprit, qu'elle était la compagne que, depuis si longtemps, il cherchait. Jusqu'à ce jour, il n'en avait jamais rencontré qui soit à la hauteur de son désir de liberté. Quand la meute arriva à la hauteur de Doutchka, Haïku se mit à ses côtés, et Doutchka vint se serrer contre lui; ils firent front à tous les frères d'Haïku, babines retroussées. "Laissez-la !" leur dit-il, "C'est une des nôtres. C'est la louve qui m'est destinée, je le sais !". "Tu n'as pas toute ta raison, Haïku; le froid et le vent t'aveuglent" lui dirent les autres. "C'est un chien, un ami de l'homme, notre pire ennemi. Elle ne sera jamais des nôtres. Reprends-toi et laisse son destin s'accomplir." "Jamais" dit Haïku. "Vous m'entendez, jamais ! C'est vous qui êtes aveuglés ! Et pas par le vent, pas par le froid; mais par votre esprit, figé par les habitudes et les conventions. Si elle doit mourir, je mourrai avec !" Les plus impétueux de la bande s'apprêtaient à se jeter sur Haïku et Doutchka, lorsque la voix du sage Hagor, le chef et le plus vieux loup de la meute, s'éleva : "Assez ! De mon vivant, il ne sera jamais dit qu'un loup a tué un de ses frères. Haïku, tu dis aimer cette chienne et vouloir unir ta destinée à la sienne. Qu'il en soit ainsi, si tel est ton désir. Sache cependant qu'elle ne pourra jamais être des nôtres : elle représente un trop grand danger pour notre clan. L'homme auquel elle appartient est sans doute à sa recherche. Je ne peux accepter de risquer la vie de nos louves et nos louveteaux pour elle. Tu peux vivre cet amour. Mais comme toi, il sera libre et sauvage. Tu devras quitter la meute et vivre isolé avec ta compagne et tes petits. A tout jamais. Tu ne pourras compter que sur toi même. Tu connaîtras le froid, la faim, la solitude. Ce n'est pas une vie facile; réfléchis bien Haïku" "Qu'importe !" dit Haïku. "C'est tout réfléchi : du moment où j'ai porté les yeux sur Doutchka, mon cœur s'est fondu au sien. J'accepterai tout ce que la vie me demande, si cela signifie que je peux rester avec Doutchka !" Et il en fut ainsi : la meute s'éloigna, laissant Haïku et Doutchka à leur amour sans pareil. Et comme le vieux sage Hagor le leur avait prédit, la vie ne fut pas facile. Ils durent lutter contre les éléments, ils ne mangèrent pas à leur faim tous les jours, ils ne dormirent pas au creux d'une chaude tanière toutes les nuits. Ils durent se déplacer très souvent, pour échapper à la traque de l'homme et aux autres meutes de loups. Mais aussi dure fût-elle, ils aimèrent cette vie. Car comme eux, elle était rebelle et sauvage. Comme leur amour, elle était forte et grandiose. Etre avec l'autre leur faisait oublier tous les revers, toutes les vicissitudes du quotidien. Et c'est ainsi que, par une nuit fraîche du mois de mai, au creux d'un fourré de la toundra, Doutchka mit au monde la petite Pavilga. C'était une petite boule de poils adorable, le plus merveilleux cadeau que la vie ait jamais faite à ses parents. Doutchka et Haïku savaient que la vie de leur fille ne serait pas cousue d'or. Mais ils savaient aussi que le fruit d'un amour aussi beau et aussi fort que le leur ne pouvait être qu'un être exceptionnel, doté de la même force que celle qui l'avait créé. Dès sa naissance, ils virent qu'un feu puissant brûlait en Pavilga. La petite Pavilga grandit donc, suivant ses parents dans leur vie nomade. Du moment qu'elle pouvait se réchauffer le soir contre le corps rassurant de sa maman, elle était heureuse. Elle ne se souciait pas vraiment de ne pas toujours manger son comptant, ou de dormir sous le crachin glacial des steppes : elle n'avait connu que cette vie; et pour elle, il n'y en avait pas de meilleure… La vie de Pavilga bascula un beau matin d'été. Un matin comme tous les autres, pourtant. Doutchka était partie à la chasse et avait demandé à Pavilga de l'attendre sagement, sous les branches basses d'un sapin de la taïga. L'hiver avait été particulièrement rude, cette année là, et le gibier n'abondait pas. Doutchka avait parcouru toute la plaine, sans le moindre signe d'un lapereau ou d'un coq de bruyère. En arrivant à un cours d'eau, elle eut une idée : "Cette rivière semble regorger de poissons " se dit-elle. "Je ne sais pas pêcher, mais j'ai souvent observé les ours le faire. Ca doit être à ma portée. Et puis Pavilga a faim. Elle doit manger." Doutchka se pencha donc au dessus de l'eau claire, qui provenait de la fonte de glaciers lointains, et y plongea sa patte. Elle fit quelques essais infructueux. Jusqu'au moment où ses griffes pénétrèrent enfin dans la chair rose d'un gros poisson. "Hourra" pensa-t'elle. Cependant, dans sa joie, elle perdit l'équilibre, et tomba dans l'eau glacée de la rivière. Doutchka était fatiguée par sa longue marche. Le soleil lui avait chauffé le corps pendant des heures. Au contact de l'eau, elle perdit connaissance, coula à pic et se noya. C'est Haïku, fou d'inquiétude, qui retrouva son corps, plusieurs jours après. Il l'aperçut de loin. Pavilga l'accompagnait dans ses recherches. Il lui ordonna de rester à l'écart, alors qu'il allait se recueillir aux côtés de sa défunte compagne. La rivière avait déposé Doutchka sur une berge de sable blanc et doux, à l'ombre d'un grand chêne, qui poussait au bord de l'eau. Doutchka avait un visage paisible et semblait se reposer. Elle était plus belle que jamais. Haïku la recouvrit délicatement de mousses et de feuilles. Doutchka avait vécu libre, et il voulait que sa dernière demeure lui conserve cette liberté qu'elle avait tant chérie. Il cueillit deux fleurs sauvages et alla chercher sa fille pour la ramener devant la sépulture de Doutchka. Ensemble ils déposèrent les fleurs dans le courant, et les regardèrent s'éloigner. Haïku se recueillit ensuite un long moment, sur la berge. Pavilga regarda, impassible, son père hurler à la mort devant un tas de végétation. Elle ne comprenait pas grand chose; elle était encore très jeune. Elle comprenait cependant que quelque chose de très grave s'était passé; pourquoi son père serait-il si triste, s'il en avait été autrement ? Et puis, elle se demandait où était sa maman. Elle ne l'avait pas revue depuis ce matin comme les autres, et elle lui manquait terriblement. Mais Pavilga était une louve pleine de bravoure. Elle se tut donc et suivit, sans une question, son papa dans cette nouvelle vie sans sa maman. Haïku fit de son mieux pour s'occuper de Pavilga. Elle était tout ce qui lui restait de l'amour de sa vie. Cependant, ce jour maudit, quelque chose s'était cassé chez lui : son cœur, qui avait explosé et ne pouvait être recollé. Et en explosant, il avait créé des tourbillons, qui étaient venus envahir l'esprit d'Haïku. De jour en jour, ils prenaient possession de tout son être. Ils avaient poussé Haïku, malade de chagrin et de désespoir, à manger des mousses, connues pour leur effet sur la mémoire : une fois ingérées, elles vous menaient dans un monde merveilleux, où tous vos soucis, tous vos souvenirs douloureux s'évanouissaient… Cependant, une fois leur effet estompé, le retour au monde réel n'en était que plus douloureux, et il fallait manger encore plus de mousse pour repartir au Nirvana des loups. Haïku y partait de plus en plus souvent. Il avait bien essayé d'arrêter d'ingérer ces mousses aux effets perfides. Mais elles le possédaient maintenant corps et âme, et il souffrait le martyre dès qu'il n'avait pas sa dose quotidienne. Dans ses rares moments de lucidité, il se souvenait de sa fille Pavilga, et de ses responsabilités envers elle. Au cours de l'un d'entre eux, il croisa un attelage de chiens Husky. Il savait qu'il ne pouvait compter sur la compassion de ses propres frères, endurcis par la vie de loup et ses règles parfois cruelles, qui n'avaient pour logique que celle de la survie de l'espèce. Il se dit cependant que les frères de son ancienne compagne se montreraient peut-être plus conciliants. D'autant que Pavilga, même si elle avait hérité du caractère rebelle de son père, avait aussi reçu de sa mère sa douceur et son physique. Seul un observateur très aguerri aurait pu voir, à l'éclat sauvage au fond de ses yeux, qu'elle était à moitié louve. Pour le quidam, Pavilga était une petite chienne Husky, au tempérament fougueux. Haïku rassembla donc tous ses esprits et se dirigea, en compagnie de sa fille, vers la bande de chiens. De prime abord, les Husky furent aux abois : d'habitude, les loups se tenaient à l'écart et les deux races s'observaient de loin, en "chien de faïence". Cependant, ils réalisèrent vite qu'Haïku était inoffensif : il avait dû être un loup superbe, dans une autre vie; maintenant ce n'était plus que l'ombre de ce loup. Les Husky étaient cependant intrigués par la présence, à ses côtés, de cette petite chienne, si malingre. Elle était plutôt en triste état. Mais, contrairement au loup qui l'accompagnait, son éclat montrait qu'un feu intérieur, intense et puissant, brûlait en elle. Arrivé à hauteur de voix des chiens, Haïku s'arrêta. Il ne souhaitait pas risquer de se retrouver nez à nez avec un humain. Il demanda à parler au chef d'attelage. Celui-ci se présenta sous la forme d'un Husky au poil immaculé, au torse large et puissant. Il se nommait Parlov. "Que veux-tu, loup ?" lui demanda-t'il ? "J'ai avec moi une petite qui a perdu sa mère Husky. Je ne suis pas en mesure de bien m'occuper d'elle. Elle mérite ce qu'il y a de mieux, et je pense qu'elle aura beaucoup plus de chance de l'obtenir en vivant au sein de votre groupe qu'en restant avec moi. C'est une petite bête courageuse et valide. Elle ne rechigne pas devant l'effort. Acceptez-vous de prendre soin d'elle ?" Parlov voyait bien que le voyage d'Haïku dans la vie terrestre allait bientôt arriver à son terme. Laisser Pavilga sous sa garde aurait été irresponsable; meurtrier, même. Il accepta donc immédiatement de recueillir la petite chienne. Pavilga voulut protester quand son père la poussa de son museau, afin qu'elle rejoigne les chiens. Il ne lui en laissa pas l'occasion et lui ordonna de se taire et de faire ce qu'on lui disait. Il lécha rapidement son petit museau délicat et s'en fut sans un mot et sans un regard en arrière. Déjà l'appel de la mousse le tenaillait, et il devait se mettre en quête de ce qui lui permettrait d'oublier ce nouvel épisode douloureux de sa vie. Pavilga, quant à elle, ne protesta pas. Elle rejoignit les autres, se tut et fit ce qu'on lui disait de faire. Ce jour là, la petite flamme au fond de ses yeux changea : elle brûlait toujours, mais s'était voilée. A présent, Pavilga avait, malgré son jeune âge, le regard d'un chien adulte qui a traversé de nombreuses épreuves, et qui les a toutes acceptées. Cependant, dans sa vie pas toujours rose, Pavilga connaissait parfois des moments de bonheur : des petits, mais aussi des grands. Parlov avait confié la petite à une chienne Husky qui avait dédié sa vie à celle des orphelins et des déshérités : Petranouska. Petranouska était une chienne douce et pleine d'amour, qui savait voir derrière les armures que les chiots, dont elle s'occupait, se construisaient. Elle se montra patiente et indulgente vis-à-vis de Pavilga. A force de bienveillance et de douceur, elle gagna la confiance du petit animal si éprouvé par la vie, l'amadoua et apprivoisa son côté sauvage de louve. Pavilga qui, de par son appartenance à la race des loups et celle des chiens, était extrêmement fidèle, lui voua alors une affection et une confiance sans faille. C'est auprès d'elle que Pavilga se réfugiait quand elle était triste, parce-que ses parents lui manquaient ou que les autres chiens n'avaient pas été gentils. Au creux des pattes accueillantes de Petranouska, elle trouvait la chaleur perdue un matin d'été; le réconfort et la consolation. Les encouragements et les conseils aussi. Petranouska aimait aussi profondément Pavilga. Elle savait cependant, qu'aimer les autres, c'est aussi accepter qu'ils ne vous appartiennent pas, et, parfois, les voir s'éloigner un jour. C'est ce qui finit par arriver : un beau matin, de nouveau comme les autres, un couple de Husky se présenta à l'attelage. Tout comme les parents de Pavilga, ils s'aimaient profondément. Appartenant à la race des chiens, ils n'avaient pas le même tempérament sauvage qu'Haïku et Doutchka. Non, Daïko et Irrili, c'est leur nom, avaient opté pour une vie plus sédentaire, moins aventureuse. Et ils étaient parfaitement heureux ainsi. Enfin presque. Il ne manquait qu'une chose pour que leur bonheur soit totalement parfait : un chiot. En effet, Irrili avait eu un accident, plus jeune, en tirant un traîneau. Elle avait été touchée à l'abdomen. Elle s'en était remise depuis, mais ne pouvait pas avoir de portée. Daïko et Irrili auraient très bien pu adopter un tout jeune chiot, à peine sorti du ventre de sa mère : un dalmatien ou un caniche. Il y en avait tellement de par le monde. Mais non, ils décidèrent que ce serait Pavilga. Parce-qu'ils connaissaient son histoire, qu'ils voulaient lui donner le meilleur dans la vie et qu'ils savaient qu'ils en avaient les moyens. Ils voulaient aussi qu'elle sache qu'ils ne l'avaient pas adoptée par hasard; mais qu'il l'avaient choisie. Pour elle. Et pour la deuxième fois de sa vie, Pavilga eut des parents. Les premiers, la vie les avait choisis pour elle. Les seconds, ils l'avaient choisie; pour elle aussi. Mais dans les deux cas, ce qui ne changeait pas, c'est qu'ils l'aimaient énormément. Ainsi, Pavilga changea de foyer. Une nouvelle fois. Elle pleura silencieusement contre le poitrail de Petranouska, qui lui promit qu'elle se reverraient un jour, quand Pavilga serait plus grande. Petranouska aussi avait le cœur lourd. Mais elle était heureuse pour sa petite chienne préférée : elle avait trouvé de bons parents. Elle savait aussi que montrer sa peine rendrait la séparation plus difficile encore. Les débuts de Pavilga avec ses nouveaux parents ne furent pas de tout repos… Pour chacun, il fallut une phase d'adaptation. Et même si ce ne fut pas toujours facile, au final, tout se mit en place à force de patience et d'amour. Au début, le côté sauvage et rebelle de Pavilga la louve ressortait souvent, et il fallait beaucoup de douceur et d'ingéniosité à son entourage pour l'approcher. Le sentiment d'abandon, et la peur de le connaître de nouveau, qui habitaient l'animal, la rendaient parfois imprévisible et souvent indomptable. Mais pour quiconque comprenait, qu'avant toute chose, Pavilga avait énormément besoin d'amour et d'être rassurée, alors, pour ce chien, tout en Pavilga, tout dans sa façon d'agir, devenait clair comme de l'eau de roche. Toutes les défenses de la louve sauvage tombaient, laissant place à une chienne tendre et affectueuse. Mais, comme je l'ai déjà dit, ce n'était pas toujours facile…. Car vois-tu, cher lecteur, de par son côté louve, Pavilga voulait à tout prix garder son indépendance, faire ce qui lui plaisait, ne dépendre que d'elle même. Elle ne voulait laisser à personne le droit de lui imposer ses propres volontés. Elle entendait rester son propre maître, et choisir sa propre destinée. Par ailleurs, le sang de ses ancêtres paternels coulait dans ses veines, lui conférant un côté impétueux, voire impulsif, pas toujours compris ou bien considéré par les autres chiens. Cela créait bien quelques conflits avec son côté canin, qui la poussait à chercher la sécurité et lui dictait de se montrer disciplinée et respectueuse des règles communes… Mais qui ne les connaît pas ces conflits internes : cette petite voix qui vous dicte de faire une chose, et cette autre qui vous dit "Oui, mais…" ? Un des traits de caractères de Pavilga était l'esprit de contradiction, conséquence logique de son côté indépendant de louve. On attendait qu'elle agisse d'une certaine façon ? Et bien, non, elle ferait tout le contraire. On pensait qu'elle était douée pour la course de traîneau; on voulait la pousser à en faire à un niveau supérieur : elle arrêtait ce sport. On la pensait douée pour les études : elle se montrait indisciplinée en classe, et se faisait renvoyer de plusieurs écoles de chiens… Heureusement, Daïko et Irrili avaient une bonne réserve de patience et un puits sans fond d'amour… Et malgré cela, il passaient certaines soirées à s'arracher les poils de la tête : ils ne savaient plus comment s'y prendre pour que Pavilga comprenne où étaient ses intérêts ! Ils prirent donc l'option de laisser Pavilga agir à sa guise, tout en restant dans l'ombre, comme un "filet de sécurité". Ils seraient toujours là si Pavilga avaient besoin d'eux. Et puis, le bon côté de l'esprit de contradiction de Pavilga, c'est qu'elle donnait aussi toujours tort à ceux qui pensaient qu'elle allait échouer… Le meilleur moyen pour qu'elle réussisse à faire une chose, même pas facile du tout, c'était de lui dire " Oh, je doute que tu sois capable de faire cela…". Dans ces cas là, elle accomplissait de véritables merveilles ! En amour aussi, Pavilga avait ses côtés louve et ses côtés canins. Elle se montrait à la fois très sauvage, un peu nomade. Extérieurement, elle affichait un grand détachement, une grande liberté d'esprit : elle avait fréquenté des chiens un peu marginaux, des loups aussi. Au discours qu'elle tenait parfois, certains s'imaginaient que Pavilga était une créature volage, au cœur d'artichaut. C'était méconnaître totalement le monde intérieur de Pavilga. Quiconque prenait le temps de l'écouter, juste un instant, réalisait bien vite que tout cela n'était qu'une façade. Une couverture pour cacher la grande quête d'amour et d'idéal de Pavilga. Une protection, pour ne pas voir ce grand espoir d'absolu être blessé, voire mourir. Et toi, qui as écouté l'histoire de Pavilga jusqu'à maintenant, tu as réalisé que, même si elle avait connu très jeune beaucoup d'épreuves, elle était née sous une bonne étoile. La vie n'avait fait que lui soumettre des défis à la hauteur de la force qui l'animait. Tu te doutes bien, lecteur, que cet idéal, elle finit par le réaliser un jour… C'est en fait quand elle était prête à l'abandonner, et à se résigner à s'unir à un gentil toutou, sans surprise, mais rassurant, que la route de Pavilga croisa celle de Manov. Manov était un Husky qui avait parcouru toutes les routes de la Sibérie, voyagé de la Volga jusqu'au cercle polaire. Il en avait retiré un profond calme intérieur, une grande sagesse. Dès les premiers instants, Pavilga se sentit bien en sa compagnie. Il se dégageait une force rassurante de Manov; rassurante et apaisante. En sa présence, Pavilga pouvait laisser s'exprimer tous les côtés de sa personnalité, même les plus secrets; et elle les exprimait de façon positive et constructive. Daïko et Irrili furent ravis de cette rencontre et de l'effet qu'elle avait eue sur leur fille : enfin, elle se posait. Au côté "chien écorché", faisait place une sérénité qu'ils ne lui avaient encore jamais connue. Pavilga rayonnait littéralement. Il ne lui manquait plus qu'une chose pour trouver véritablement le bonheur parfait : connaître elle aussi la joie d'être maman. Vois-tu, ce que tu ne sais pas encore, c'est qu'elle y pensait depuis très longtemps. Et elle aurait pu, si elle l'avait souhaité, mettre au monde seule un petit chiot. Cependant, elle ne savait que trop bien ce que c'était pour un chiot de ne pas avoir un ou ses deux parents. Et elle aimait trop ses petits à venir pour leur faire connaître cette souffrance volontairement. Maintenant qu'elle avait trouvé le Husky de sa vie, toutes les conditions étaient réunies pour les accueillir, ces petits. Imagine alors qu'elle fut sa joie, lorsque son corps et son instinct maternel lui firent savoir qu'une petite créature, fruit de l'amour et de la patience, grandissait dans son ventre. Ce jour, quelque chose d'extraordinaire se produisit en elle : Pavilga connut ce que, depuis la nuit des temps, depuis le tout premier être, des générations de mères avaient connu avant elle : la sérénité et l'amour absolu, le plus grand secret qui soit : celui de la vie. Et elle réalisa que ce secret lui avait été transmis par ses mères : sa mère naturelle, qui l'avait conçue dans son corps. Et sa mère d'adoption, qui avait conçu sa fille dans son cœur… Mon histoire s'arrête là, cher lecteur. Mais pas les aventures de Pavilga, qui, tu t' en doutes bien, ne font que commencer. Dans l'un de ses plus beaux rôles : celui de mère. Que vas-tu retenir de cette histoire ? A toi de choisir. Pour ma part, j'en retiendrai deux leçons importantes : Si dans ton prochain, tu vois uniquement l'animal sauvage, il ne te montrera que l'animal sauvage. Si derrière l'animal blessé, tu sais voir l'animal affectueux, il sera vite apprivoisé et te montrera l'animal affectueux qu'il est aussi. Et puis, je retiendrai aussi la leçon que tu retrouveras dans toutes les histoires : l'amour vient à bout de toute chose… Penses-y bien, cher lecteur. Et tu verras que, peut-être, tu ne porteras plus le même regard sur la vie.

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