J'aime encor les beaux jours que j'ai vécus pour elle,
Jours d'automne où pleuvaient des feuilles de métal;
Ses bras et ses cheveux me couvraient comme une aile,
Et ses yeux se perdaient vers mon front de cristal.
Cette ancienne ferveur quelquefois m'intéresse
Encor, et je ressens mon être s'y baigner ;
Nous traversions tous deux des galaxies d'ivresse,
Pleins de crainte magique et de désirs d'aimer.
Nous ne pensions à rien, sauf à rester ensemble,
Cherchant ce lieu probable où rien n'existe plus ;
Un souvenir qui meurt maintenant nous assemble,
Disputant à la vie des lambeaux d'absolu.
Surtout, je ne crois pas que l'enfant de la terre,
Brune à qui le destin dispensait la beauté,
Amoureuse d'oubli, à l'amant solitaire
Laisse un rêve aujourd'hui, qu'il doit seul visiter
Il n'importe d'ailleurs : le rêve est merveilleux ;
J'en parcourais le vaste et chimérique empire
En buvant, à la source même de ses yeux,
Naïf et jeune et vrai, d'incroyables sourires.