Puis
après, tu sais c'que je
lui ai dit ? " Paysanne
toi-même,
imbécile ! Tu sais
même pas t'farder les
yeux. " Dis donc, t'as pas vu
ses yeux hein ? Aie, mon
sucre, grande perte ! J'suis
très triste pour
vous... Eh bien, ces cartes de
jeux m'énervent ! Et
moi qui allais faire de la
divination avec, tu parles !
J'ouvre, j'rouvre et puis
ça bloque quelque part.
As de coeur ou quoi, se cache
sauf pour m'embêter. Aie
! Mince ! Avec ces bigoudis
qui commencent à me
faire mal ! Attends, j'en
enlève deux, ça
me tranquilisera... Hi !
Puisqu'elle m'humilie, si elle
savait quelque chose au moins
! Faut pas croire, hein, c'est
d'la chance qu'elle a ! Je te
jure qu'elle a aucune
beauté. Avec tes habits
de femme de ménage,
t'es plus belle
qu'elle.
Voilà,
prends la poussière des
canapés maintenant. Pas
avec le détergent, avec
l'alcool, d'accord ? Y'a de
l'alcool et du coton dans le
tiroir d'en bas. Aa ! Attends
que je te l'donne moi -
même. Je suis une femme
qui aime le travail bien fait,
mon sucre. J'aime pas que ma
femme de ménage touche
à toutes mes affaires.
Aie ! Mince ! Ces souliers
m'font mal aux pieds. C'est
comme si, à chaque
fois, je vais tomber. J'ai des
amis et des ennemies, ils
diront que j'sais pas marcher
avec des chaussures à
hauts talons.
Attends
voir, voilà nettoie
avec ça. Tu sais
comment se farde-t-elle ? Tout
foncé, comme ça.
Et sur ses cils alors, du
mascara, mais un de ces
mascaras ! Je l'prendrai
même pas en main. Du
violet. On dit que le violet
ne va pas aux blondes. C'est
pour ça que j'utilise
du mascara couleur melon.
Melon foncé...
Attention, n'appuie pas trop,
n'abîme pas le
canapé veux-tu ?...
Alors j'y suis allée,
la brune gringalette
était là. Tu
sais, elle ne m'aime pas cette
chétive, elle me
regarde de travers comme si je
suis sa rivale. Elle boude
toujours, elle fait tout pour
me faire savoir qu'elle me
déteste. Ce jour -
là, c'était la
même chose. A peine
qu'elle m'a vue, elle a
commencé à
bouder. Cette carcasse se
croit belle ! Elle l'est
même pas. Ecoute, si le
clou était beau, les
quincailleries seraient
pleines de belles femmes...
Elle a une taille à
voir ! On dirait plutôt
un peuplier ! Puis
après, son nez, j'crois
pas, c'est le sien. Sur cette
grande gueule d'assiette, un
tout petit nez ! Quoique tu
dises, c'est pas le sien !
J'te jure que si ce nez lui
appartient, je couperais le
mien, j'le hacerais et j'le
donnerais aux chiens
et...
Aie
! qu'est-ce que tu fais ? J'ai
donné cent cinquante
livres à ce coton.
Attends voir ! Donne-moi le
paquet. Prends, ça te
suffira. Te vexe pas, mais
vous les femmes de
ménage, je sais pas
pourquoi, vous êtes
gaspillardes. Vous essayez de
ruiner les gens. Gaspiller les
choses, abîmer les
meubles en leur ôtant
leur vernis... Hier j'ai
appelé quelqu'une pour
la lessive. Le baril de...
truc. Aie ! Qu'est - ce qu'on
disait ? Tu vois, j'ai de
nouveau oublié. A force
de ne pas travailler on
oublie. Ah oui, en parlant de
travailer... La semaine
prochaine ça fera deux
ans que je vis avec un seul
rein. Au fait, pourquoi est -
ce que tu travailles toi ?
C'est si bien de ne plus
sentir l'haleine des autres.
C'est triste, ton mari s'est
tiré et ça faix
six ans qu'il ne vous cherche
plus... Et puis après,
t'as quatre enfants. A ta
place, j'resterai même
pas un jour de plus... Regarde
moi, je vis si bien. Je
remercie le bon Dieu de cette
annonce dans le journal... En
quelques mois ma vie a
changé. Et puis si l'on
vivait sans rein, je vendrais
aussi le second. Mais on m'a
dit que c'est impossible. J'ai
demandé, tu sais. Rien
que pour ça, j'suis
allée rendre visite au
professeur. Ah ! Bien
sûr que j'y suis
allée ! J'allais quand
même pas le demander aux
nettoyeurs de l'hôpital,
non ? Ces gens - là,
même s'ils le savent,
ils ne diront jamais la
vérité, je te le
jure qu'ils sont comme
ça ! Ils sont jaloux
quoi. Alors j'suis
allée directement voir
le professeur. Il m'a dit : "
Mon enfant, t'es folle ? "
Non, pourquoi est-ce que
j's'rais folle ? Oui, c'est
vrai à un moment de ma
vie, je devenais folle.
Pauvreté, misère
!... Mais maintenant j'vais
très bien. Dieu merci,
j'ai tout c'que je veux. On
peut louer un apart, on a une
voiture même si elle
n'est pas neuve. Regarde, j'ai
de si beaux meubles ! J'ai un
service en argent. Tu sais,
j'adore les services en
argent. Je s'rais folle si je
n'avais pas de
télé couleur. Et
puis j'ai une femme de
ménage qui vient tous
les trois
jours...
Excuse,
tu me demandes si j'ai vendu
mon rein hein ? J'ai bien
entendu n'est - ce pas, tu me
le demandes ? Bien sûr
ma chère, je ne mens
pas. Non, c'est pas à
cause de pauvreté !...
Ibrahim et moi, on travaillait
tous les deux. Mais en ce
temps - là on
n'était pas encore
mariés. Coquin
d'Ibrahim, il retardait
toujours la date du mariage.
Parfois il disait qu'il
n'avait pas le temps, parfois
il prétendait qu'il
avait besoin de temps pour
avoir l'accord de son
père. Puis après
avoir vu le fric, il a
oublié tout... Il est
peut - être con,
imbécile... mais au
fond Ibrahim, est un bon
garçon, tu sais. Il dit
qu'on allait de toute
façon se marier
même sans ces trois
millions. Mais il me faisait
languir. Eh bien, il est beau
gars. Moi aussi à sa
place, je ferais la même
chose... Hier, je lui ai dit :
" Tu m'aimes pas, t'aimes mon
fric... " Tu sais c'qu'il m'a
dit : " Penses ce que tu veux,
femme ! " Je me suis
redressée comme
ça, j'ai aggravé
ma voix : " De toute
façon j'le savais ", ai
- je dis. " Je fais tout pour
te plaire, mon maquillage, mes
bijoux... Tu ne lèves
même pas la tête
pour me regarder. Salaud va,
tu me trompes voilà ! "
Tout d'un coup, tout feu tout
flamme : " Tu sais, moi,
j'm'en fiche Vesilé. Si
tu veux, on peut tout de suite
divorcer. " Alors il a pris sa
veste qui était sur le
canapé, et il se
préparait à
sortir. Mais j'ai eu une de
ces peurs ! " Aie, qu'est - ce
que t'as fait Vesile ! " me
suis - je dit et j'ai couru
vers lui en hurlant : " Non,
mais non, voyons ! Non, mon
Ibrahim, mon beau, mon
diamant, ne pars surtout pas,
d'accord ? J'te crois bien
sûr, tu m'aimes pour
moi. Pas pour mon
fric..."
Aie
! Heu... soeurette, regarde
voir... Qu'est-ce qu'on dit
aux femmes de ménage...
Attends voir... Comment
qu'elle appelait, Mme Fikret ?
Aie, j'me souviens plus...
Bon, ça fait rien. Je
lui demanderai la prochaine
fois que j'la verrai. Attends
que j'attache cette ficelle
à mon doigt. Ça
s'ra un signe... Comme
ça je n'oublierai pas.
Faut pas que je l'oublie,
c'est important
!
Aie
! Heu... soeurette ! Vous
êtes surprise parce que
j'ai vendu mon rein, n'est -
ce pas ? Tout l'monde est
comme toi. Ceux qui
l'apprennent me regardent
bizarrement. Ils me demandent
si j'étais malade. Avec
quoi j'aurai acheté la
voiture, la télé
couleur et le service en
argent si j'étais
malade. J'ai payé, en
tout, cinquante milles livres
pour ce service. C'est de
l'argent plaqué
allemand. C'est pour ça
qu'c'est pas cher. Et alors ?
L'argent ? L'argent allemand
c'est mieux. Quand
t'achètes un rouge
à lèvres tu veux
qu'il soit made in Europe...
Aie, en parlant de femme de
ménage... Si j'avais
plus de fric, je prendrais une
bonne. Tu sais, ces bonnes
avec leur coiffe blanche sur
leur tête, leur tablier
en dantelle. Mais pas grosse
et lourde, tu sais. Une petite
demoiselle. J'l'ai dit
à Ibrahim : " Vends,
toi aussi, ton rein pour qu'on
prenne une bonne. On mettra le
fric à la banque et tu
travailleras plus. Quoi
travailler ? " Mais il veut
pas l'salaud. Je te l'ai
déjà dit, c'est
pas moi qu'il aime, c'est mon
fric. Et quand j'le lui dis,
il engueule... Aie ! Y'a un
problème avec les
bonnes, tu sais... Ces bonnes,
elles truquent les gens.
Qu'est-ce qu'on disait ?
Voilà, les chtarqueurs
! C'est comme ça qu'on
les appelle les voleurs, n'est
- ce pas ? Eh bien, c'est pas
la honte de n'pas savoir hein
? j'apprendrai. Tout le monde
n'apprend pas dans l'ventre de
sa mère, non ? J'ai
à peine vingt six
ans...
Ah
oui, il faut que je travaille
à mes devoirs. Aie !
Heu... soeurette !... Vous
pouvez m'donner c'livre jaune
? Que je travaille un peu.
Ça fait deux jours que
j'ai pas touché aux
livres. On dit que je dois
lire cinq, six pages par
jour... Comme ça on ne
devient plus inculte. Et
même on devient
intellectuel dans le temps.
Dans quelques mois par
exemple. Non, pas
celui-là... Ça,
c'est l'encyclopédie ou
quoi... C'est seulement pour
la décoration. Elle
reste à sa place. Non !
Celui - là non plus !
L'autre, s'il te plaît.
Oui, celui - là,
l'été dernier je
l'ai emmené en vacance,
j'l'ai lu six fois. Les - bon
- nes - ma - ni -
ères... Oui, oui,
c'était
celui-là. Dans certains
bouquins, y'a de vieux mots et
je ne comprends rien du tout.
Mais celui - là, il est
très beau, tu sais.
Quand je l'aurai
terminé, je t'le
donnerais, tu veux ? Aie !
Heu... soeurette, je vous
parle... Vous voulez que j'te
donne ce livre ? Bonne, comme
vous voulez ! Mais vous savez,
il est très beau !
Ça coule comme de
l'eau, ça se lit
très facile... Aie !
A-a-aie ! Qu'est - ce que
t'fais ? Touche pas ! Surtout
n'essaie pas de toucher !
Qu'est - ce qu'elles trouvent
ces femmes de ménage,
je m'le demande. Elles ne
pensent qu'aux services en
argent. Aie ! Heu !...
soeurette ! Ecoute c'que
j'vais dire, laisse de
côté le service
en argent, veux - tu mon chou.
J'les nettoierai moi -
même plus tard. Vous,
prenez la poussière des
tableaux, ça suffira...
parce qu'ils ont leurs propres
détergents. Je l'dirai
à Ibrahim, il en
achetera... Tu sais, il est un
peu bébête, mais
c'est un bon garçon,
mon mari. Quoi que j'lui dise,
il achète. En fait, il
garde un peu de fric pour lui
même, mais ça ne
fait rien. Je lui dis : "
Ecoute Ibrahim, j'te jure
devant le bon Dieu que j'vais
pas crier. Mais tu vas pas me
mentir, d'accord ? A combien
t'as acheté ce sac ? "
Il replique vite : " Mais, je
te l'ai déjà
dit, Vesilé, cinq
milles ! Tu ne comprends donc
pas ? Tout juste cinq milles !
"
Cinq
milles ! Il ne sait que de
dire ça ! Et en plus,
il parle en criant, tu sais.
En effet, j'sais c'que je
devrais lui dire, mais je me
suis retenue. Eh bien,
dès que j'lui crie
dessus, il s'énerve et
se prépare à
partir... Cinq milles,
ça se voit plus. Dans
l'atelier d'épices,
j'ai... Aie ! J'ai encore dit
l'atelier... C'est comme si on
travaillait dans un endroit
qui n'est pas important. Mais
c'tait quand même une
fabrique l'endroit où
j' travaillais il y a deux
ans. Y avait tout juste six
filles. Y avait le chef
Suleyman et Fahrettin, le
débile. Aie ! Il ne
faisait que d'pincer les
jambes des filles,
imbécile !... Puis le
comptable... Mais lui, y a
rien à dire.
C'était un beau
garçon. Comme un acteur
! Ibrahim ne vaut pas sa
moitié... Sa taille, sa
carrure, ses yeux, son nez en
l'air, sa moustache... J'en
avais l'eau à la bouche
quand je le voyais et il ne
relevait même pas la
tête. Bête va !
Gueule de singe ! Canard !
Pour qui il se prend, hein
!... Un homme n'doit pas
être autant dans les
nuages. Il pourrait au moins
regarder autour de lui. Qu'il
aille au moins au ciné,
dans un parc pour manger une
glace ou quelque chose comme
ça... Passer dans le
quartier main dans la main,
sauf pour crâner. Tu
parles, rien de tout ça
! Essaie de penser un peu, que
j'économise autant, que
j'passe au magasin pour
acheter les plus belles jupes
à plis, les T-shirts...
que j'donne plein d'fric aux
crêmes et aux poudres et
que lui, il me regarde
même pas !... Ça
m'énerve encore. Je lui
casserai la tête si je
l'attrape. Mais avant tout
j'ai un compte à
règler à
Sabriyé. Qu'on
m'appelle plus Vesilé,
si j'lui fais pas payer
à cette salaupe ! Elle
va voir c'que ça veut
dire se foutre de ma gueule.
Elle m'a fait ressembler
à une fille des rues
avec le maquillage tout
foncé qu'elle m'a fait
!... Puis après elle a
capturé l'mec. Quand
j'lui dit, elle rougit... Mais
elle se sent pas visée.
Ce qui me parait, il habitait
près d'chez elle,
parfois ils venaient au boulot
ensemble. Mensonges ! Elle
prenait le mec chez elle.
Gueule de singe, salaupe, si
tu l'prenais pas dans ton lit,
d'où venait les bleus
sur ta gorge ? Et cette gueule
de singe de comptable alors
!... J'lui tournais autour et
il mordait le cou de cette
salaupe de Sabriyé...
Aie ! Laisse tomber ! Laisse
maintenant !... Quand j'y
pense je m'énerve, je
deviens moche. Alors que c'est
jour de fête aujour'hui.
Je dois prendre soin de ma
beauté et de ma
fraîcheur. Il se peut
que j'aie des invités.
Je voudrais pas qu'on me voit
toute moche. Eh bien,
qu'est-ce que je disais ?...
Ah oui, le comptable ! A part
ce con, y'avait un boiteux. A
midi, il nous apportait notre
repas, il nettoyait... Aie, le
truc de cet homme...
C'était un festival ma
foi ! On était mort de
rire. Il avait une grosseur
devant, tu sais. Nous six
filles, ça nous
inquiétait. Un si gros
sex, c'est pas possible...
D'un côté on
voulait savoir, d'un autre
côté on avait
peur. Y avait une fille,
Sukriyé. Un jour, elle
a dit qu'elle allait voir le
truc de cet homme. Nous les
autres, on a protesté.
Elle nous a dit : " Vous en
faites pas ! ". Sukriyé
était un peu trop
drôle, tu sais, un peu
frivole... Nous, on croyait
qu'elle allait le provoquer
et... On avait peur pour elle.
Les jours ont passé,
puis à la fin, elle est
venue en courant, toute
essoufflée : " Courez
vite, filles, allez
dépêchez-vous ! "
On a couru, et qu'est-ce qu'on
a vu ! Tu sais, on avait
enlevé nos chaussures
et on a couru aux toilettes...
Aie !Aie !Aie ! Et dire que
son truc était aussi
petit qu'un petit doigt... Tu
sais c'qui l'agrossissait : un
kyste ou quoi ! Enfin,
voilà tout ! Chaque
fois qu'on en parle, je
m'souviens de cette
histoire... Ouai, ouai,
c'était pas un endroit
aussi petit que ça. Y
avait neuf ou dix personnes.
C'était pas un petit
atelier.
Enfin
quand j'travaillais dans cette
fabrique j'ai acheté un
sac à cent cinquante
livres. Il était si
beau ! Il avait une grosse
broche dessus, comme
ça. Il brillait de tous
ses feux... Ce con d'Ibrahim
veut m'faire avaler que ce sac
vaut cinq milles. Tu crois que
j'vais avaler ça ! J'ai
gagné ce fric avec mon
rein. Il dit que c'est du
cuir. Et alors ? C'est pas une
raison pour acheter un tout
p'tit sac à ce prix
là. En plus, il a pas
d'broche... Aie ! Touche pas
à la tapisserie. J'ai
payé tout juste dix
milles livres à ces
papiers peints. Ils ont des
défauts, c'est pour
ça qu'ils sont pas
chers : Si c'était
Ibrahim qui l'avait
acheté, eh bien, pas
moins vingt cinq ou trente
milles ; la moitié dans
la poche bien sûr... Ne
touche plus à la
tapisserie d'accord,
chérie ? Ils
salissent... Te vèxe
pas mais je connais les femmes
de ménage... Je
crève de fatigue en
essayant de protéger la
tapisserie, le service en
argent, les fauteuils. Vous
n'êtes pas
attentionnées. C'est
pour ça que je prendrai
la poussière moi
-même. En fait, la tache
là - bas n'est pas
aussi voyante que ça.
C'est Ibrahim qui les a
sorties une fois, et c'est
resté comme ça.
J'ai pas pu nettoyer. Aie !
Qu'est-ce que tu veux, j'ai
pas pu hein... Tu sais, j'ai
oublié de faire le
ménage. De toute
façon j'ai même
pas le temps. Coiffeur,
manicure, teinture de cheveux,
maquillage... Lire les
journaux jusqu'au soir, les
magazines pour savoir quelles
actrices s'habillent comme
ça, comment elles ont
décoré leur
maison. Les quelles ont de
beaux amoureux... Les quels
acteurs sont plus beaux
qu'Ibrahim ?...
Puis travailler à mes devoirs... Aie, en parlant de faire les devoirs... Ce livre sert beaucoup. Quand t'es coincée dans un domaine, tu l'regardes. L'autre jour on avait un invité, un des copains de mon mari irait nous visiter... On a pensé toute une soirée ensemble. Que lui servir ? " Wisky " a dit Ibrahim. J'ai un peu refléchi... Bien sûr que je vais réfléchir ! J'vais pas accepter tout c'qu'il dit, non ?... Après il va dire que j'comprends rien à rien. Il pensera que j'ai pas de caractère. Il pensera qu'il pourra me diriger comme il veut. Il ne me demandera même plus mon avis. C'est pour ça que je reflèchis à tout ce qu'il dit. Tu sais c'qu'il s'est passé l'autre jour ? Assise dans un coin, je me repoudais, et d'un côté j'écoutais de la musique. Bien sûr que je l'écouterai. On dit que la musique alimente l'âme. Je l'écoute et j'alimente mon âme. Absorbée dans la musique, moi, et ce con vient m' demander son foulard. Eh bien, j'ai pas bougé d'ma place. J'ai fait comme si j'avais pas entendu. J'ai remis mon rouge à lèvres à sa place. J'ai pris le crayon pour mes yeux... Et celui - là est allé fermer la cassette... J'ai tourné la tête comme ça, j'ai vu qu'il me regarde avec des étincelles dans les yeux. " Je te parle ! Au lieu de te regarder dans le miroir, regarde un peu autour de toi ! Je te demande où se trouve mon foulard... " Il me dit ça, comme s'il faisait la bagarre au ciné... " Eee ! Qu'est-ce que j'en sais moi, mon cher. J'suis pas la gardienne de ton foulard non ? Il est probablement là où tu l'as mis la dernière fois ! " Et il a gueulé : " Ecoute Vesilé, tu fais toujours la même chose ! Avant que j'ouvre ma bouche, tu aboies... Si tu le répètes, je t'jure que je prends ma veste et j' pars... " Et il veut m' faire peur tu sais ? " Tire - toi, tire - toi, qu'est-c'que tu attends ! Mon apart, ma bagnole, mon fric... " Quand j'ai dit ça, je croyais qu'il s'apaiserait. Et qu'est - ce que je vois, soeurette... " Que le diable emporte ton apart, ta bagnole, ton fric, et même toi !... " Tout en hurlant comme ça, il cherche sa veste. Mais j'ai une de ces peurs ! " Attends mon Ibrahim, mon chéri ! Mon beau mari !... Je trouverai ton foulard et tout c'que tu veux. Ne pars surtout pas !... Mon fric, ma voiture ne valent rien à côté de toi. " Bien sûr que je dois parler comme ça... Enfin bref, on a opté pour le wisky... J'ai donné le fric à Ibrahim. Il est allé acheter des poissons avec le wisky. Aie ! Il s'y connait en poisson. Il vas pas acheter des poissons pourris. En bref, soeurette, il les a apporté et les a bien nettoyés. Il a haché les oignons, le persil, et a fait des frites à côté... Moi je faisais que lire pendant qu'il faisait frire les pommes. Y avait le bruit des poissons en train de frire qui venait jusque à moi. Il n'faisait que injurier chaque fois que l'huile lui venait au visage. Mais moi, je faisais pas attention à lui. J'faisais que de tourner les pages du livre. Aie ! Qu'est-c' que tu veux c' que je fasse d'autre ? C'est que l'invité qui devait venir, n'était pas n'importe qui, tu sais. Il ressemblait pas à mon oncle ou à celui d'Ibrahim. Il travaille dans la même entreprise de figuration qu'Ibrahim. Mon mari dit que si l'on lui donne satisfaction, il pourrait en souffler mot au régisseur, et comme ça, Ibrahim aurait de plus grand rôle... C'est pour ça qu'on a acheté le wisky. On acheterait donc pas de wisky au cousin d'Ibrahim ou à mon oncle. Une tasse de thé leur suffit. Puis j'ai regardé ce livre, et qu'est-c'que j'vois ? On n'offre pas de wisky avec du poisson !
Ce
jour - là, Ibrahim a
mangé tous les poissons
et a bu tout le wisky... Et
c'est pour ça qu'il a
vomi... La tache sur le mur,
c'est ça. Eh bien, il a
eu c'qu'il méritait !
Toujours figurant, il le
restera jusqu'à mort !
Je l'ai dit maintes fois : "
Vends donc, vends ton rein,
toi aussi. Qu'on fonde une
firme à nous. Qu'on
tourne notre film à
nous. " Il prétend que
je ne connais rien à
ces choses - là. Pour
tourner un film, il faut de
grands acteurs et ceux - ci
veulent beaucoup de frics...
Et alors ! On donne trois ou
quatre millions à un
rein. C'est pas peu, hein !...
Lui, il gueule toujours. A ce
qui parait ce fric ne
suffirait même pas pour
le salaire d'une actrice... Et
alors ? On n'est pas
obligé de prendre les
plus fameuses. On jouera nous
même. Je servirais bien
à quelque chose. En ce
temps - là, les gens
doivent s'entraider. Quand mon
mari a un problème,
c'est mon devoir de
l'aider.
Je
lui ai dit, mais ça
rentre d'une oreille et
ça ressort par l'autre.
Il faut qu'il y pense un peu.
Il le dit, mais il met au
point un plan. Je connais mon
mari. Au lieu de donner du
fric aux actrices, je jouerai
moi - même. Je dois bien
m'y plier. En fait,
après cette histoire de
rein, j'ai
décidé de ne
plus travailler, mais quand il
s'agit du rôle
principale j'peux pas dire
non. En fait, ma chère,
j'ai peur de quoi, tu sais ?
On risque de se séparer
Ibrahim et moi, si
après ce film, les
producteurs ne me laissent pas
tranquille. Je suis triste
pour ça. Ibrahim est
jaloux. Il est vachement
jaloux de moi. Parmi les
rôles qu'on m'propose,
il se peut très bien
qu'il ait une scène pas
très convenable. On
sait jamais, hein soeurette ?
Ibrahim n'est pas toujours
dans les mauvais rôles.
Parfois il interprête un
électricien ou le
gardien d'un manoir. Et si
dans le film que je joue, y a
une scène un peu
érotique, il ne m'
laissera plus tranquille. A
peine que j'hausse ma voix, ou
j'sais pas moi, il se
prépare à
partir. Et si l'on tente de me
donner le rôle d'une
femme de ménage... Dieu
m'en garde ! Je déteste
ces femmes...
- Aie ! Heu !.... soeurette ! Tu peux r'garder ici une minute ? Oui, oui, j'te parle ! J'allais dire, heu... Te vèxe pas, mais ces femmes de ménage, je les connais bien. L'une de mes coupes en argents, un jour, prrrr ! Le voilà envolé !... Plus rien ! Qui l'a volé ? La femme de ménage bien sûr... Aie ! C'est pour ça, chaque fois qu'elle vient, y a pas d'tranquilité pour moi. J'reste toujours à côté d'elle. Même si j'ai envie de faire mon truc, j'peux pas aller au chiotte. C'est pas la honte, hein ? J'ai peur. Et si elle vole mon service en argent, un vase ou un cendrier... Quand elle a terminé son boulot, je la fouille de haut en bas. J'suis une femme qui aime le travail sérieux et solide. Elles volent, qu'est - ce que tu veux ? Je t' jure qu'une fois, y'en a une qui a volé mon mascara, mais je l'ai attrapée. Ce qui parait, en nettoyant, elle l'a mis dans sa poche et l'a oublié. Et mon oeil ! J'avale pas ça ! Je l'ai gagné avec mon rein, je donnerai donc du fric à moi à personne
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