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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview (Novembre 2007)

LE PETIT PRINCE Bel - Ley Gervais


Assis seul sur le flanc d’une montagne inaccessible vit un petit prince. Ses cheveux couleur d’or qui flottent au vent m’apparaissent tel un objet éloigné dévoilant mon existence. S’il éclaire mon visage, c’est que je suis devenu un voyeur. Voilà une dure épreuve qui creuse l’angoisse du promeneur lorsque le plaisir quitte la brise du funambule pour venir caresser la rêverie.

Ce mystérieux petit prince n’a pas cette méprise du cœur que j’ai observé chez les hommes au cours de mes nombreux voyages. Son corps est entouré d’étoiles et de roses. Il est un temple fragile enflammé par des grains de larmes oubliées. Je ressens sa présence à la fois timide et secrète. Dans sa forteresse singulière il est un phare pour voyageurs imprudents.

Suis-je ce chemin de déroute qui espère tailler des blocs de lumières dans cette montagne liquide et obscure qui m’écrase ? Suis-je infidèle à mes absences ? Cette porte qui s’ouvre brise l’ardeur de mon souffle. Plus je m’éloigne et plus ce petit prince m’apprivoise. Il est cet arbre enraciné au plus profond de la douleur des autres. Il est un rêve d’enfance perdu dans cette aveuglante dérision de l’adulte. Et s’il n’est que la vision solitaire de mes égarements son regard signe la triste malédiction de mon existence.

Sur mon bateau qui souille les vagues émoussées de la mer, je me sens malade. Je prends alors un fruit a la fois chair et orange qui me donnent la pesanteur du jardin et de la colère. Il me semble voir des chevaux géants courir dans de la glaise rouge. Le bruit de leurs pas résonne lourdement sur ma route.

Près d’un rocher où vit retranché ce petit prince, des colombes dociles tracent avec leurs ombres un sentier de lumière pour aviateurs en panne d’imagination. Sur le sol gravé dans de la terre sablonneuse il est écrit : L’homme n’est pas seul dans l’univers. La vérité n’est pas de ce monde .. elle n’est qu’une singulière aventure ».

Un sentiment de perte rompt ma solitude. Qu’il est étrange de partir si loin pour amortir sa chute dans les tourbillons du péché ! Ce petit prince à des comportements bien mystérieux. Chaque soir il disparaît comme effacé par une main invisible. Le matin il joue avec de grands moutons blancs poussés par des vagues éternelles. Très souvent il joue dans un jardin où il semble parler à des êtres irréels. Pour moi, sa seule présence berce bien souvent le sommeil de mes errances.

Mon bateau est fait de bois et de malheur. Ses mâts fantomatiques s’élèvent jusqu’aux confins des nuages. Là dans des cruches énigmatiques et abandonnées dorment ou bien se repose l’âme perdue des marins oubliés.

Ici le danger ne se mesure pas aux visages qui voile la marche de mon bateau mais, dans le silence, qui le frappe cruellement. Je lutte lucidement contre la catastrophe qui rôde autour de moi. Je me dresse devant le souffle chaud du vent pour apaiser ma souffrance. Je sais que la nature est un engagement qu’il faut défendre afin de se dépouiller de ses peurs. Alors jetons du lest et glissons vers le vivant. La victoire est souvent bâtie sur les racines de nos défaites.

Un dessin voilà ce que ce petit prince me demande depuis toujours. Je sais par expérience qu’en fermant les yeux il apparaît près de moi. Et sa disparition n’est que le doux enchantement de ma pensée qui s’essouffle. Il est un festin qui nourrit mes rêves. En fait, un lien entre mon angoisse et l’épuisement de ma curiosité. Une expérience qui me révèle toute l’étendue de ma liberté. Voilà que je glisse dans le vin du possible et crie mon entêtement à la solitude qui m’habite.

Vous savez, il faut être attaché à ce monde pour survivre à la sécurité de la richesse. L’Âme n’a pas de maître ni d’esclave. Elle s’accroche aux échos extérieurs du monde et ne cesse de broyer la marche incessante du temps. Il nous faut alors porter des masques monstrueux pour réfléchir le vertige de nos étrangetés.

Un jour pour éclairer l’étrange tristesse de mon petit prince j’ai dessiné une carte. Sa lecture n’exigeait que la clarté de lampes authentiques. Très souvent « le cœur à d’étranges pastels pour adoucir la nuit qui nous martèle ». Certes, ma carte que tu regardes petit prince avec tes yeux émerveillés n’est éclairée que par un X maladroit. C’est un repère pour t’indiquer où tu dois chercher cet héritage qui nous habite. Là-bas de précieux trésors rodent près de faibles feux. Là-bas dansent des lucioles pieuses. Là-bas sont les icebergs où suinte le désespoir de nos pères. Mais, ce spectacle sans cesse répété n’est que le témoin de nos craintes humaines.

Le jeu des amants s’élève lentement de la brume incessante du travail de la vague sur ma liberté. Il me faut prodiguer tous mes efforts afin d’atteindre le rivage de mes péripéties. Au fond, la tentation qui marche sans bruit dans la nuit n’est que la présence insaisissable de nos désirs inconscients.

C’est ainsi que la fiancée qui sourit aux portes pierreuses d’un futur incandescent, n’attend que la brise de nos chaires pour restituer l’angoisse première de nos existences. Alors assiégé dans la routine infernale de nos excès nous attendons la déportation de tous nos malheurs et de nos souffrances vers d’improbables Paradis. La rose du petit prince qui s’étale dans l’étendue de mes actions m’empêche de respirer. Pourquoi devrais-je assumer un tel itinéraire quand ma vie n’est qu’un éternel rétrécissement ? Bafoué par d’inestimables désespoirs, j’attends d’être digne de ma destinée. Enfant, j’évoquais le mystère de ces lions qui au détour d’un voyage s’inquiétait des proies qui souillaient leur présence.

L’aurore s’élève à l’horizon. C’est ma récompense pour ce travail qui agite ma pensée.

Surnaturel est ce petit prince pendu sur ma détresse. Quel châtiment merveilleux à pouvoir pénétrer sans ses régions parfumées rempli de signes et de formules contingentes! Il n’y a pas d’histoires seulement un songe qui berce l’indifférence de mes choix. Aujourd’hui je suis baigné par le merveilleux et la magie du rêve.

Le petit prince semble avoir déchiffré le message de la carte . Il y est écrit : « Gravit cette montagne. Traverse ces herbes étranges. Regarde cette vigne merveilleuse s’enraciner dans le sol de ta solitude. Là sur la pierre que tu trouveras réveille le messager de tes attentes. Sous tes pieds se cache le gisement qu’il te faut apprivoiser ».

Il nous faut bâtir sur des terres solides. Le silence des oracles échappe à la vigilance du guerrier. Dans ce tableau où l’argile façonne nos rêves le temps tombe toujours à genou devant le pas feutré du sourire d’autrui.

Notre tâche petit prince dans ce monde, c’est de prodiguer au réel notre rire. À l'abandon qui marque le long déploiement de notre identité cosmique ­ il n’y a pas de vrai exutoire. Car sur le linteau des choses qui nous racontent, le passager n’est qu’une étincelle.

Une muraille d’eau s’élève pour arrêter le chevalier qui tôt le matin part construire sa quête. Et malgré sa confusion aucune prouesse humaine portera violence à la flamme qui garde l’entrée de ses sentiers invisibles.

Dans mon rêve, je marche dans un désert. L’air est froid. Là caché dans l’angle mort de l’existence une météorite noire brisée à demi ensevelie. Je creuse avec mes mains remplies de vertige. Du sable coule dans mes veines. Tout à coup le dessin inconnu de l’étrange pierre me montre par symbole la direction où meurent les fleuves sans eau.

Je me relève et me déplace sans bruit comme ces serpents couleur de lune dans le sable humide. Un son d’airain bourdonne alors à mes oreilles tandis que les ténèbres mâchent leur frayeur. Après plusieurs heures de marches j’arrive à un amoncellement de rochers noir insolite brûlés par des feux inhumains.

Au bas une gigantesque tour de glace s’élève droit vers les étoiles. Près de celle-ci creusée dans le sol une prison de terre gardée par des barreaux rouillés duquel s’échappe une vive lumière. Je m’approche et discerne une forme derrière cette prison lumineuse. Suis-je l’objet de mon regard car cette ombre au fond qui me dévisage n’a du charme que son horrible sourire.

C’est le bruit du tonnerre frappant l’océan déchaîné qui m’a sortie de mon rêve. Sur le pont lavé par une nature rebelle j’ai élevé un autel peuplé d’idoles et de larmes. Dans ce sanctuaire, je danse pour calmer le Mal. Lors de ce rituel, je raconte des histoires sacrées où ILS sont venus nous conquérir. Notre destinée a le goût mielleux de cette lumière qui les couvre. Dans cette vision la terre est notre refuge. Le soleil est notre « bâton de pèlerin » qui nous guides et les étoiles le tombeau silencieux de tous nos vains efforts.

Maintenant, le temps s’est calmé. Dehors il tombe une fine poussière ressemblant à de l’or. Les étoiles semblent sourire aux voyageurs égarés. L’eau n’est troublée que par des poissons qui volent tandis que les cieux sont remplis d’oiseaux sans yeux qui nagent. Tout m’apparaît dénaturé, irréel. Suis-je encore Humain ?

Le bruit du ressac de la mer m’a réveillé de mes songes. Brisé sur des récifs surnaturels mon bateau repose sans vie. Une écume s’élève du vide de mon existence. Tant de chemin pour une si petite détresse … Ma récompense est cet horizon parfumé remplit de sable et surgit du fond de l’Amour une sépulture où le regard se trouble. Je me sens vulnérable. Je suis englué dans le silence et ma chute dans cette fluidité devient insaisissable. Complice de mon désir et des envoûtements de mes illusions le monde brise dans le creux des corps la liberté du paradoxe. Cette densité du monde et des choses qui se déploie dissimule mon angoisse face à la mort. Ici seul l’Homme peut mourir.

La nuit est alors venue et je me suis mis à marcher dans le sable. Je ne suis plus seul maintenant. Le Petit prince comme sortit de nulle part est apparu près de moi. Il m’accompagne silencieusement mains dans la main. La succession de ses mondes artificiels trouble mes désirs. Pourtant une évidence glisse dans la pureté de son regard : jamais je ne le reverrai car son corps n’appartient pas à mon univers. Le messager n’est que le porteur du message. Dans les jardins de mystère les germes invisibles sont bercés par des caresses .. Le charme de cette chute originelle n’a vraiment de sens que pour les innocents cachés dans les oasis. Là-bas le mirage respire l’absence de la honte.

Le souffle coupé par la douleur qui me transperce je ne peux plus tenir debout et tombe.

Quand je reprends conscience, je me sens flotté dans les airs. Le Petit prince me porte sans effort dans ses bras. Des larmes coulent de ses yeux. Il me dit doucement :

-Tant que tu ne renonceras pas à l’esclavage de la richesse tu seras seul. L’essentiel c’est ce qui touche le cœur de l’homme. Je ne suis qu’un pont entre l’insondable durée et la fleur qui révèle toute notre faiblesse. Notre combat nécessaire c’est de porter la liberté au-delà de la négligence de nos élans cosmiques. La douceur du cœur naît de notre marche curieuse à travers le jardin de la vie, du chant du sable et de l’effort d’apprivoiser l’invisible. Ne sommes-nous pas responsables de ce que nous avons caressé?

Soudain il s’arrêta de parler et me déposa délicatement sur le sable. Il me dit :

- Je dois partir .. Maintenant tu dois survivre à ta fidélité et regarder toujours au-delà des choses. On oublie trop souvent ce que l’on sait. Entends-tu le souffle de la glaise s’élever vers les étoiles et tendre la main à ma jolie fleur ?

Il partit en marchant droit devant lui. Plus loin je le vis s’arrêter et une lumière dorée venant de nulle part est venue le frapper. Il est tombé lentement comme ses feuilles qui tombent à l’automne. Alors une sorte de sanglot me monta à la gorge. Je voulus crier quelque chose mais aucun son de sortie.

Ébranlé je suis parti pour lui porter secours. Déjà la nuit masque la pâte des choses . Je suivis ses petits pas dans le sable mais je ne retrouvai pas le corps de mon petit prince. Et là où il était tombé je devinais un puits étoiles qui souriait …

Maintenant je marche invisible à la certitude et au danger. Au loin, je devine la présence du renard des sables. Il nous enseigne l’importante de l’amour et de la durée. La mer garde l’empreinte de ma peine. Je suis lucide et quand la tristesse me pèse trop je regarde les étoiles et dessine avec mon regard embué des moutons et des roses.

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Nicolas ROZIER

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