Un ciel d'orage poussait lentement le bleu immense vers l'horizon,
Lentement, avec ménagement, mais inéluctablement.
La lumière elle-même se recroquevillait,
Se faisait plus discrète,
Tentait de se faire oublier.
Les grands arbres fourbus courbaient l'échine,
Comme sous une main puissante un chien s'aplatit.
Une voix rauque commençait à se plaindre, au loin.
La gorge de l'univers grondait.
Un oiseau s'affola, lança un cri strident, terrifié,
Puis, prenant son élan, poussa avec force
Sur ces pattes minuscules, et pourtant vigoureuses.
Il lança ses ailes dans l'air humide,
Telle une bouée sur l'océan.
Et soudain, il resta collé au ciel,
Ailes déployées, largement ouvertes,
Comme un papillon cloué sur la planche de liège d'une chaude journée.
Une feuille, bousculée par le vent, détachée de sa branche nourricière,
S'arrêta, à mi-chemin de sa chute.
L'éclair qui était venu, avant-garde hurlante de l'orage en manœuvre,
Se figea sur la toile grise qui avait peu à peu chassé le bleu de l'été.
C'était un néon qui s'annonçait à la vitrine du grand magasin du monde.
Tout resta pétrifié, d'un coup.
Le temps s'était tu.
Et les secondes cessèrent d'exister.