Le givre a saupoudré les mottes,
Empesé buissons et taillis,
Et raidi le cuir brun des bottes.
Compagnon de chemin, tu ris
Et ton haleine claire éclate
Au rythme crissant de nos pas.
Devant nous, une sente plate
File et sonne sous le verglas
Pour se draper de brume orange
A l'horizon incandescent.
Le soleil rougeoie, globe étrange,
Tel un vaillant convalescent
Qui s'obstine à prouver sa force.
Tu le fixes, plissant tes yeux,
Dur comme pierre ou comme écorce,
Dans un face-à-face orgueilleux.
La bise excite la querelle
De ce tournoi pour insensés
Où, touché, tu ris de plus belle.
Une larme à tes cils gelés,
Tu es beau, chevalier moderne.
Janvier émoustille ta peau
Et, s'il crispe de bleu tes cernes,
C'est pour t'honorer de son sceau.
Votre accord semble indestructible,
Comme le nôtre en ce matin.
Nous avons nos lois, notre bible,
Pour cimenter notre destin,
Et nous marchons, fous d'existence,
Riches de vent, ivres de froid,
En parlant haut dans le silence,
Forts d'amitié, toujours tout droit.