|

|
|
LE PETIT PRINCE Bel - Ley Gervais
|
Assis seul sur le flanc dune montagne inaccessible vit un petit prince. Ses cheveux couleur dor qui flottent au vent mapparaissent tel un objet éloigné dévoilant mon existence. Sil éclaire mon visage, cest que je suis devenu un voyeur. Voilà une dure épreuve qui creuse langoisse du promeneur lorsque le plaisir quitte la brise du funambule pour venir caresser la rêverie.
Ce mystérieux petit prince na pas cette méprise du cur que jai observé chez les hommes au cours de mes nombreux voyages. Son corps est entouré détoiles et de roses. Il est un temple fragile enflammé par des grains de larmes oubliées. Je ressens sa présence à la fois timide et secrète. Dans sa forteresse singulière il est un phare pour voyageurs imprudents.
Suis-je ce chemin de déroute qui espère tailler des blocs de lumières dans cette montagne liquide et obscure qui mécrase ? Suis-je infidèle à mes absences ? Cette porte qui souvre brise lardeur de mon souffle. Plus je méloigne et plus ce petit prince mapprivoise. Il est cet arbre enraciné au plus profond de la douleur des autres. Il est un rêve denfance perdu dans cette aveuglante dérision de ladulte. Et sil nest que la vision solitaire de mes égarements son regard signe la triste malédiction de mon existence.
Sur mon bateau qui souille les vagues émoussées de la mer, je me sens malade. Je prends alors un fruit a la fois chair et orange qui me donnent la pesanteur du jardin et de la colère. Il me semble voir des chevaux géants courir dans de la glaise rouge. Le bruit de leurs pas résonne lourdement sur ma route.
Près dun rocher où vit retranché ce petit prince, des colombes dociles tracent avec leurs ombres un sentier de lumière pour aviateurs en panne dimagination. Sur le sol gravé dans de la terre sablonneuse il est écrit : Lhomme nest pas seul dans lunivers. La vérité nest pas de ce monde .. elle nest quune singulière aventure ».
Un sentiment de perte rompt ma solitude. Quil est étrange de partir si loin pour amortir sa chute dans les tourbillons du péché ! Ce petit prince à des comportements bien mystérieux. Chaque soir il disparaît comme effacé par une main invisible. Le matin il joue avec de grands moutons blancs poussés par des vagues éternelles. Très souvent il joue dans un jardin où il semble parler à des êtres irréels. Pour moi, sa seule présence berce bien souvent le sommeil de mes errances.
Mon bateau est fait de bois et de malheur. Ses mâts fantomatiques sélèvent jusquaux confins des nuages. Là dans des cruches énigmatiques et abandonnées dorment ou bien se repose lâme perdue des marins oubliés.
Ici le danger ne se mesure pas aux visages qui voile la marche de mon bateau mais, dans le silence, qui le frappe cruellement. Je lutte lucidement contre la catastrophe qui rôde autour de moi. Je me dresse devant le souffle chaud du vent pour apaiser ma souffrance. Je sais que la nature est un engagement quil faut défendre afin de se dépouiller de ses peurs. Alors jetons du lest et glissons vers le vivant. La victoire est souvent bâtie sur les racines de nos défaites.
Un dessin voilà ce que ce petit prince me demande depuis toujours. Je sais par expérience quen fermant les yeux il apparaît près de moi. Et sa disparition nest que le doux enchantement de ma pensée qui sessouffle. Il est un festin qui nourrit mes rêves. En fait, un lien entre mon angoisse et lépuisement de ma curiosité. Une expérience qui me révèle toute létendue de ma liberté. Voilà que je glisse dans le vin du possible et crie mon entêtement à la solitude qui mhabite.
Vous savez, il faut être attaché à ce monde pour survivre à la sécurité de la richesse. LÂme na pas de maître ni desclave. Elle saccroche aux échos extérieurs du monde et ne cesse de broyer la marche incessante du temps. Il nous faut alors porter des masques monstrueux pour réfléchir le vertige de nos étrangetés.
Un jour pour éclairer létrange tristesse de mon petit prince jai dessiné une carte. Sa lecture nexigeait que la clarté de lampes authentiques. Très souvent « le cur à détranges pastels pour adoucir la nuit qui nous martèle ». Certes, ma carte que tu regardes petit prince avec tes yeux émerveillés nest éclairée que par un X maladroit. Cest un repère pour tindiquer où tu dois chercher cet héritage qui nous habite. Là-bas de précieux trésors rodent près de faibles feux. Là-bas dansent des lucioles pieuses. Là-bas sont les icebergs où suinte le désespoir de nos pères. Mais, ce spectacle sans cesse répété nest que le témoin de nos craintes humaines.
Le jeu des amants sélève lentement de la brume incessante du travail de la vague sur ma liberté. Il me faut prodiguer tous mes efforts afin datteindre le rivage de mes péripéties. Au fond, la tentation qui marche sans bruit dans la nuit nest que la présence insaisissable de nos désirs inconscients.
Cest ainsi que la fiancée qui sourit aux portes pierreuses dun futur incandescent, nattend que la brise de nos chaires pour restituer langoisse première de nos existences. Alors assiégé dans la routine infernale de nos excès nous attendons la déportation de tous nos malheurs et de nos souffrances vers dimprobables Paradis. La rose du petit prince qui sétale dans létendue de mes actions mempêche de respirer. Pourquoi devrais-je assumer un tel itinéraire quand ma vie nest quun éternel rétrécissement ? Bafoué par dinestimables désespoirs, jattends dêtre digne de ma destinée. Enfant, jévoquais le mystère de ces lions qui au détour dun voyage sinquiétait des proies qui souillaient leur présence.
Laurore sélève à lhorizon. Cest ma récompense pour ce travail qui agite ma pensée.
Surnaturel est ce petit prince pendu sur ma détresse. Quel châtiment merveilleux à pouvoir pénétrer sans ses régions parfumées rempli de signes et de formules contingentes! Il ny a pas dhistoires seulement un songe qui berce lindifférence de mes choix. Aujourdhui je suis baigné par le merveilleux et la magie du rêve.
Le petit prince semble avoir déchiffré le message de la carte . Il y est écrit : « Gravit cette montagne. Traverse ces herbes étranges. Regarde cette vigne merveilleuse senraciner dans le sol de ta solitude. Là sur la pierre que tu trouveras réveille le messager de tes attentes. Sous tes pieds se cache le gisement quil te faut apprivoiser ».
Il nous faut bâtir sur des terres solides. Le silence des oracles échappe à la vigilance du guerrier. Dans ce tableau où largile façonne nos rêves le temps tombe toujours à genou devant le pas feutré du sourire dautrui.
Notre tâche petit prince dans ce monde, cest de prodiguer au réel notre rire. À l'abandon qui marque le long déploiement de notre identité cosmique il ny a pas de vrai exutoire. Car sur le linteau des choses qui nous racontent, le passager nest quune étincelle.
Une muraille deau sélève pour arrêter le chevalier qui tôt le matin part construire sa quête. Et malgré sa confusion aucune prouesse humaine portera violence à la flamme qui garde lentrée de ses sentiers invisibles.
Dans mon rêve, je marche dans un désert. Lair est froid. Là caché dans langle mort de lexistence une météorite noire brisée à demi ensevelie. Je creuse avec mes mains remplies de vertige. Du sable coule dans mes veines. Tout à coup le dessin inconnu de létrange pierre me montre par symbole la direction où meurent les fleuves sans eau.
Je me relève et me déplace sans bruit comme ces serpents couleur de lune dans le sable humide. Un son dairain bourdonne alors à mes oreilles tandis que les ténèbres mâchent leur frayeur. Après plusieurs heures de marches jarrive à un amoncellement de rochers noir insolite brûlés par des feux inhumains.
Au bas une gigantesque tour de glace sélève droit vers les étoiles. Près de celle-ci creusée dans le sol une prison de terre gardée par des barreaux rouillés duquel séchappe une vive lumière. Je mapproche et discerne une forme derrière cette prison lumineuse. Suis-je lobjet de mon regard car cette ombre au fond qui me dévisage na du charme que son horrible sourire.
Cest le bruit du tonnerre frappant locéan déchaîné qui ma sortie de mon rêve. Sur le pont lavé par une nature rebelle jai élevé un autel peuplé didoles et de larmes. Dans ce sanctuaire, je danse pour calmer le Mal. Lors de ce rituel, je raconte des histoires sacrées où ILS sont venus nous conquérir. Notre destinée a le goût mielleux de cette lumière qui les couvre. Dans cette vision la terre est notre refuge. Le soleil est notre « bâton de pèlerin » qui nous guides et les étoiles le tombeau silencieux de tous nos vains efforts.
Maintenant, le temps sest calmé. Dehors il tombe une fine poussière ressemblant à de lor. Les étoiles semblent sourire aux voyageurs égarés. Leau nest troublée que par des poissons qui volent tandis que les cieux sont remplis doiseaux sans yeux qui nagent. Tout mapparaît dénaturé, irréel. Suis-je encore Humain ?
Le bruit du ressac de la mer ma réveillé de mes songes. Brisé sur des récifs surnaturels mon bateau repose sans vie. Une écume sélève du vide de mon existence. Tant de chemin pour une si petite détresse
Ma récompense est cet horizon parfumé remplit de sable et surgit du fond de lAmour une sépulture où le regard se trouble. Je me sens vulnérable. Je suis englué dans le silence et ma chute dans cette fluidité devient insaisissable. Complice de mon désir et des envoûtements de mes illusions le monde brise dans le creux des corps la liberté du paradoxe. Cette densité du monde et des choses qui se déploie dissimule mon angoisse face à la mort. Ici seul lHomme peut mourir.
La nuit est alors venue et je me suis mis à marcher dans le sable. Je ne suis plus seul maintenant. Le Petit prince comme sortit de nulle part est apparu près de moi. Il maccompagne silencieusement mains dans la main. La succession de ses mondes artificiels trouble mes désirs. Pourtant une évidence glisse dans la pureté de son regard : jamais je ne le reverrai car son corps nappartient pas à mon univers. Le messager nest que le porteur du message. Dans les jardins de mystère les germes invisibles sont bercés par des caresses .. Le charme de cette chute originelle na vraiment de sens que pour les innocents cachés dans les oasis. Là-bas le mirage respire labsence de la honte.
Le souffle coupé par la douleur qui me transperce je ne peux plus tenir debout et tombe.
Quand je reprends conscience, je me sens flotté dans les airs. Le Petit prince me porte sans effort dans ses bras. Des larmes coulent de ses yeux. Il me dit doucement :
-Tant que tu ne renonceras pas à lesclavage de la richesse tu seras seul. Lessentiel cest ce qui touche le cur de lhomme. Je ne suis quun pont entre linsondable durée et la fleur qui révèle toute notre faiblesse. Notre combat nécessaire cest de porter la liberté au-delà de la négligence de nos élans cosmiques. La douceur du cur naît de notre marche curieuse à travers le jardin de la vie, du chant du sable et de leffort dapprivoiser linvisible. Ne sommes-nous pas responsables de ce que nous avons caressé?
Soudain il sarrêta de parler et me déposa délicatement sur le sable. Il me dit :
- Je dois partir .. Maintenant tu dois survivre à ta fidélité et regarder toujours au-delà des choses. On oublie trop souvent ce que lon sait. Entends-tu le souffle de la glaise sélever vers les étoiles et tendre la main à ma jolie fleur ?
Il partit en marchant droit devant lui. Plus loin je le vis sarrêter et une lumière dorée venant de nulle part est venue le frapper. Il est tombé lentement comme ses feuilles qui tombent à lautomne. Alors une sorte de sanglot me monta à la gorge. Je voulus crier quelque chose mais aucun son de sortie.
Ébranlé je suis parti pour lui porter secours. Déjà la nuit masque la pâte des choses . Je suivis ses petits pas dans le sable mais je ne retrouvai pas le corps de mon petit prince. Et là où il était tombé je devinais un puits étoiles qui souriait
Maintenant je marche invisible à la certitude et au danger. Au loin, je devine la présence du renard des sables. Il nous enseigne limportante de lamour et de la durée. La mer garde lempreinte de ma peine. Je suis lucide et quand la tristesse me pèse trop je regarde les étoiles et dessine avec mon regard embué des moutons et des roses.
|

Nicolas ROZIER
|
PAGE DE VOTE WEBORAMA - ACLINOUWEBPAGE
Les
contenus de l'ensemble des sites sont soumis aux
règles du droit d'auteur. Merci.
©
Tout texte soumis et publié par ECRITDIRE reste sous l'entière responsabilité de son auteur Le site ne saurait être engagé par les opinions exprimées. Les textes publiés restent au moins un an sur le site et demeurent en tout état de cause dans les archives
Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, est interdite sans l'autorisation préalable du propriétaire.
Contact: webmaster
Contents
of all sites are submited to copyright. Thanks !
©
Send e-mail requesting permission to reprint for any use. You do not have permission to use the content for your own website, book, or money-making enterprise. This copyright extends to the use of the material contained throughout the entire aclinouweb sites, and you may NOT simply copy and paste to your own website without express permission. It is fairly easy to obtain permission for use on a website -- but you must first send a request. A link to
this site is explicitly required.
| | |