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Eclairage sur : " Une pédagogie oubliée : le vodou " L'interview (Novembre 2007)
 

VERITE Jonathan Brunn


Un léger cliquetis résonna à travers les couloirs froids du vaisseau, déchirant ainsi le silence pensant, presque macabre, qui régnait en ces lieux. Un long écho s’en suivit, se répercutant sur les murs blancs des corridors cylindriques, éclairés par quelques néons brillants de milles feux, au milieu des tuyaux crasseux que supportait le toit. Un grand hublot ovale dévoilait les entrailles du vaisseau au vide impressionnant de l’espace, des milliards de points lumineux brillaient au loin, leur lumière blafarde arrivant tant bien que mal des profondeurs du temps. Quelques bruits métalliques suivirent, des lumières s’allumèrent sur le tableau de bord, des écrans holographiques se dessinèrent sur des plaques d’émission et une dizaine de projecteurs émirent une lumière pâle. Celle-ci devint éblouissante quelques minutes plus tard. L’embarcation semblait tout à coup prendre vie, comme si elle se réveillait soudainement après des années de sommeil, ce qui était un peu vrai.
Des exclamations électroniques partaient de tous côtés, les appareils futuristes incrustés dans les parois épaisses s’étaient d’un coup mis à chanter leur musique informatique, les écrans affichaient maintenant des chiffres en petits caractères, illustrés par de sommaires graphiques en colonnes ou cercles. L’horloge du tableau de bord indiquait 23h 45 en heure terrienne du méridien de Greenwich, ce qui permettait aux locataires du vaisseau d’avoir un repère horaire. Ceux-ci justement, n’étaient pas très loin, tous allongés dans de grands incubateurs à forme ovale, parallèles au sol. Trois personnes sommeillaient, trois hommes assez jeunes et musclés, les yeux clos, flottant dans une sorte de champ de stase bleuté. Il ne fallut pas longtemps pour que cette partie là du vaisseau se réveille également, de petites lampes rouges s’allumèrent en même temps tout autour des gros incubateurs qui prenaient toute la pièce, alimentés par des centaines de tuyaux fins, plantés directement en perfusion dans la peau pâle des astronautes. Un léger bruissement se fit entendre, long, il semblait venir des plates formes arrondies qui soutenaient les cercueils. Ceux-ci se relevèrent alors, grâce à un système hydraulique placé derrière, quand ils arrivèrent à la perpendiculaire du sol, le bruit s’arrêta, et le silence revint. Les trois incubateurs étaient maintenant levés, tel d’anciennes dolomites au milieu des plaines gauloises, les trois corps inanimés flottaient encore dans le champ de stase. Mais, après quelques secondes de tranquillité, un bruit étrange de sussions emplit la pièce ronde, les tuyaux implantés dans le corps des hommes se détachèrent brusquement, laissant quelques gouttes de sang s’échappait des bras et des jambes des astronautes, les gouttes rouges flottaient maintenant au côté des corps. Les tuyaux retirés, le champ bleu disparut alors, les trois hommes s’affalèrent alors contre la vitre arrondie, bien que retenus par des sortes de ceintures. Les portes s’ouvraient, le silence était encore une fois revenu, l’équi page se réveilla brusquement, les yeux révulsés, il restèrent affalés plusieurs minutes sur le sol froid, comme des pantins désarticulés. Il fallut une bonne demi-heure aux humains pour se relever de leur sommeil difficile, ils s’étirèrent en tous sens, même à moitié aveuglés par les éclairages, ils commencèrent doucement mais maladroitement à divaguer dans le vaisseau. Un d’entre eux, apparemment le plus vieux, refermait doucement les incubateurs et les remettais en place. Tous baillaient à s’en décrocher la mâchoire.
Personne ne disait mot, aucune parole n’était venu déranger le calme serein mais assez effrayant qui régnait dans les petites parties du vaisseau, chacun se réveillait à sa manière, cela faisait quelques heures qu’ils s’étais tous les trois réveillés et déjà ils y voyaient plus clair. Un d’entre eux était en train de régler certains appareils dans la cuisine de « l’Anakron », comme le stipulait clairement une plaque d’argent posée sur la paroi lisse dans le centre de pilotage, brillante, presque neuve. Le plus vieux des trois, qui avait auparavant remis en place les incubateurs, inspectait superficiellement le vaisseau, ses yeux se posant sur chaque détails qui pouvaient mettre en péril la vie de l’équipage, mais rien n’était apparemment à signaler. Après avoir brièvement passé en revue les tuyaux d’air et de carburant, il décida de se rendre dans leur chambre. Là trônaient trois lits superposés, la pièce était d’ailleurs étrangement exiguë, les armoires où étaient rangées les affaires des astronautes étaient creusées en alvéoles dans le mur. L’homme ouvrit d’une main un des tiroirs où étaient rangé ses affaires personnelles, il en sortit une combinaison grise ornée de décorations noires, dessus était écrit son nom en lettres d’or « Robert Cellman ». Après s’être tranquillement changé, il repartit vers la salle des commandes où s’affairaient ses deux compagnons, ceux-ci le virent arriver comme un archange qui leur aurait rendu visite dans l’espace, Cellman transportait deux autres combinaisons sous son bras, il s’avança vers eux et plissa les sourcils.
« -Ca ne vous dérange pas d’être en caleçon ? »
Les deux, pris sur le fait, découvrirent avec un élan de lucidité peu commune qu’ils n’avaient même pas pris la peine de s’êtres changés. Ils prirent chacun leur combinaison respective et s’habillèrent rapidement, le premier à revenir était le plus jeune, son badge le nommait « Frank Morin », il se regarda brièvement dans une glace installée dans la salle de repos puis se tourna vers Cellman.
« -Commandant, vous savez où nous sommes ? »
C’était au tour de Cellman d’être surpris, il buvait tranquillement un café sur la table ronde qui marquait le centre de la pièce, il se retourna vers le jeune homme et pris un air intéressé.
«-Sûrement à quelques millions de kilomètres d’Astral II, c’était notre destination de départ. »
Le troisième homme arriva, celui-ci était plus frêle que les deux autres mais bien plus grand, son nom était, comme les deux autres, gravé sur sa poitrine, « Andy Fimn ».
« -Je n’ai pas encore vérifié notre position. Dit-il, l’air détendu »
Il se pencha vers la table et empoigna un biscuit qu’il croqua.
« -Il ne reste plus grand-chose à vérifier, après cela, j’irais voir le poste de pilotage
-Très bien ; Cellman se leva doucement ; Je suis encore un peu ankylosé mais je pourrais sûrement faire la sortie de vérification des réacteurs. -Comme tu veux ; Finit Morin. »
Cellman quitta la pièce pour se diriger vers la salle de cryogénisation, Morin s’assit à son tour et Andy continua à vérifier les tuyaux du couloir. C’était une atmosphère détendue, presque tranquille qui s’était installée depuis le réveil des trois hommes, comme si une présence humaine, ou tout simplement la vie, avait servit pour redonner de l’ambiance à l’Anakron. Morin écoutait dans sa couchette un vieux morceau de rock, ses doigts fins tapotant la rambarde en fer qui entourait son lit, les yeux mi-clos. Cellman se préparait déjà à faire sa première sortie dans l’espace, il s’étirait de long en large sous l’œil attentif de Fimn qui notait ses performances. Après une bonne heure d’entraînement, Cellman endossa la combinaison spatiale avant de se rendre dans le sas de dépressurisation. Morin ferma doucement l’écoutille derrière son compagnon et le regarda partir dans le cosmos, Fimn se tenait devant l’écran holographique qui affichait chaque données qu’enregistraient Cellman et sa combinaison, pour l’instant, tout semblait normal sur la paroi, bien que le vaisseau semblait très usé par le temps, mais les voyages dans l’espace étais parfois fatals pour les vaisseaux, certains ne faisaient qu’un seul voyage.
« -Ici tout est o.k. » Cellman posa sa main sur une barre de fer qui ressortait en relief de la coque, il accrocha son filin de sécurité dessus puis continua sa course, sa respiration était lente mais saccadée, il reçu plusieurs messages de Fimn lui demandant de se calmer un peu, mais les sorties dans l’hyperespace, même si elle sont nombreuses, ne se font jamais habituée par l’homme. Il continuait tant bien que mal à faire son inventaire, la paroi, les moteurs, les générateurs d’oxygène, tout paraissait normal.
C’est au moment où Cellman commençait à inspecter l’alimentation en carburant qu’il entendit Morin hurler un juron.
« -Que se passe-t-il ? Répondez nom de dieu ! »
Un court, mais qui semblait durer une éternité, silence s’abattit sur la connections radio, puis Cellman entendit avec un certain soulagement la voix gutturale de Fimn.
« -Robert, nous avons un problème.
-Quoi ?! Qu’est-ce que c’est que ce problème ?
-Retourne toi. »
Une sueur froide commençait doucement à perler sur le dos du commandant, que pouvait’ il lui arriver dans l’espace ? Un météore ? Une entité extraterrestre ? Il ne préférait pas savoir, ce qui est sûr, c’est que la voix apparemment calme de Fimn n’était pas un bon présage. Il se retourna, les mains moites dans sa combinaison pourtant froide.
Devant lui se trouvait ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer un seul instant dans sa vie, un mur, un gigantesque, inimaginable ment titanesque mur noir, opaque, totalement insondable. Il ne voyait plus les étoiles, les galaxies, ces masses brillantes qui scintillaient au loin, ces boules de gaz qu’il avait tellement explorées pendant sa vie, non, il n’y avait rien d’autre, que ce mur étrange, tellement grand qui semblait ne pas finir.
« -Mon dieu ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
-Je crois que face a cela, Dieu n’a plus grand-chose à faire.
-Mais où sont passées les étoiles ? La voix faussement calme de Cellman était trahie par son extrême angoisse.
-Elles sont derrière toi Robert. »
Cellman se retourna brusquement, le simple fait de savoir qu’il ne devenait pas fou, et que les étoiles étaient encore là le réconfortait étrangement, il nourrit ses yeux des galaxies et des nébuleuses un certain temps, mais Fimn le rappela presque tout de suite à l’ordre.
« -Robert ! Ton pouls est en train d’exploser, rentre dans le vaisseau ou tu vas faire une crise cardiaque ! »
Sous ces mots, l’homme se précipita vers le sas, déverrouillant tous les filins de protection, comme s’il était poursuivit par cette chose, ce grand amas noirâtre qui se tenait devant l’Anakron. Se ruant sur la porte, il ne prit même pas le temps d’ôter sa combinaison, il était déjà dans les bras de ses compagnons, le regard livide, ce qu’ils avaient vus dépassait la réalité, ce qu’ils avait vu, n’était pas possible.
Quelques minutes passèrent, atrocement longues, quelques minutes de réflexion, de réflexion sur soi-même, de philosophie sur l’univers, quelques minutes pour rien, quelques minutes pour faire le point sur leur situation. Mais le plus dur n’était pas encore arrivé, en effet, Fimn ramena une nouvelle accablante des données du poste de pilotage, leur trajectoire avait été déviée par une raison inconnue.
« -Comment cela se fait’ il ? Que le vaisseau a soudainement dévié de sa route ? »
Morin était allongé sur le canapé noir de la salle de détente, un verre d’alcool à la main, il faisant lentement tournoyer le liquide jaunâtre qui était à l’intérieur, son regard vide fixé dessus.
« -Je n’en ai aucune idée, en plus l’ordinateur est en panne, ou plutôt, ne veut plus afficher les données de voyage, j’ai bien peur qu’il n’ait rien enregistré. Dit Fimn, le regard tourné vers le mur à travers l’épais hublot.
-C’est peut-être la cause de l’erreur de trajet.
-Sûrement, ce qui est sûr c’est que nous ne sommes pas prés d’Astral II, et encore moins d’une colonie humaine. Soupira Cellman. »
Celui-ci s’affala sur une chaise et s’alluma une cigarette, il tourna son regard vers Morin, et s’aperçut que ce dernier le regardait avec étonnement.
« -Comment en est-tu sûr ?
-Regarde » Il alla chercher dans une armoire une petite plaque d’émission ronde qu’il posa au centre de la table, après avoir refermé le placard, il appuya sur un petit interrupteur bleu qui se trouvait sur la plaque. Celle-ci se mit à vibrer et trois projecteurs en sortirent, chacun éclairant le même endroit, à l’endroit précis où se coupaient les trois faisceaux se dessina une carte de la galaxie en trois dimension, celle-ci représentait toutes les colonies humaines connues à ce jour et une grande partie des étoiles de la Voie Lactée.
Cellman prit dans une des poches de sa combinaison une sorte de stylo qu’il pointa sur une étoile, celle-ci devint rouge vif.
« -Voila le soleil » Il pointa alors le bout fin de sa baguette sur une autre étoile encore plus à la périphérie de la galaxie.
« -Et voila Astral II »
De petits tirets holographiques se dessinèrent entre les deux étoiles, symbolisant le trajet que devaient normalement effectuer les astronautes.
« -Après avoir examiné les réserves de carburant j’ai découvert que les moteurs se sont arrêtés à peu prés au milieu du trajet que nous devions parcourir », une croix bleue se dessina au demi des tirets.
« -Mais nous avons déviés. Continua Morin
-Exactement, maintenant plusieurs choix s’offrent à nous, si nous avions déviés sur un petit angle, nous serions bien plus prés de la galaxie que maintenant, ce qui signifierai que nous avons pris une trajectoire presque perpendiculaire à celle établie au départ, cela fait donc croire ; Il poussa un long soupir ; Que nous sommes totalement sortis de la Voie Lactée, et vu le chemin que nous devions parcourir, en comptant la poussée et la vitesse prise depuis la sortie de l’attraction galactique, nous sommes à quelques millions d’années lumières de notre bonne vieille terre. »
Le silence revint dans la salle de détente, tout semblait atrocement irréel pour les trois hommes, il était presque impossible de distinguer au loin les bâillements sourds des appareils de pilotage, Cellman se rassit sur une chaise, laissa quelques instants flotter la carte galactique au milieu de la pièce avant de la faire, d’un seul geste du doigt, disparaître. Personne n’osait dire un seul mot, les idées se bousculaient et s’entrechoquaient dans le crâne des astronautes, des pensées furtives mais prenantes, comment allait-ils retourner chez eux ? Quel était donc ce grand mur insondable ? Pourquoi l’ordinateur avait-il si soudainement viré de bord n’enregistrant aucune information sur la mémoire centrale. Il ne restait plus grand-chose du moral au beau fixe des humains, rien d’autre qu’une certaine poésie de ces trois personnes perdues dans l’immensité de l’espace, là où personne n’était jamais allé, jusqu’au mur qui barrait la route aux galaxies. Morin était resté dans son canapé, semblant dormir les yeux ouverts, cela faisait des heures qu’il n’avait pas touché à son cocktail qui continuait à tournoyer sans cesse sur lui-même. Cellman vérifiait une énième fois ses calculs pendant que Fimn examinait les incubateurs, quelque chose là aussi, n’allait pas.
« -Les incubateurs sont morts »
Cette phrase survint au moment du déjeuner, le lendemain matin, personne n’avait fermé l’œil de la nuit, et surtout pas Fimn qui était resté dans la salle de cryogénisation à vérifier les cercueils. Morin avala maladroitement la moitié d’un morceau de viande avant de le recracher brusquement dans son assiette. Cellman quant à lui, était toujours plongé dans ses calculs, trois cartes holographiques tournoyaient autour de son bureau.
« -J’en étais sûr » Dit-il au bout d’un certain moment, après avoir vu la tête de Fimn, étonné par le peu de réactions de ses collègues.
« -Comment ça, tu en étais sûr ? Un rictus d’étonnement se dessina sur son visage, il caressa son crâne chauve et s’avança vers le hublot.
-Il est toujours là hein ? Le mur. Cellman avait levé la tête, il regardait Fimn, les mains posées sur le rebord, dévisageant l’espace.
-Oui, il est toujours là. »
Morin semblait ne plus vouloir écouter leur conversation, il s’empressa de quitter les lieux vers une autre salle, refermant l’écoutille du sas derrière lui.
« -Il a raison, la vérité est parfois trop dure à affronter. Dit Fimn, après quelques secondes de silence.
-Que s’est-il passé dans la salle de cryo ?
-Apparemment l’ordinateur a commandé aux incubateurs de nous réveiller et de se mettre totalement hors service après que nous soyons sortis.
-Tu penses que c’est un virus ? »
La conversation était calme, reposée même, même l’air de rock qui venait directement de la pièce d’à côté donnait une petite intonation poétique à la scène.
« -C’est plus que probable, un virus information attrapé dans le centre de contrôle de la Terre, mais maintenant nous sommes trop loin de tout pour le savoir.
-Combien de temps crois-tu que nous avons voyagés ? »
Fimn fit une dizaine de pas vers le canapé noir et s’y allongea, les bras croisés.
« -Quelques millions d’années tout au plus, ce qui est sûr, c’est que nous ne pourrons jamais revenir sur la terre, avec nos cryogénisateurs morts et l’espace temporel tellement important qui nous sépare du système solaire, tout ceci me parait fort impossible. »
Les deux hommes restèrent pensifs, Cellman se grattait tranquillement son bouc noir pendant qu’il traçait grossièrement les trajets possibles de l’Anakron. Fimn se leva alors d’un bond, comme si soudainement, il avait entendu quelque chose d’étrange.
«-Qui a t'il ? Demanda Robert, intrigué.
-Ecoute.
-Je n’entends rien ?!
-C’est justement cela qui m’inquiète, la musique, elle s’est arrêtée. »
Fimn se rua sur la porte ronde du sas, il ouvrit avec force l’écoutille et s’engouffra dans le couloir cylindrique qui reliait la salle de repos au centre de contrôle. Leurs bruits de pas saccadés résonnèrent dans tout le vaisseau. Arrivés à la salle des commandes, comme ils le redoutaient, Morin n’était plus là.
« -Ah le con ! S’exclama Cellman, regardant partout »
Il eu juste le temps de se retourner pour voir son ami se précipiter vers le sas de dépressurisation. Celui de dehors était ouvert sur l’immensité des galaxies. Et au milieu de celles-ci, perdu dans la mort, se trouvait le corps inanimé de Morin, qui dérivait dans l’espace.
Affronter la réalité est parfois dure, et parfois impossible. C’est ce que Fimn et Cellman pensaient maintenant, bien que tragique, la disparition de Morin ne les affectait pas plus, car ce n’était qu’une vue brève de leur destin. Rien ici, entre le mur et la Voie Lactée, ne pouvait plus les sauver. Pourquoi l’ordinateur les avais t’ils réveillés ? Pourquoi ne les aurais t’il pas laissés s’écraser tranquillement contre la paroi opaque qui se dressait devant eux ? Ou tout simplement, pourquoi avaient’ils changés de trajectoire ?
« -Tant de questions, et si peu de réponses » Ne cessait de répéter Cellman, allongé sur sa couche, il regardait de loin Fimn s’affairer dans le vaisseau, essayant désespérément de comprendre ce qui les avait mené là, même si ils devaient mourir, autant que ce soit en sachant pourquoi. Plusieurs jours passèrent, chacun de son côté les deux hommes faisaient un peu de mécanique, d’informatique ou de philosophie autour d’un bon steak. Ils parlaient femmes, nourriture et loisirs, ce qui, sur Terre, devait être maintenant oublié dans les limbes du temps. Ils se demandaient parfois si les humains avaient disparus, quelle race avait pris leur place, ce qu’il était advenu de leur famille. Se posant des questions à eux même, « Qu’est-ce que cela te fait d’être le dernier représentant de ta race ? », une question difficile à élucider, surtout dans un esprit aussi embrouillé que celui de Cellman. Ne pouvant répondre, il préférait garder le silence sur son esprit, juste pour reprendre sa conversation un peu plus tard. C’est le lendemain que, après avoir brièvement déjeunés, les deux astronautes commencèrent à sentir sur leur tête le poids du temps, ayant épuisés tous leurs sujets de conversation, il ne leur restait plus rien à faire dans l’Anakron. C’est justement ce jour ci que Fimn entra en trombe dans la salle de détente où était tranquillement installé Robert, celui-ci sursauta à l’arrivée de son compagnon puis posa le livre qu’il lisait sur la table ronde.
« -Je sais ce qu’est vraiment le mur ! » S’exclama Andy, une pointe d’excitation scientifique dans sa voix. Cellman fut surpris par les propos de son ami, en effet, ils n’avaient plus parlés du mur depuis le suicide de Morin, l’ayant chassé de leurs pensées pour ne plus que se fixer sur leur propre sort. Cellman dévisagea l’autre homme puis balbutia : «-Alors ? Qu’est-ce donc ce mur ? »
Il s’attendait à ce que la réponse soit lente, Fimn essayait apparemment de trouver les mots justes, il se tourna vers le hublot puis son visage se voila.
« -Ce mur…C’est la fin de l’univers »
Ce n’était pas souvent qu’un homme entendait une vérité si forte que cela pouvait le renverser à terre. Mais Cellman était resté étrangement neutre à ceci, pas parce que cette nouvelle ne l’intéressait pas, mais surtout pour le fait qu’ils n’étais que deux à savoir maintenant ce qu’était vraiment cette masse glaciale loin des galaxies. En effet, le mur ne séparait pas les immensités galactiques, ce qui portait à croire qu’il était en quelque sorte une limite, mais aller jusqu’à penser qu’il était la fin de cette chose si étrange qu’est l’Univers. C’était assez invraisemblable, et pourtant, les calculs de Fimn s’avéraient exacts, il rédigea grossièrement un rapport sur la position des galaxies face au mur sur l’ordinateur du tableau de bord. Cellman, perdu dans ses pensées, examinait l’espace depuis sa petite lucarne, en effet, les galaxies étaient en quelque sorte « Rassemblées » loin du mur.
« -Crois-tu que les scientifiques avaient raison, que l’univers n’est pas infini ? Dit-il, après s’être assis prés de son ami.
-Je le crois volontiers, après ce que nous avons découverts, cela ne peut être que vrai, le mur est bien la fin de notre Univers, ce qui confirment certaines théories.
-Cela voudrait dire qu’il est sphérique.
-Tout à fait, une enveloppe noir sphérique qui entoure toutes les galaxies, retranchées au centre.
-Incroyable, mais tellement réel. » Cellman n’avait cessé de philosopher depuis sa découverte du mur, ce mur opaque qui apportait plus de questions qu’il ne donnait de réponses.
Fimn se leva puis s’approcha des écrans holographiques de l’ordinateur central, il réessaya une énième fois à faire lire à l’Anakron la base de données, mais le message d’erreur s’affichait encore et toujours, luisant.
« -Pourtant il a été prouvé que les galaxies s’éloignaient de plus en plus chaque secondes.
-Cela voudrait dire ; Robert se leva à son tour, agitant les bras ; Qu’elles toucheront un jour le mur.
-Ou peut-être s’arrêteront t’elles avant, elles repartiront alors dans l’autre sens pour commencer le « big grunch » comme disaient les astronomes.
-Et si le mur s’agrandissait aussi ?
-C’est tout à fait possible, mais si il s’agrandit, c’est qu’il y a obligatoirement quelque chose après. »
Le silence se fit, les deux hommes pensaient, ils n’avaient à priori rien d’autre à faire. Cellman lança un rapide coup d’œil vers l’extérieur, Fimn fit la même chose presque en même temps.
« -La seule chose à faire, est d’aller vérifier. Dit ce dernier, son nez pointu collé contre la paroi.
-La seule chose à faire Fimn, c’est de découvrir la vérité avant de mourir. »
L’horloge marquait 6h 25, c’était le matin, bien que là où ils étaient, il n’y avait ni jour ni nuit, juste le noir incommensurable, les ténèbres pétrifiantes et glacées de l’univers, pleines de mystères pour l’homme. Les moteurs de l’Anakron s’allumèrent un par un, puis ce fut le tour des réacteurs, une lueur bleutée se dégagea des écoutilles avant de devenir aussi blanche et incandescente qu’une jeune étoile. Un silence sans fin, digne héritier de l’immense cosmos qui n’avait pas accepté l’air, balayait de plein fouet les ondes sonores provoquées par la mise en marche du vaisseau. Celui-ci s’avançait, point lumineux, boite de fer face au plus grand mystère de tout l’univers, le mur de la limite.
Cellman était aux commandes, sa combinaison d’astronaute sur le dos, il ne fallait pas prendre de risques inutiles, Andy était assis à côté de lui, pressant quelques boutons lumineux, il commentait quelque peu la trajectoire à suivre et l’état du vaisseau. Bien que celui-ci ait traversé l’espace des milliers, peut-être même des millions d’années durant, rien ne l’avait apparemment endommagé, ce qui était explicable par leur éloignement de la Voie Lactée, donc d’un éventuel danger pour l’appareil.
« 2000 mètres » Murmura Fimn, le regard vissé sur un écran holographique, la lumière verdâtre qui s’en échappait se reflétait nettement sur son visage en sueur. Le vaisseau avançait tranquillement vers le mur, la petite masse d’acier, pendue au milieu du vide qui n’était maintenant pour les deux Astronautes, non infini. Un point lumineux se dirigeant inexorablement vers les ténèbres.
« -1500 mètres, nous y sommes presque Robert » Un sourire se dessina sur le visage maintenant trempé d’Andy, ils allaient enfin savoir.
« -Tu as peur ? Dit Cellman, les mains crispées sur le manche de pilotage.
-Non, je suis juste excité, mon tempérament scientifique sûrement, 1000 mètres. »
Le mur se rapprochait, toujours invisible, mais ils savaient qu’il était là, ils s’avaient que cette chose palpable, matérielle, et non utopique, ils savaient qu’ils étaient là où personne n’était jamais allé et que, même si ils n’en reviendront pas, ils sauront.
«-500 mètres, on s’approches, commence la manoeuvre
-C’est partit ! »
Les réacteurs se mirent à frémir, la lumière, auparavant éblouissante, devint plus pâle, moins forte.
« 300 mètres, baisse encore »
La lumière perdait progressivement de l’intensité, les traits bleutés recommencèrent à êtres visibles sur les bords des réacteurs.
« 100 mètres, arrête »
Ce fut un dernier soupir d’énergie qui ébranla les flammes bleues, puis, plus rien, les moteurs s’étais arrêtés de frémir, le vaisseau continuait à avancer, poussé par sa vitesse.
« -50 mètres, nous y sommes presque.
-Je ne vois toujours rien. Murmura Cellman, comme si il ne voulait en aucun cas être repéré.
-20 mètres…
-Toujours rien.
-10 mètres.
-Oh mon dieu ! »
Devant eux se dévoilait un spectacle angoissant, les ténèbres n’étaient pas immobiles, elles bougeaient, la paroi n’était pas lisse et plate, mais en constant mouvement, des millions, des milliards, peut-être même à l’infini de vagues et de plis qui se croisaient, s’entrechoquaient puis se rapetissaient. Comme un immense océan d’une matière noire, visqueuse. Fimn aurait voulu dire quelque chose, mais les mots mourraient sur ses lèvres, il était autant absorbé que lui par ce spectacle magistralement beau.
L’Anakron s’était enfin arrêté, à seulement quelques mètres de la paroi mouvante du mur de la limite. Sa carcasse de métal semblait totalement étrangère aux formes arrondies et allongées qui se formaient devant son nez, comme des spectres d’ébène qui se tortillaient en tous sens.
« C’est incroyable ! » Arriva à s’exclamer Robert, les yeux écarquillés, ses mains moites n’osaient plus rien toucher, il enleva ses doigts un par un du manche et les posa sur ses genoux.
« -On y va ? Susurra Andy, ne clignant même pas des yeux.
-Oui »
Ce fut au tour des petits réacteurs latéraux de se mettre en marche, les lumières blanches et chaudes apparurent rapidement, le vaisseau avançait, doucement, centimètres par centimètres, se rapprochant de plus en plus de la mer démontée. Aucun des deux hommes ne pouvait prévoir ce qu’il allait se passer, si ils allaient traverser quelque chose, sil ils allaient mourir étouffés dans cette gelée morbide, ou si ils cogneraient dans le mur, tout simplement. Quelques centimètres les séparaient de la paroi, la tension avait atteint depuis longtemps son paroxysme, les deux astronautes, les mains moites, le visage déformé par un rictus de peur et d’excitation.
Deux centimètres
Les vagues commencèrent à s’accrocher au vaisseau, comme les tentacules d’un monstre immense et sphérique qui avaient trouvées une nouvelle proie.
Un centimètre.
Les bras opaques et visqueux engloutirent l’avant de l’appareil, puis ce fut le début du poste de pilotage, bientôt, Cellman et Fimn allaient passer le mur, ils allaient sortir de l’univers.
Tout devint alors noir, Fimn criait, Cellman faisait de même, ils hurlaient ensemble, quelque chose les attrapais, et les emmenais dans les enfers, dans les ténèbres du mur. Ces tentacules démoniaques avaient enveloppées leur corps, puis le vaisseau tout entier, tout avait disparu dans l’océan noir. Des minutes passèrent, plus intenses et longues qu’une vie, rien ne pouvait être comparé à cet instant des plus étranges. Cellman était allongé sur le sol, le regard vitreux, mais il pouvait voir, tout était sombre, il ne discernait que la forme grossièrement floue de son ami, celle-ci se trouvait juste à côté de lui, allongée aussi. Robert n’arrivait plus à se relever, comme si son corps entier ne répondait plus, en revanche, Fimn l’avait fait, se tenant la tête, il se mit debout au milieu de l’immensité noire où les deux astronautes s’étais retrouvés. Il marchait, titubait puis retombait sur le sol, toujours les mains sur les oreilles, comme pour se protéger d’un quelconque son dérangeant. Il se releva alors d’un coup, puis commença à marcher, s’éloignant de plus en plus, Cellman essayait de crier, mais aucun mot ne sortait de sa bouche, tout n’était que silence, froidure.
C’est à ce moment précis, quand il essayait de communiquer avec Andy, que celui-ci écarta d’un seul coup les bras, un hurlement terrible arriva aux oreilles de Cellman, il venait d’arriver quelque chose à Fimn, il hurlait, la tête en arrière, avant de retomber sur le sol, comme touché par une balle dans le dos, inerte. Le noir disparut, Cellman se réveilla tant bien que mal, il était encore allongé par terre mais cette fois-ci, sur un sol matériel, celui de l’Anakron. Il pouvait encore entendre les sifflements aigus de l’ordinateur central, le souffle des plaques d’émission caresser son visage, oui, il était bien dans son vaisseau. Il se releva, la tête totalement embrouillée, il n’arrivait même pas à savoir ce qu’il faisait là, il ne se rappelle que de…
Il cracha soudainement un hurlement de terreur, à côté de lui se trouvait le cadavre pâle de Fimn, dans l’exacte position où il était tombé dans ce soi-disant rêve. Robert se précipita sur le corps de son ami, mis son doigt sur sa nuque, essayant désespérément de sentir un quelconque pouls. Mais rien ne venait, Fimn était bel et bien mort, comment ? Ca personne ne le saura.
L’astronaute regarda autour de lui, les volets des hublots et de la baie vitrée étaient fermés, il ne savait pas pourquoi, mais il s’en fichait, impossible pour l’instant de voir à l’extérieur, il déplaça le corps de Fimn dans l’une des couchettes et posa sur lui sa feuille de calculs où il avait prouvé la fin de l’univers. Enlevant sa combinaison, Cellman passa un rapide coup d’œil sur les écrans d’ordinateur, mais rien ne s’affichait, même plus l’heure. L’Anakron n’était apparemment pas en mouvement, se serait-il arrêté dans le temps ? Serait-il passé dans un autre univers ?
Robert avait arrêté de se poser des questions, ce qu’il voulait maintenant, c’était des réponses.
C’est alors qu’il entendit prés du tableau de bord un « bip » accompagné d’une lumière verte, celui-ci venait de la plaque d’émission affichant la mémoire de l’ordinateur central.
Cellman, intrigué, appuya sur le petit bouton bleu qui servait à l’allumage de la plaque, il s’assit sur un siège et regarda l’écran holographique se dessiner, dessus était marqué tout l’historique du vaisseau depuis le départ, et surtout, la cause du détournement de l’Anakron :
« Message étranger intercepté, détournement de l’Anakron par virus informatique étranger »
Ne voulant en entendre d’avantage, Robert Cellman, sûrement le dernier humain de l’univers et, ironiquement, celui qui découvrit la vérité, éteignit l’écran, et ouvrit les volets.

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Sarah FLIX

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